Échange ordinaire sur le sexisme ordinaire

Cette année je n’ai pas pu m’investir autant que je le souhaitais dans la cause féministe : j’ai du partir de l’association Stop Harcèlement De Rue car je n’avais plus le temps de m’investir comme je le souhaitais à cause de mon travail et des études. Mais ça ne m’a pas empêchée de vivre à fond le féminisme, de continuer à défendre l’égalité et de critiquer les absurdités que j’ai pu capter au cours de conversations.


Comme cette fois où un collègue a affirmé que les femmes et les hommes n’avaient pas les mêmes capacités physiques et intellectuelles, et que c’était pour cela que les hommes étaient mieux payés que les femmes : car ils étaient plus compétents ! Autant vous dire que ce jour-là, j’étais tellement abasourdie d’entendre une telle bêtise que j’ai failli m’arracher les cheveux. (Et quand je parle de collègue, je parle là d’un homme qui est actuellement professeur des Écoles, c’est-à-dire qu’il enseigne les bases intellectuelles auprès des enfants et qu’il a entre autres pour rôle de transmettre les valeurs de la République, donc celle d’égalité et notamment d’égalité des sexes – Cf le programme d’enseignement moral et civique )


Je souhaite également vous faire part d’une conversation que j’ai eu avec un homme sur facebook. Pour comprendre le contexte, je dois préciser que je suis sur  Shapr, une application de rencontres professionnelles, dans le but d’élargir mon réseau sur internet. J’y ai fait des rencontres très intéressantes et j’espère continuer d’en faire. Sur mon profil, dans les mots clés, apparait donc le mot « féminisme ». J’ai ainsi fait via ce réseau social la rencontre d’un homme que, par respect d’anonymat, j’appellerai Jean-Paul. Il a voulu qu’on échange sur Facebook car il souhaitait me montrer des photos en lien avec son projet professionnel.

Un jour, alors qu’on parlait des victimes de viol en Inde, Jean-Paul m’a dit : « tu sais autant je suis contre toute forme de féminisme, mais quand même c’est vrai que là, c’est grave ce qu’il se passe »

Évidemment, je lui ai demandé de bien vouloir être plus explicite et précis dans ses propos. Jean-Paul a donc ajouté « C’est toujours trop quand je vois les féministes, toujours à vouloir être égale à… Alors que chacun a ses nuances… »

Autant vous dire que l’argument du « On est biologiquement différent » m’a blasée, mais c’est normal à force de l’entendre, j’ai fini par me lasser de devoir contre-argumenter. Mais j’ai quand même répondu « Qu’on soit différents c’est une chose, mais attendre d’être traité de la  même façon, c’est simplement normal »

Il a alors répliqué : « Oui pour un traitement égal, en tenant compte de toutes les nuances, ne pas dire : on a le droit juste pour avoir le droit »

Jean-Paul a répété plusieurs fois que ce qu’il souhaitait c’était un bien être et des actes de bienveillance pour les hommes et les femmes qui devaient vivre en se complétant et en permettant un certain « équilibre ». Et qu’en gros, d’après lui, les féministes étaient dans une exigence excessive et ne prenaient pas en compte le fait que les femmes et les hommes étaient différents et n’avaient donc pas les mêmes besoins.

Il est donc temps de faire une petite pause : Jean-Paul (qui est dans une position avantageuse dans notre société du fait de son sexe masculin) pense pouvoir estimer ce dont les femmes ont besoin et sont en droit de « réclamer ». Donc si on doit imager grossièrement ses propos ou donner un exemple, cela reviendrait à dire :

cof

(Petite parenthèse, comme ça m’a fait beaucoup rire de faire ce montage sur Paint, je me suis amusée à en faire d’autre dans le genre !)

cof

 

 

cof

Revenons aux choses sérieuses : on avait donc là de la part de Jean-Paul un discours paternaliste : il pensait sincèrement bien dire et il n’avait aucune haine contre les femmes. Il n’a juste pas compris qu’il ne pouvait pas décider de ce qui était bon ou non pour le genre féminin, tout simplement parce qu’il n’est pas une femme ! Il ne subit pas les inégalités dont les femmes sont prioritairement victimes du fait de leur sexe.

Je peux comprendre que pour lui tout ça soit flou, car il est né favorisé par rapport aux femmes. Les inégalités, parce qu’il ne les vit pas, il aura toujours plus de mal à les voir,  et c’est compréhensible. Mais rien ne l’empêche pourtant de se renseigner et de remettre ses croyances en question, ou peut-être d’apprendre à se mettre à la place d’une femme et de réaliser que tout n’est pas aussi simple qu’une question d’équilibre entre une femme et un homme. D’autant que cette notion d’équilibre est totalement arbitraire (j’aimerais revenir sur ce sujet dans un prochain article).

Pour revenir aux besoins des hommes et des femmes, en effet ils n’ont pas les mêmes besoins. Et c’est bien justement là le problème : la société dans laquelle nous vivons a été conçue pour privilégier les hommes. De ce fait,  les femmes sont défavorisées dans de nombreuses situations.

Exemple au hasard : difficile pour une femme de mener à bien un allaitement lorsqu’elle travaille dans une entreprise, malgré le fait que des lois ont été mise en place à cet effet.

Autre exemple : les femmes et les hommes ne sont pas égaux en matière de contraception, il en va majoritairement de la responsabilité de la femme puisque les moyens de contraceptions proposés sont majoritairement féminins (hormis le préservatif et la stérilisation). Il s’agit là d’une contrainte pour les femmes qui a été acceptée et normalisée dans notre société.


J’aimerais illustrer mes propos avec une série de vidéos Youtube : Martin, sexe faible,  qui m’a beaucoup parlé et qui permet justement de comprendre un sexisme qu’on ne voit pas nécessairement  à première vue (sexisme ordinaire) et qui est pourtant évident. Le principe de cette série c’est de voir comment vit un homme qui évolue dans une société où ce sont les femmes qui ont le pouvoir. De cette façon, sont mis en évidence les inégalités de manière parfois absurde (car on n’a pas l’habitude de les voir du côté masculin) et donc de réaliser qu’elles n’ont pas lieu d’être chez les femmes.

Cette vidéo en particulier aborde la question de la charge mentale mais aussi le fameux discours moralisateur niant le sexisme ordinaire (un peu comme dans ma conversation avec Jean-Paul)

Voilà, je vous remercie d’avoir lu cet article, j’espère qu’il ouvrira autant les esprits que les débats !

10 comments

    • Olivia Ladybird says:

      Je déteste également parler avec des gens qui ont des opinions pareilles, mais c’est ça le plus dure, réussir à garder son calme et communiquer ses propres opinions, donner son point de vue dans l’espoir de peut-être faire réfléchir et se remettre en question l’autre. Mais autant te dire que ma patience a des limites : pour Jean-Paul j’ai su rester courtoise, mais mon ancien collègue, quand il a sorti ça j’étais littéralement hors de moi…

  1. happynessm says:

    On les aura un jour ! On les auras !
    Même si la société ne finira jamais avec ces préjugés … on a quand même bien évoluée alors ne perdons pas espoirs! Avec le temps ça viendra j’en suis sure !
    J’aime trop les photos avec ton chat ! Ça apporte de l’humour dans un sujet sérieux !

    • Olivia Ladybird says:

      Ahah ta première phrase m’a fait penser à la pub maaf ! Est-ce que c’était fait exprès? ^^’

      Merci pour les photos, au départ je voulais fabriquer des bulles à partir de photos banales d’homme et de femme, mais je ne trouvais rien qui me parlait, alors j’ai décidé de prendre mon chat en photo ^^’

  2. Lilie Activ'Creation says:

    Contente de savoir que cette question commence à être comprise par les professeurs des écoles. Et oui, l’éducation dès le plus jeune âge sur ce sujet est primordiale.
    Alors, même si tous ne sont pas encore convaincu de ce sexisme ordinaire, peu à peu, j’ai espoir que cela change, quand je lis de tels articles.
    Le sexisme ordinaire est le plus rageant de tous… Et quand il vient d’une femme! La, je hurle intérieurement, mais cela reste maintenant “intérieurement”, je suis fatiguée d’argumenter sans être comprise, et de passer pour une féministe, une de plus qui n’a rien compris à la vie 😉
    Je ne suis pas féministe, je suis réaliste 😉

    • Olivia Ladybird says:

      Oui l’éducation est un facteur crucial ! Je vais également écrire des articles en lien justement, et partager du contenu éducatif prochainement (je sais que ça n’intéressera pas tout le monde, mais ça me tient à coeur !)
      Merci pour ton commentaire, je reste persuadée qu’il ne faut pas baisser les bras et toujours continuer à partager ses valeurs 😉

Leave a Reply