Les aventures sexistes de Lily – #07 histoires de poils

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le septième chapitre : histoires de poils. Bonne lecture !

Si vous avez manqué le dernier chapitre, cliquez ici : la capote “égarée”

J’ai onze ans, je commence tout juste à avoir mes premiers signes de puberté. Mes seins ont commencé à pousser et je les trouve horribles : j’ai l’impression de ressembler à une guenon. J’ai quelques poils très fins et clairs qui ont poussé sur mes jambes et trois d’entre eux se battent en duel au niveau de mes aisselles. Je dis à ma mère que je voudrais commencer à m’épiler. Elle me répond qu’elle n’est pas d’accord, que je suis encore trop jeune et que je n’ai pas une pilosité assez importante pour ça.

Je pars en colonie de vacances pendant l’été. On va dans la piscine avec les pré-adolescents de mon âge. Je m’amuse, je saute dans l’eau, je joue et je ne me soucis de rien, lorsque deux camarades féminines s’approchent de moi en rigolant : « Lily tu veux bien lever les bras ? »

« Pourquoi ? » Je leur réponds avec soupçon.

« Juste comme ça, t’inquiète, allez fais-le »

Je me doute de ce qu’il va se passer, mais je lève quand même les bras, gênée.

« Aaaah mais c’est dégueulasse tu as des poils ! On dirait un singe !»

Je baisse les bras. J’ai honte et je me sens responsable de ces moqueries.

J’ai complexée pendant des années à propos de ma pilosité : à toujours craindre lorsque je portais des jupes d’avoir mal épilé quelques centimètres carré de peau et qu’on le remarque. Je n’osais pas lever les bras car j’avais trop peur qu’on voit les traces de rasage et d’irritation au niveau de mes aisselles, je n’osais même pas me montrer en maillot de bain car souvent les culottes étaient trop échancrées et j’avais peur qu’on voit quelque chose dépasser.

Certains partenaires masculins m’ont clairement expliqué que pour eux une femme avait l’obligation de s’épiler et que le moindre poil les dégouttaient.


J’ai des cheveux très volumineux. Durant tout le collège et une bonne partie du lycée, on s’est moqué de moi car j’avais une « touffe » de cheveux sur la tête.

Je suis en première, je prends le bus pour rentrer chez moi. Deux garçons que je ne connais pas s’approchent et commencent à se moquer : « Eh mais t’as une de ces masse de cheveux toi ! Est-ce que tu as aussi une grosse touffe comme ça au niveau de la chatte ? » Ils explosent de rire.

Ce n’est pas la première vanne que j’entends sur ma chevelure, et je sais que ce ne sera pas la dernière. Je suis blasée et j’ai l’impression de toujours devoir me justifier sur mon physique.

J’ai donc aussi subi de nombreuses moqueries à propos de ma chevelure qui ne correspond pas forcément aux standards de beauté attendus. Ils sont très volumineux et ondulés-bouclés. De nombreuses fois, on m’a conseillé de les couper ou de les lisser. On m’a dit que je n’avais pas l’air d’une fille « sérieuse » avec mes cheveux, on m’a même dit que ça me rendait moins belle. On a associé mon refus de me conformer à ces normes à un manque d’hygiène. Pourtant, je les lave régulièrement, et je prends énormément soin d’eux, simplement je ne veux pas les coiffer ou les attacher et je les laisse vivre.


J’ai 26 ans, et j’ai rencontré un homme génial. Il m’aime telle que je suis, il se fiche totalement de ma pilosité et il adore ma tignasse. Épilée ou non peu lui importe et c’est un vrai soulagement de pouvoir me déshabiller sans craindre un regard de travers parce que j’ai oublié de raser mes jambes ou autre. Je ne me rase plus autant qu’avant et surtout, je ne le fais plus par obligation. Lorsque je passe un coup de rasoir, c’est parce que j’en ai envie et ça change tout ! Je me sens bien plus confiante, mais je regrette qu’il ait fallu que je rencontre un homme tolérant pour que j’ose enfin m’assumer et prendre du recul par rapport à mon système pileux.

On ne le répétera jamais assez : une femme n’a pas à se cantonner aux normes de beauté qu’on lui impose. Les poils ne sont pas sales, ils poussent naturellement sur certaines parties du corps, ils ne nous rendent pas moins féminines et il n’y a aucune honte à en avoir.

6 comments

  1. Ici et Ailleurs entre soeurs says:

    De beaux témoignages sur un thème assez tabou j’ai l’impression. Je ne comprends pas pourquoi on fait autant d’histoire pour si peu de choses. Chacun est libre de s’epiler, se raser ou de laisser ses poils au naturel.
    Je pense que quand on assume son choix alors peu importe ce que les autres disent. Enfin c’est vrai sauf à l’adolescence car être accepté à cet age est essentiel pour se sentir bien.

    • Olivia Ladybird says:

      Oui tu as raison ! Je pense que c’est d’autant plus facile d’assumer ses choix lorsqu’on est avec qqn qui nous soutient. J’ai entendu des témoignages d’amis masculins admettant avec regret avoir ridiculiser certaines filles qui n’étaient pas épilées à leur goût. Je n’imagine pas la perte de confiance qu’elle ont du avoir…

  2. misszastyle says:

    C’est clair que le monde est dominé par des standard de beauté qui nous minent la vie. Les femmes doivent se raser les poils et avoir ceux de la tête bien disciplinés alors que les hommes ont toujours pu montrer et laisser pousser comme bon leur semblent les leurs. La preuve, ce regain de barbes que l’on voit partout et qui est meme un signe exterieur se beauté. Et si on se laissait pousser la moustache, ça aurait le même effet ? Lol

    • Olivia Ladybird says:

      Ah ah totalement d’accord avec toi, d’ailleurs personnellement je n’ai pas spécialement d’intérêt pour les barbes, voire je trouve ça inesthétique, mais bon je n’ai pas trop mon mot à dire sur la pilosité masculine et c’est normal. Mais donc je supporte encore moins qu’un homme me fasse de remarque sur la mienne !

  3. GirlsnNantes Eva says:

    ah lala moi aussi ça a été mon complexe pendant longtemps mais depuis j’ai fait la paix avec moi même et avec mon corps donc ça va mieux et je m’assume 🙂
    le regard bienveillant des proches aide aussi 🙂

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