Bonjour, je suis féministe

Lorsque je veux cerner rapidement et efficacement une personne que je viens de rencontrer, souvent je lui glisse le plus subtilement possible que je suis féministe et j’attends de voir sa réaction.

Pourquoi je fais ça ?

Avant je n’osais pas trop partager mes convictions rapidement, mais finalement il m’est très souvent arrivé de réaliser que je ne connaissais pas du tout les personnes que je côtoyais, même depuis plusieurs mois. Il valait donc mieux être authentique dès le début.

Et je me suis également rendu compte que le féminisme était pour moi une valeur trop forte pour que je la garde cachée au chaud et protégée des remarques et réflexions : en effet cela me demande toujours un effort de partager mes principes, en sachant que l’opinion populaire diabolise les féministes, voire les ridiculise. Par exemple, je ne supporte plus le terme féminazie, je le trouve très blessant et agressif. C’est très ironique d’ailleurs, car souvent je me le prends en pleine face lorsque j’ai le malheur d’apporter des arguments qui tiennent la route et que mon interlocuteur sent qu’il perd pied. Il me balance alors son joker, pas moins ridicule que violent « Eh là, la féminazies, faut se calmer, hein ! ». En général après ça il n’y a plus de dialogue possible.

Pour revenir au sujet de l’article, désormais je me débrouille pour caser dans la conversation rapidement que je suis féministe. Et le fait est que les réactions en disent long.

J’ai remarqué que les personnes confrontées répondaient de trois manières différentes :

  1. Elles étaient aussi en accord avec les valeurs du féminisme, voire se revendiquaient déjà féministes et dans ce cas il n’y avait rien de spécial à dire à part que c’est toujours cool de se comprendre.
  2. Elles ne se considéraient pas spécialement féministes mais faisaient preuve d’intérêt pour le sujet. Elles étaient à l’écoute, avaient envie d’échanger, ne s’opposaient pas à tous les arguments sous prétexte qu’elles ne se sentaient pas forcément concernées. Par exemple, j’ai rencontré pas mal d’hommes, qui ne s’étaient jamais positionnés, ou même jamais posé la question du féminisme, mais qui, lorsqu’on leur parlait de ce sujet avait l’esprit ouvert, interrogeaient pour comprendre notre positionnement, reconnaissaient nos arguments, donnaient leur point de vue en toute bienveillance etc. C’est particulièrement agréable d’échanger avec des personnes comme ça car on a l’impression qu’on peut faire vraiment évoluer les mentalités, que tout n’est pas figé entre les gens qui approuvent ceux qui n’approuvent pas.
  3. Et enfin nous allons parler de la troisième catégorie de personnes , celles avec qui on a l’impression que la discussion n’a aucun intérêt, qu’argumenter ne servira qu’à nous faire perdre de l’énergie, voire pire, pourrait avoir un impact négatif sur notre mental. Ce sont des personnes pour qui l’opinion a déjà été toute faite, qui ne veulent certainement pas la remettre en question ou y réfléchir.

Souvent quand je me retrouve confrontée à cette troisième catégorie de personne je perds littéralement tous mes moyens. Ça n’est pas trop mon truc de débattre, j’aime écrire simplement par le fait que j’ai le temps de bien poser mes arguments et surtout parce que personne ne va me couper la parole en plein milieu de mes propos pour me lancer que je ne suis qu’une féminazie et que je suis ridicule. Et là encore quand on me traite de féminazie, je pense que je pourrais presque choisir d’en rire, car l’insulte n’est plus vraiment originale et qu’elle n’apporte absolument rien au débat si ce n’est de le clore.

Mais je ressens parfois une véritable perversion de la part de certaines de ces personnes qui prennent un malin plaisir à démonter tous les arguments un à un, plus ou moins habilement et de manière très malsaine. Je pense qu’elles profitent là du fait que moi-même je n’ai pas assez confiance en moi pour m’imposer, et que j’ai facilement tendance à pleurer lorsque je m’énerve. J’ai vraiment du mal à comprendre ce qui motive ces personnes-là à vouloir systématiquement être rabaissants avec les gens qui ont des convictions divergentes des leurs : moi je ne fais pas ça, je pourrais pourtant, être cinglante, couper la parole, rire des arguments de l’autre comme s’il s’agissait de la plus grosse connerie entendue… Mais je ne le fais pas, parce que je n’ai pas envie d’être méchante et parce que je suis aussi convaincue que pour donner envie aux personnes de réfléchir à mes propos il faut être dans l’éducation et non pas dans l’humiliation.

Bref, je diverge certainement un peu, la conclusion de tout ça c’est : partager ses convictions rapidement ça peut potentiellement faire très mal, mais ça a l’avantage de savoir qui on a exactement en face de soi,et de pouvoir s’éloigner des personnes qui pourraient être malveillantes à notre égard.

Féminisme, écologie, c’est la même chose : il y aura toujours quelqu’un pour nous dire qu’on brasse de l’air, qu’il n’y a rien à faire, qu’on n’est pas si mal lotie et je ne sais quelles autres c……..

Et je voudrais terminer avec un message d’epoir très simple : on n’est pas seul.e.s à vouloir d’un monde meilleur, plus juste et plus sain. On est pas tout.e.s seul.e.s et on peut se serrer les coudes !

Et vous quelles sont les remarques humiliantes ou contre-productives auxquelles vous avez été confronté.e.s ?

3 comments

  1. Camille says:

    Salut Olivia,

    Je me suis reconnue dans tes propos. Comme toi, j’ai du mal à débattre oralement et j’ai souvent perdu mes moyens et pleuré en discutant d’un sujet qui me tenait à coeur. Cela me frustrait et j’en avais honte et du coup je finissais par m’empêcher de réagir pour me protéger. Maintenant, ça va mieux j’ai accepté qu’avec certain·es personnes on peut débattre de tout en toute bienveillance et qu’avec d’autres on est juste pas d’accord et ça sert à rien de s’écharper et de se rendre malheureux.euse. Surtout que, comme tu le dis, certain·es personnes ont l’air de prendre un malin plaisir à nous voir sortir de nos gonds.

    Ca me révolte également d’entendre le terme “feminazies” mais cela vient clairement de personnes qui répètent ce terme bêtement parce que ça sonne bien, que c’est à la mode et en oubliant ce que le terme nazi signifie. Ca me révolte également d’entendre des personnes dire qu’elles ne sont pas féministes alors que quand on commence à discuter de choses concrètes (ex “t’es d’accord que les femmes soient moins payées que les hommes ?”), elles le sont pourtant mais n’accepte pas le mot, l’étiquette. Pourtant, c’est pas un gros mot de dire qu’on est féministe. Et pour moi, on peut ne pas tous et toutes avoir la même manière de penser le féminisme, ni les formes d’action à mettre en place tout en étant chacun·e pourtant en faveur de “l’égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes”.

    Merci pour cet article fort intéressant, je viens de découvrir ton blog et de nombreux sujets que tu traites m’intéresse 🙂

    • Olivia Ladybird says:

      Merci à toi pour ce commentaire 🙂
      Figure toi qu’en France tout le monde ne veut pas l’égalité salariale entre les hommes et les femmes (une ancienne collègue m’avait même tenu un discours dans lequel elle a essayé de me convaincre que c’était normal qu’une femme soit moins bien payée). Mais en effet, tu as raison trop de personnes font des amalgames et considère le mot féministe comme négatif, c’est dommage :/

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