Essai bébé, PMA, non parentalité,  Société et féminisme

Chères femmes enceintes, je vous hais

Mais qui est donc cette affreuse sorcière qui ose exposer sa haine envers les futures mamans, aussi radieuses et épanouies que fragiles et dont la fertilité devrait être célébrée ? Pourquoi cette haine démesurée alors que leurs jolis petits ventres ronds sont trop mignons, et les nourrissons si craquants !

Suis-je une personne sans cœur qui déteste les bébés et qui a en horreur les bides prêts à exploser ou les seins engorgés ? Pire, suis-je de celles qui refusent de céder la priorité aux caisses des supermarchés ?

Rien de tout cela, en réalité, je suis seulement une femme qui n’arrive pas à tomber enceinte.

Voilà c’est dit. On a dépassé un an d’essai et on commence à accepter le fait que notre projet ne pourra pas se concrétiser autrement qu’avec un accompagnement médical.

Je souffre tous les jours de voir autour de moi des annonces de grossesses, des femmes exhibant leur ventre avec fierté comme s’il s’agissait d’un trophée qu’elles méritaient d’avoir gagné (alors que non cocotte, t’as juste eu de la chance et t’es en bonne santé, t’es pas mieux que moi, t’as juste eu du bol). Je ne supporte plus de tomber sur les fameuses photos d’annonce de grossesse sur les réseaux sociaux avec la légende « 1 + 1 = 3 » (mais juste ferme ta gueule avec ton 1 + 1 = 3). Et je suis exaspérée, quand j’entends ces femmes qui ne se rendent même pas compte de la chance qu’elles ont de vivre la grossesse. « Olala, je ne pensais pas qu’en arrêtant la pilule j’allais tomber enceinte aussi vite, ça m’embête un peu… » (ah bon ? Tu préfères attendre 1 ans et 3 mois comme moi pour qu’on te propose de faire une PMA ?)

Alors il s’agit simplement de ça ? D’une pauvre fille jalouse parce qu’elle n’arrive pas à tomber enceinte ? C’est vraiment pas beau d’être envieuse, encore moins d’être rageuse… n’est-ce pas ?

Alors permettez-moi de me justifier. Je compte pas moins d’une trentaine d’annonces de grossesses parmi ma famille, mes amies, mes collègues, mes connaissances en l’espace d’un an. Mettez-vous simplement à ma place deux secondes : vous essayez de faire un bébé depuis des mois, voire des années, ça ne fonctionne pas. Et tous les jours, vous faites face à des femmes qui elles ont réussi à tomber enceintes. Il y a tout un engouement qui se créé autour d’elles, une attention particulière va leur être destinée, et même un certain enthousiasme. Tandis que vous, qui souffrez déjà d’un sentiment d’échec, vous vous sentez particulièrement seules. Vous vous sentez également coupables tous les jours de pas réussir, vous en arrivez même à vous demander ce que vous avez fait de mal pour mériter ça… Vous êtes dans une solitude extrême, car les gens s’éloignent (le malheur n’est pas très attirant) vous avez l’impression qu’on vous punit d’une situation qui vous fait déjà beaucoup de mal.

Tout ce dont je parle n’est pourtant pas une raison légitime pour détester une femme enceinte, et pourtant… Malgré tous mes efforts pour rester rationnelle, je ne peux pas m’en empêcher, je les déteste (c’est certainement en lien avec notre société paternaliste qui nous attribue des rôles de mère-pondeuse, mais ce sujet sera traité dans un futur article). Je pense que cette haine est aussi nourrie par le fait que je fais face quotidiennement au manque d’empathie des gens, et d’autant plus des femmes enceintes qui pour certaines (en connaissant pertinemment ma situation) n’ont même pas la présence d’esprit de m’épargner les situations qui vont potentiellement me faire du mal.

Alors maintenant c’est à elles que je vais m’adresser :

Non je n’ai pas envie de te plaindre parce que tu es fatiguée par ton gros bidon alors que je suis moi-même épuisée physiquement et moralement.

Non je n’ai pas envie de te plaindre pour tes vomissements et tes douleurs au dos, alors que tous les mois, mes douleurs menstruelles me rappellent qu’une fois de plus l’essai bébé a foiré.

Non je n’ai pas envie de te plaindre parce que tu as peur d’accoucher alors que je ne compte même plus les examens médicaux que j’ai fait, et les douleurs et traumatismes que certains d’entre eux ont engendrés.

Non je n’ai pas besoin de ta fausse compassion après que tu m’aies bassinée pendant une demie-heure sur le fait que tu n’as pas le moral car c’est difficile d’être enceinte.

Oui tu peux te garder de m’envoyer les photos de ton baby bump ou tes wishlists de naissance et même tes invitations à des babyshowers ou je ne sais quelle autre fête célébrant la maternité.

Oui en personne très égoïste, j’aimerais bien que toute l’attention ne soit pas tournée que vers toi, alors qu’en l’occurrence tu n’en as pas tant besoin que ça.

Oui parfois, je t’insulte dans ma tête, sans raison, mais simplement parce que ça me fait du bien !

Maintenant, un message à toutes les personnes qui ne connaissent pas cette douleur. S’il vous plaît, un peu d’empathie, un peu d’écoute, demandez-nous comment on va, car on a vraiment besoin de soutien face à tout ce qu’on traverse et que le chemin semble dix fois plus long que ce qu’il n’est.

Enfin, j’aimerais que le tabou autour de l’infertilité du couple soit définitivement levé, qu’on prenne vraiment en compte la souffrance des personnes qui vivent ces difficultés, qu’elles puissent au moins se sentir légitimes d’être tristes et retrouver un peu de fierté. Et je pense parler au nom de toutes celles et ceux qui traversent la même chose en disant qu’on n’a certainement pas besoin de votre pitié, mais de votre empathie et de votre compassion.

J'ai 28 ans, je suis enseignante et j'adore écrire. A travers mes articles j'aborde des notions qui me tiennent beaucoup à cœur telles que le féminisme, les relations sociales, l'environnement, le travail... Je vous raconte aussi quelques petites expériences de ma vie personnelle, tout en essayant d'apporter une petite touche d'humour même quand cela ne s'y prête pas toujours ! Actuellement prise en charge en PMA, je vous partage également mon vécu et les montagnes russes émotionnelles que je traverse.

11 Comments

  • Fugu

    Je n’irai pas jusqu’à dire que je partage ton avis, parce que je ne peux pas en vouloir aux gens. Mais je le comprends, sincèrement.

    J’ai vécu de belles claques de la part de gens soit disant bienveillants parce que je n’ai pas d’enfants, parce que je ne sais pas si j’en aurai un jour, parce que je me suis longtemps drapée d’un “les gosses, c’est pas pour moi, je les préfère chez les autres” pour éviter de faire face à la réalité. J’ai vécu l’isolement, les remarques de la famille sur le fait que je ne serai jamais pleinement adulte, les annonces qui font des picotements dans le coeur.

    Je ne te souhaite qu’une chose, c’est de pouvoir enfin vivre ce dont tu rêves, comme à toutes celles qui sont dans cette situation.

  • Elle.cemoi

    Bonjour vous êtes très courageuse.
    Vous avez osé écrire votre douleur, que je comprends. Je vous souhaite que ce soulagement vous apporte un petit ventre rond avec toute ma bienveillance

  • Giselle ANTON

    Bonjour, joli article, vous décrivez votre souffrance dans la colère et la bienveillance.
    Je vous souhaite que votre douleur se transforme en joli ventre rond 🙂 avec toute ma bienveillance 🙂

  • Giselle ANTON

    Bonjour, joli article, votre souffrance, que je comprends, est décrite avec douleur et bienveillance. Je vous souhaite que cette libération se transforme en un joli ventre rond 🙂 avec toute ma bienveillance

  • Farah | Coaching global

    Olivia en tant que femme je suis désolée de lire ta souffrance, et j’espère que d’avoir exprimé ces mots t’ont libérées d’un poids… En effet je pense qu’il y a très très peu d’écoutes envers les femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Et celles qui en ont eu +/-facilement ne réalisent pas forcément… Et donc sont très maladroites et provoquent sans s’en rendre forcément compte bcp de peines.
    Ensuite en tant que coach, je dois dire aussi qu’être enceinte, aussi attendu cela puisse être (ou u pas !) cela peut aussi être très très difficile, il y a des mamans qui perdent leur enfants, qui se tiennent le ventre toute la grossesse à cause de risques élevés ou de maladies qui se déclarent ou encore qui ont des enfants malades, etc… Aussi, je ne suis pas sûre que hiérarchiser c’est pire ou moins pire soit nécessaire ou utile pour guérir de ses blessures qu’elles qu’elles soient. Chaque personne vit les événements selon ses aptitudes au moment où elle les vit…
    Dans ces situations se concentrer sur ses ressentis et sur soi aura plus d’effet pour retrouver un peu de sérénité que de comparer par exemple… Et même si on ne le dit pas toujours, mais c’est un véritable deuil que d’apprendre qu’on ne pourra pas être enceinte, que l’on ait voulu l’être ou pas d’ailleurs…
    La colère fait forcément partie du processus, tu as ressenti le besoin de l’exprimer, et tu as osé le faire
    De tout cœur avec toi
    Farah

    • Olivia Ladybird

      Coucou Farah, merci pour ton commentaire.

      Je voudrais simplement préciser une chose car malgré toute ma volonté d’être claire dans mon article, je crois que certaines choses n’ont pas été bien interprétées : je ne hiérarchise en aucun cas. Évidemment que toutes les femmes ne vivent pas bien leur grossesse. Évidemment qu’il y a des drames pour certaines mamans, et je fais la part des choses entre celles pour qui les choses vont bien et celles qui vivent des choses difficiles dans leur vie. Mais il faut se mettre du point de vue d’une femme qui n’arrive pas à avoir d’enfant. Pour ma part, je suis prête à tout endurer pour être enceinte (et j’endure déjà avec les examens et la future pma, sans compter le fait que j’ai déjà été opérée même si ça n’était pas directement lié). Et peut-être qu’il n’est pas judicieux de venir parler de ses problèmes de grossesses à une femme qui n’arrive pas à tomber enceinte ? S’il y a bien une chose dont je suis certaine c’est que si un jour j’arrive à tomber enceinte et qu’il y a dans mon entourage un couple qui n’arrive pas à l’être je les laisserai “respirer”.

      En tout cas, encore merci pour ton commentaire, en effet j’en suis au stade de la colère, et ce stade est vraiment difficile à dépasser 🙂

  • Morgane

    Ton article est très touchant… Je n’en suis pas du tout à cette phase là de ma vie (et je ne sais pas si je le serai un jour) mais je te souhaite de tout coeur d’y arriver et je peux me mettre à ta place et comprendre ton énervement et ta haine… Courage, je suis sûre que vous y arriverez !! 🙂

Leave a Reply

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

%d bloggers like this: