Essai bébé, PMA, non parentalité

Accepter la PMA

Aujourd’hui, j’aimerais relater de l’acceptation du parcours de PMA (je précise que je ne parle pas ici du fait d’accepter notre infertilité de couple, car c’est pour moi quelque chose de différent et il s’avère que c’est encore trop sensible pour que je puisse en parler sereinement)

Les personnes qui ne sont pas passées par la PMA partent souvent du principe, que ça n’est finalement pas bien grave de faire une FIV ou une insémination artificielle. En effet, si on doit en passer par là et qu’on arrive à avoir un bébé, qu’importe la méthode : le fait que ça ait marché est le plus important. Ainsi beaucoup de gens estiment que c’est un peu “cracher dans la soupe” de se plaindre, quand on sait que dans d’autres pays ou à une autre époque, on aurait pas eu accès à cette aide médicalisée et il n’y aurait tout simplement pas eu de bébé. 

Sauf qu’il est très difficile de se mettre à la place d’une personne qui vit une PMA et de comprendre tout ce qu’elle traverse physiquement et émotionnellement. En effet, si le deuil d’un bébé et d’une grossesse n’est pas à envisager, il faut tout de même se résigner au fait qu’il n’y aura pas de grossesse naturelle. Il faudra ainsi accepter qu’il n’y aura pas de surprise à la fin du cycle et pas de test urinaire positif. On ne plaisantera pas sur l’éventuelle date de conception et on n’annoncera pas la grande surprise à la famille. A la place, il y aura des examens, des mois interminables d’attente, des traitements hormonaux à base d’injection dans le ventre, une opération, une fécondation dans un laboratoire, encore une attente très longue pour savoir si le transfert a réussi, une crainte d’un possible échec. Et en cas de réussite, on pourra éventuellement oser se projeter dans une grossesse… 

Pour ma part, je sais bien que si on arrive à concevoir notre bébé par la FIV, ça sera une belle grossesse malgré tout et je serai comblée de joie. Mais quand on nous a annoncé qu’on devrait passer par la PMA, j’ai eu l’impression qu’on m’avait retiré ce droit au bonheur de tomber enceinte naturellement. Il a fallu que je le digère, et ça n’a pas été facile, et d’ailleurs je ne suis pas encore certaine que ça soit entièrement le cas. 

Le choc 

On a appris notre infertilité tout début décembre 2019, après plus d’un an d’essai. J’espérais encore tomber enceinte durant ce mois, et j’avais le petit espoir du “bébé surprise de Noël”. On nous a prescrit de nouveaux examens à faire pour janvier, et j’ai à ce moment là compris qu’il n’y aurait ni bébé pour Noël, ni même avant plusieurs mois. En parallèle, j’apprenais de nouvelles grossesses dans mon entourage, et je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir un profond sentiment d’injustice. (sans parler des grosses maladresses, voire du manque d’empathie de certaines personnes, je vous invite à lire ce premier article qui en parle

A la seconde hystérographie, j’ai eu très mal, et je me suis totalement effondrée. Je crois qu’à ce moment là, non seulement j’ai réalisé que la PMA ne serait pas aussi simple qu’elle n’en avait l’air, mais qu’en plus, le chemin pour l’atteindre serait très long. Et ça aussi ça a été super dur à digérer car on essayait déjà de faire notre bébé depuis plus d’un an ! 

Dépression, colère, marchandage (tout ça en même temps) 

Pour résumer, novembre, décembre, janvier : j’étais totalement déprimée.  Je pleurais quasiment tous les jours, j’ai développé de la jalousie pour les femmes qui arrivaient à obtenir ce qu’à moi, on refusait. Je détestais mes “camarades” enceintes qui se plaignaient d’avoir la nausée ou mal au dos et j’étais en colère d’être obligée de supporter tout ça. A l’arrivée de la période de fertilité, les hormones faisant, je me mettais à croire subitement que tout était possible et que je pouvais quand même tomber enceinte (sur un malentendu, on ne sait jamais). Et à chaque SPM, je m’effondrais à nouveau… (C’était vraiment une chouette période) 

L’acceptation ? 

Je crois qu’à un moment donné, ce n’est pas que j’ai réussi à décolérer et à accepter les choses facilement. Simplement j’étais totalement épuisée d’être en permanence triste, anxieuse, et en colère. Et j’ai pris conscience que je n’en avais plus l’énergie. Ce n’est qu’après que j’ai réalisé que je ne pouvais pas continuer dans cet état là en permanence, et que ça n’était plus une vie, que ça me rendait malade. Donc j’ai commencé à vraiment me questionner sur ce en quoi j’avais un pouvoir et ce que je ne pouvais pas contrôler. Ce que je ne pouvait pas contrôler c’était nos problèmes d’infertilité et le chemin vers la PMA. Ce que je pouvais contrôler c’était moi-même. J’avais le choix entre rester malheureuse tant que je ne tombais pas enceinte et essayer de vivre et d’être heureuse, de profiter de chaque moment, de m’épanouir. 

Ce qui m’a aussi beaucoup aidée, c’est de pouvoir annoncer de manière officielle qu’on n’arrivait pas à avoir d’enfant et qu’on passait en PMA. Je me suis sentie plus légitime de dire que ça n’allait pas, et les gens ont commencé à être un peu moins maladroits avec moi (même si pour certain.e.s l’empathie a été totalement absente). Et ça a aussi pas mal aidé à dédramatiser la situation et à délier les langues : c’est comme ça que j’ai appris que certaines personnes de mon entourage avait aussi galéré pour avoir un bébé, et on a pu échanger nos expériences. 

Ce qui est aussi très dur, c’est que même  lorsqu’on croit avoir tout accepté, on n’est pas à l’abri d’autres épreuves qu’on n’avait pas nécessairement anticipées et qui nous demandent encore de faire un travail d’acceptation.

Par exemple, j’étais convaincue que la FIV aurait lieu au début de l’été, car ma gynécologue de PMA nous l’avait suggéré. Et finalement, début juillet, notre dossier n’était toujours pas complet, et il a fallu ces dernières semaines que je digère le fait que la FIV ne se ferait pas avant plusieurs mois et que la date était totalement incertaine. Quand je l’ai appris je me suis littéralement effondrée et il m’a fallu une bonne semaine pour réussir à en parler sans pleurer. Pourtant si j’essaye d’être objective, je pourrais me dire que ça n’a n’a l’air pas si grave, d’avoir une FIV décalée de plusieurs mois. D’autant que ça me permet de profiter pleinement de mes vacances, de me reposer après cette année de dingue. En plus, attendre quelques mois de plus, ça n’est pas si long, et puis trépigner d’impatience et criser car ça ne se passe pas comme on veut, c’est totalement improductif, ça ne va pas faire bouger les choses pour autant. Sauf qu’il ne faut pas sous-estimer la déception qui est engendrée par ce décalage forcé, le sentiment de désespoir très présent, la peur d’un énième décalage, ou même la crainte qu’on ne puisse jamais commencer la FIV.  Rien que là, je mentionne trois émotions qui m’ont traversées lorsque j’ai appris la nouvelle, mais je pourrais encore citer la colère, la tristesse, l’impatience, le découragement, l’épuisement… 

En conclusion

Faire le deuil d’une grossesse naturelle, ou accepter le parcours de PMA, c’est quelque chose qu’on ne doit jamais considérer comme acquis. C’est un travail qui se fait sur la durée, et les rechutes sont fréquentes et inattendues. Il n’y a pas à se culpabiliser d’aller mal, c’est normal et sûrement nécessaire, (même si je ne comprends pas toujours pourquoi). Les seuls conseils que je peux donner (et que je ne suis pas toujours),sont de se reposer, d’accepter sa peine, de se laisse du temps pour rebondir même si c’est long et de s’entourer de personnes empathiques, qui ne nous jugeront pas. 

J'ai 28 ans, je suis enseignante et j'adore écrire. A travers mes articles j'aborde des notions qui me tiennent beaucoup à cœur telles que le féminisme, les relations sociales, l'environnement, le travail... Je vous raconte aussi quelques petites expériences de ma vie personnelle, tout en essayant d'apporter une petite touche d'humour même quand cela ne s'y prête pas toujours ! Actuellement prise en charge en PMA, je vous partage également mon vécu et les montagnes russes émotionnelles que je traverse.

7 Comments

  • Camille

    Coucou Olivia,

    Je ne comprends vraiment pas les discours du type “estime toi heureuse car ailleurs c’est pire, ou ne serait pas possible, etc”, quelle maladresse, déjà, de dire cela à quelqu’un·e qui exprime une difficulté voire une souffrance et quel nivellement par le bas ! J’imagine les montagnes russes émotionnelles que tu as/vous avez dû traverser ! C’est intéressant ce que tu dis sur le fait que quand tu as commencé à en parler des personnes de ton entourage se sont à leur tour confiées à toi, parfois on a l’impression que tout est “parfait” ou “facile” chez les autres mais quand on creuse on réalise que non et qu’on peut se soutenir et que ça fait du bien 🙂 et comme tu dis le plus important c’est d’être bien entouré·e je crois !

  • saveria20220

    Bravo pour ton courage à décrire cette épreuve. Je comprends ta détresse, même si je ne suis pas arrivée à la pma. Pour moi ça a marché naturellement après 20 mois et 2 séance d’ostéo (j’avais l’utérus complètement bloqué, mais ce ne sont pas les gynecos qui te conseillent cette solution). Evite de focaliser la dessus, ça aide vraiment même si c’est plus facile à dire qu’à faire. Il ne faut pas négliger ton couple. Bon courage

    • Mallys

      Poser des mots sur des maux peut parfois aider. Il faut en parler auprès de son entourage. Il y a parfois des hauts et des bas et certaines épreuves de la vie nous permettent d’être plus fortes. Je te trouve très courageuse de témoigner.

  • Nous les Nanas

    Coucou,

    Nous n’avons pas eu ça à vivre pour ma 1ère grossesse mais il est clair que le parcours doit être long :/

    Courage. Bise

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