Les aventures sexistes de Lily – #05 Male tears

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le cinquième chapitre : Male tears. Bonne lecture !

Si jamais vous avez manqué le chapitre 4 : Métiers sexualisés, cliquez-ici !

Je passe la soirée chez un ami qui vit à quelques minutes de chez moi. On veille un peu et au moment de partir je lui demande s’il peut me raccompagner chez moi car je ne suis pas très sereine à l’idée de rentrer toute seule. Il accepte sans problème. Quand on arrive devant chez moi, nous discutons un peu :

« Merci d’avoir pris la peine de venir avec moi, bien que cela te prenne quelques minutes de marche » Je lui dis.

Il me répond : « Ça ne m’a absolument pas dérangé même si tu ne risquais franchement pas grand chose à rentrer seule. On vit tout de même dans une petite ville très calme ! »

« Pas si calme que ça, je lui explique. A la gare , je ne suis jamais très rassurée car j’ai plusieurs fois été accostée très lourdement par des hommes qui traînaient près du quai. J’ai toujours peur que ça aille plus loin que de simples interpellations, tu comprends bien que je n’ai donc pas envie de me balader seule. »

Visiblement agacé par mes propos, mon ami me rétorque : « Et moi alors ? Je prends le même risque que toi à retourner seul dans ma maison à cette heure de la nuit. »

Je suis très surprise de sa réaction. Je lui rappelle : « Certes, mais la probabilité est quand même relativement faible qu’en tant qu’homme tu te fasses emmerder par des femmes qui cherchent à te choper… »

Il s’énerve : « J’en ai marre d’entendre toujours ces histoires de harcèlement de rue, les femmes n’ont pas le monopole de la prise de risque dans la rue. Elles se plaignent de simples interpellations ou insultes alors qu’il y a des hommes, qui se font racketter, qu’on n’en parle pas et que c’est bien plus grave. »

Il ajoute : « Il y a autant, voire plus, de danger pour un homme que pour une femme. Vous au moins, vous ne vous faites pas encercler par plusieurs mecs pour vous faire tabasser. »

Cette fois-ci, il m’a mise en colère : « Attends là t’es en train de me dire que les femmes ne subissent aucune violence ? Alors, premièrement, une femme peut se faire agresser pour vol autant qu’un homme, ça n’a rien à voir avec son sexe.  Et en plus, je te parle pas des violences dans l’espace publique en général, je te parle des violences dans l’espace publique lorsqu’on est une femme.  Quand t’es de sexe féminin et que tu te balades seule en ville en plein milieu de la nuit, tu n’as pas seulement peur de te faire insulter. Ne t’inquiète pas, on a l’habitude des injures, des « salope » et des « sale pute ». Mais après les agressions verbales, ça ne s’arrête pas forcément là. On craint aussi, de se faire tripoter sans notre consentement, d’être suivies, d’être attrapées et voire même violées.  Peut-être que ça n’est toujours pas assez agressif pour toi, le viol ? »

Il réplique : « Si bien sûr que c’est grave. Mais moi, j’ai peur dans la rue de me faire tabasser autant que toi de te faire violer, c’est la même chose et c’est juste une histoire de pas de bol. On peut tomber sur des individus qui ont des mauvaises intentions et c’est comme ça. On devrait pas estimer que l’un est plus grave que l’autre »

Je suis fatiguée de ce débat sans fin, mon camarade campe sur ses positions et moi sur les miennes, je conclue : « En fait là on parle de deux sujets différents qui ne sont selon moi pas en lien. Oui certes, en tant qu’être humain tu peux tomber sur d’autres êtres humains mal intentionnés qui chercheront à te causer du tord. Moi je t’explique qu’en tant que femme, je vais rencontrer des gens qui s’en prendront à moi du fait de mon sexe. Parce que dans leur raisonnement, une femme qui se balade seule en pleine rue dans la nuit est une proie facile. Et ça tu ne le vivras jamais car tu es un homme. Personne ne t’a jamais insulté car tu refusais de donner ton numéro ou parce que ta tenue vestimentaire était soit disant trop aguicheuse. Personne ne t’a jamais bloqué dans une petite ruelle pour te mettre une main aux fesses. Et même si certains hommes sont victimes de violences sexuelles, il est probablement rare que tu n’aies à en subir un jour et tant mieux pour toi. »

La conversation s’est terminée ainsi, celle-ci nous a tous les deux refroidi, on a progressivement arrêté de se voir et nous ne nous parlons plus qu’occasionnellement.

Se voiler la face et estimer que le sexisme n’est pas un vrai problème, c’est empêcher de trouver des solutions. Le sexisme ne concerne pas que les femmes, il concerne tout le monde, mais les femmes en sont les principales victimes. Les hommes ont pourtant un rôle énorme à jouer dans la cause féministe : si pour commencer, tous les hommes faisaient l’effort d’être à l’écoute et de comprendre les différents concepts qu’on essaye de développer, cela permettrait d’apporter un regard nouveau sur les nombreux clichés inculqués depuis la naissance. S’ils prenaient ne serait-ce un peu au sérieux les féministes plutôt que de les ridiculiser et de répéter sans cesse que les causes qu’elles défendent ne sont pas importantes, peut-être que les choses évolueraient un peu. Peut-être que les agresseurs ne se permettraient plus aussi aisément d’accabler les femmes qui sont seules et vulnérables dans les espaces publiques.

C’est un peu comme quand on fait remarquer à une féministe qu’il y a tout de même bien plus important dans le monde que de vouloir abolir le sexisme, surtout quand on vit dans un pays où les femmes sont relativement bien traitées et qu’elles sont libres. Alors c’est vrai, nos ancêtres ont obtenu pour nous des droits qui nous permettent de nous rapprocher des libertés dont jouissent les hommes. Mais dans la réalité, il y a encore de nombreuses libertés qui sont certes retranscrites dans des documents législatifs, mais qui ne sont pas appliquées dans la vraie vie. Par exemple, quelque soit l’endroit, une femme ne peut pas sortir de chez en elle en pleine nuit sans avoir peur de se faire agresser sexuellement. Et même si elle a le droit de sortir en ville, seule, à deux heures du matin, elle sait que si elle le fait elle prend le risque qu’on lui rappelle que ça n’est qu’un droit hypothétique et qu’elle n’est pas à l’abri d’agression sexiste. Et ça n’est pas jouir d’une liberté si on ne peut pas l’appliquer dans sa propre vie, malgré le fait qu’on est tout autant légitime qu’un homme. Et je suis d’accord avec le fait qu’il y a plein d’autres problèmes très graves dans notre monde : la famine, les guerres, les catastrophes naturelles, l’esclavage, la maladie, la pollution etc ; toutes ces causes méritent d’être défendues et de nombreuses me tiennent à cœur. Mais au même titre, l’égalité entre les êtres humains, et donc entre les sexes, est primordial si on souhaite vivre en harmonie sur Terre et perpétuer l’espèce. On a donc encore du chemin à faire pour atteindre cette égalité.

Les aventures sexistes de Lily – #04 Métiers sexualisés

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le quatrième chapitre : Métiers sexualisés. Bonne lecture !

Si jamais vous avez manqué le chapitre 3 : Hostilités féminines, cliquez-ici !

Je suis en formation de soins infirmiers et bientôt diplômée. Lors de l’anniversaire d’un ami, je parle de mes études avec des connaissances de la fête, tous des hommes. On me charrie lourdement sur mon futur métier : « Et alors, tu mets des sous-vêtements sous ta blouse ? » « Avoue que tu as choisis ce boulot pour te maquer avec un médecin ! »

Je rappelle vivement à mes interlocuteurs que je prends ce métier très aux sérieux et que j’ai autre chose à faire que de draguer les médecins. J’explique également que non seulement je mets des sous-vêtements, mais qu’en plus cela fait plusieurs décennies qu’une infirmière porte pantalon et tunique pour travailler car c’est bien plus pratique, même si cela illustre certes beaucoup moins bien leurs fantasmes.

Quelques années plus tard, j’ai obtenu mon diplôme d’infirmière et je choisis, pour des raisons en lien avec mes projets professionnels, de passer le concours pour être professeur des Écoles. Je me retrouve à ce même anniversaire, et je reparle aux mêmes hommes qui me demandent où j’en suis dans mes études. Je leur explique mon désir de devenir professeur des Écoles. Là encore, je reçois des remarques, certainement plus maladroites que méchantes, mais qui m’agacent au plus haut point : «  Institutrice ? Après infirmière ? Mais tu ne choisis que des métiers incarnés dans les porno ! Tu feras quoi après ? Secrétaire ? »

Je ris jaune.

Le point commun entre infirmière et professeur des Écoles, ce n’est pas que ces métiers fassent tout deux objets de fantasmes. Ce sont des métiers relationnels, qui demandent de l’empathie, de l’adaptabilité et surtout beaucoup de patience. Et je n’en ai pas de la patience lorsque j’entends qu’on ridiculise ma profession de la sorte. Après réflexion, je constate que ces métiers ont un autre point commun évident : ils sont tous les deux majoritairement exécutés par des femmes.

Et si on en finissait avec les clichés sexistes sur ces métiers qui exigent énormément de connaissances et de compétences et qui méritent d’être autant respectés que les métiers dits  « masculins » ?

Les aventures sexistes de Lily – #03 Hostilités féminines

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le troisième chapitre : Hostilités féminines. Bonne lecture !

J’ai un rencard et on m’a donné rendez-vous à Châtelet. J’ai envie de lui plaire sans en faire des tonnes : je ne voudrais pas qu’il croit que je me suis bien apprêtée juste pour lui. Je me maquille très légèrement, histoire d’avoir une jolie mine. J’enfile une robe noire, bleue nuit avec des petites fleurs. Elle est assez fluide, absolument pas moulante, sans décolleté et elle descend juste au-dessus du genou : c’est le genre de robe que je mets pour aller travailler donc il ne s’agit vraiment pas d’une tenue de soirée et je me sens à l’aise avec. Il ne fait pas très chaud, on est en plein hiver, je mets des collants noirs et des petites bottes toutes fines à talons qui montent jusqu’aux genoux. J’enfile également un manteau noire.

J’arrive au forum des Halles : j’étais tellement anxieuse à l’idée d’arriver en retard que j’ai une heure d’avance. Tant mieux, je vais en profiter pour regarder les boutiques, si je trouve quelques cadeaux à offrir pour Noël.

Je suis surprise car il n’y a pas tant de monde que ça. Je prends un escalator qui est entièrement vide. Deux jeunes femmes m’emboîtent le pas et je les entends parler entre elles : « Nan mais sérieux, regarde la fille devant avec sa robe et ses bottes, là, on dirait une pute ! »

Je ne sais pas si elles croyaient être discrètes en parlant de moi de cette façon, ou si elles cherchaient à susciter mon attention. Je n’ai même pas eu envie de réagir. Ce n’est pas la première fois que j’entends des réflexions sur mes tenues, même de la part de femmes. Mais je reste toujours très surprise : pourquoi en tant que femme s’acharner sur ses camarades féminines de la sorte ? On a toute été victime de harcèlement de rue, on sait toute ce que c’est de se sentir honteuse dans l’espace publique sous les réflexions d’un homme frustré par nos refus ou notre ignorance. Pourquoi infliger la même chose à une autre femme ?

Juger l’allure d’une femme lorsqu’on en est une nous même, c’est insinuer que certaines sont plus respectables que d’autres et justifier les agressions verbales, physiques et sexuelles que subissent les victimes de sexisme. Chaque être humain est libre de se déplacer dans l’espace publique dans la tenue qui lui convient et personne ne devrait avoir à en dire quoique ce soit.

Entre femmes on a trop souvent tendance à se critiquer, se rabaisser se jalouser, se détester. C’est sûrement parce qu’on a été éduquée dans une société où on nous a appris à nous mettre constamment en compétition les unes des autres. On devrait plutôt se soutenir, s’unir pour améliorer et faire évoluer notre condition et nos libertés.

Les aventures sexistes de Lily – #02 La gifle

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le second chapitre : la gifle. Bonne lecture !

Si jamais vous avez manqué le chapitre 1 : Le harcèlement, cliquez-ici !

Je me rends compte que ça a commencé dès la cours de récréation. J’ai 13 ans, je suis en 4ème et je suis le genre « intello maigrichonne qui ne se fait pas trop remarquer » . J’ai une amie, Amandine, on s’entend bien et je passe les récréations avec elle. J’ai un sac à dos avec une petite pochette à l’avant dans laquelle je range toutes mes serviettes hygiéniques et tampons. Je pense que la grande majorité des adolescentes de mon âge range leur protections intimes dans la même pochette de leur sac, car c’est le plus pratique. Les garçons aussi le savent. Un collégien en particulier, Julien, trouve très amusant d’ouvrir ces fameuses pochettes pendant que les collégiennes ont le dos tourné et de les vider en jetant les tampons et serviettes dans toutes la cours de récréation. C’est un garçon très populaire : il est cool, il a beaucoup de copains et les filles le trouvent beau, donc personne n’ose rien lui dire.

Un jour, alors qu’il pleut, c’est mon tour de subir cette farce : j’entends ce Julien rire bêtement avec ses copains et brandir mes serviettes hygiéniques comme un trophée. Je me sens humiliée, et je suis en colère. Mais je ne dis trop rien, je ne voudrais pas aggraver la situation. Il les balance par terre et s’en va déranger une autre fille. Je ramasse mes serviettes hygiéniques le plus rapidement possible, elles sont pleines de boue, donc je les jette dans la poubelle.

Lors d’une récréation suivante, je discute tranquillement avec Amandine, adossée contre un mur. Je vois Julien s’approcher de nous avec ses potes en rigolant. Je suis méfiante et encore en colère pour ce qu’il m’a fait récemment. Il se glisse discrètement derrière Amandine et commence à fouiller dans son sac. Je ne réfléchis pas avant de réagir, c’est plus fort que moi, j’interviens en criant : « Non ne fais pas ça ! T’es vraiment un con de fouiller dans les sacs ! » Je regrette déjà de l’avoir insulté, car ça n’est pas mon genre de traiter mes camarades et parce que je sais qu’il ne laissera pas passer cet affront.

Il me regarde, sans surprise, s’approche de moi, ne prononce pas le moindre mot et son visage n’affiche aucune expression. Quand il est suffisamment proche, il me décoche une énorme gifle et rejoint son groupe de copains. Je suis totalement abasourdie : la douleur est assez forte, mais je ne pleure pas, je ne parle pas, je reste tétanisée et je n’ose même pas regarder mon amie. Celle-ci me dit : « T’aurais pas du lui parler, de toutes façons je n’ai pas mes règles, et il n’y a rien dans ma pochette qu’il aurait pu balancer »

Ce Julien ne s’attaque pas à n’importe quel collégien, il choisit délibérément d’humilier publiquement des filles en les forçant à dévoiler leurs effets personnels et en les incitant à avoir honte de leur menstruations. Il trouve drôle de balancer des produits d’hygiènes corporelles qui sont nécessaires et importants, en prenant le risque de les abîmer et de les salir. Ce ne sont pas des taquineries innocentes d’un jeune adolescent qui cherche à se faire remarquer des filles : autrement la victime ne ressentirait ni honte, ni colère, ni peur.

Et lorsqu’une fille ose s’interposer et tente de l’empêcher d’agir, il lui met une baffe dans la figure pour la corriger. Pour lui, la solution lorsqu’on le contredit, c’est donc de faire taire par la violence. Est-ce qu’il aurait agi ainsi si c’était un garçon qui était intervenu ?

Il ne faut plus trouver d’excuses aux petits garçons ou aux jeunes adolescents qui harcèlent les filles et encore moins blâmer les victimes de se défendre ! Il ne s’agit ni d’un jeu, ni d’une blague sans conséquence. Les filles devraient pouvoir profiter d’être à l’école sans craindre qu’un garçon viennent les embêter et qu’on justifie ses actes par un besoin de se faire remarquer. L’argument du « petit garçon amoureux qui aime bien et qui donc châtie bien » ne tient pas. Il y a d’autres manière d’agir pour communiquer son attirance pour la gente féminine. Les jeunes filles ne vont certainement pas se sentir flattée qu”on agisse de la sorte auprès d’elles et ça n’est d’ailleurs pas à elles d’interpréter les véritables intentions de ces jeunes hommes.

Peut-être faudrait-il apprendre aux garçons à agir avec respect, leur faire prendre conscience des conséquences de leur actes et leur montrer qu’il y a d’autres manières plus efficaces de communiquer. Peut-être aussi pourrait-on valoriser les jeunes filles, leur montrer qu’elles n’ont pas à avoir honte d’être elles-mêmes, leur expliquer qu’elles ont le droit de se défendre et qu’elles n’ont pas à se laisser faire et subir.

Les aventures sexistes de Lily – #01 Le harcèlement


Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici donc le premier chapitre : le harcèlement. Bonne lecture !


 

J’ai 19 ans, je suis une étudiante plutôt coquette, j’apprécie qu’on me trouve jolie et j’aime plaire. Quand un garçon m’accoste dans la rue, je le prends comme un compliment : je n’ai jamais eu de réflexion désagréable et mes interactions sont très courtoises avec ces hommes qui respectent toujours mon espace et mon intimité dans la rue. Par exemple, une fois, un inconnu m’a demandé timidement mon numéro de téléphone, j’ai refusé poliment et nous avons continué tranquillement notre chemin. Une autre fois, un homme de la soixantaine m’a adressé une chanson sur un quai de métro, et ça m’a fait plutôt rire !

On commence tout juste à parler du phénomène de harcèlement de rue et cela m’agace. Je trouve que le terme est exagéré et que les réactions de ces femmes (féministes ? ) sont un peu excessives. Ce qu’elles jugent comme des cas de harcèlement ne sont, selon moi, que de simples compliments, parfois peut-être un peu maladroits, mais qui ne sont pas si désagréables ! Oui les hommes qui nous sifflent dans la rue sont des gros lourds, mais pas au point que je le prenne comme une agression sur ma personne et cela ne me semble pas constituer un problème de société.

Alors c’est vrai, il y a aussi des agressions verbales et des insultes. Mais bon, moi qui aie toujours su me montrer polie et souriante quand on m’abordait dans l’espace publique, je n’ai jamais eu le moindre soucis. Peut-être aussi qu’on a là un manque d’effort de communication autant de la part des hommes que des femmes ?

Aujourd’hui, je sors de la fac en étant assez énervée : je viens de me disputer avec un copain sur un sujet quelconque. Je suis en colère et je trace mon chemin pour rentrer chez moi. Un mec m’aborde dans la rue : « Eh mademoiselle t’es mignonne avec ta jupe » Il y a du monde, je n’ai pas la patience de m’arrêter pour lui parler, je jette un coup d’œil, mais je ne réponds pas et je continue de marcher. Cet inconnu est le dernier de mes soucis : je pense encore à la dispute avec mon ami. Il insiste : « Eh mademoiselle, je te parle ! » Je ne m’arrête pas et je regarde droit devant moi. Il s’énerve, me rattrape, se place devant moi, pose violemment ses mains sur mes épaules en me tenant et me parle avec agressivité « Je te parle ! Tu me réponds et tu me dis merci ! »

La peur m’envahit immédiatement, je ne suis pas seule dans la rue, et même si les gens autour de moi semblent ignorer ce qu’il se passe, je suis un peu rassurée, alors je me dégage de son emprise et je ne sais même plus si je prononce la moindre phrase. Je me souviens simplement que tout s’est passé très vite, je me suis libérée, mon cœur battait fort, j’ai marché encore plus rapidement, j’ai retenu ma respiration et je n’ai repris mon souffle qu’en arrivant dans le métro.

J’ai enfin pris le temps d’analyser ce qu’il s’était passé : cet homme m’a reproché mon manque d’éducation car je ne lui avais pas répondu alors qu’il était venu m’importuner en pleine rue, sans que je n’émette le moindre signe indiquant une éventuelle ouverture à la discussion. Il a réagi violemment, il a crié et m’a engueulée comme si j’étais une petite fille qui avait fait une bêtise. Que dois-je en conclure ? Si je ne réponds pas à l’interpellation d’un gars dans la rue, je prends le risque de le heurter et de me faire agresser ou de me faire insulter en représailles. Je me sens alors piégée : jusqu’à maintenant j’avais toujours décidé par moi-même de répondre positivement aux remarques inadéquates de parfaits inconnus dans des lieux publiques. C’était mon choix, et je ne me sentais obligée de rien. Désormais je sais que si je choisis de ne pas répondre aux avances d’un homme, voire de l’ignorer, je prends aussi le risque de me faire insulter, engueuler, violenter ou pire.

Je n’ai plus envie de répondre à ces types qui m’abordent dans la rue. Ils me lassent et je n’ai ni assez de temps ni assez d’énergie pour ces choses là. Je suis également très refroidie par mon expérience précédente et les suivantes ne sont pas mieux.

Les hommes n’apprécient décidément pas qu’on ignore leurs soi-disant compliments : j’entends de nombreuses insultes mêlées à une évidente frustration. Certains sont très insistants et je suis obligée de me montrer autoritaire pour qu’on me laisse tranquille. Je suis sur la défensive : fréquenter les lieux publiques devient pénible et j’ai de moins en moins envie de me balader seule en ville.

Le terme harcèlement de rue prend tout son sens.

Grosses désillusions à l’école

J’ai un grand besoin de m’exprimer sur tout ce que j’ai vécu ces derniers mois notamment professionnellement. Je n’entrerai pas dans les détails, car être professeur des Écoles, c’est avant tout un métier relationnel et j’aurais l’impression, si je devais préciser certains événements, d’exposer l’intimité des gens avec qui j’interagis quotidiennement.

J’ai brutalement arrêté d’écrire des articles et ça n’est pas étonnant chez moi, mais pourtant j’avais formulé le souhait de développer le blog, d’écrire régulièrement, d’enregistrer plus de podcasts, etc. Bref, j’avais vraiment très envie de voir grandir le blog et je m’étais organisée durant toutes les vacances d’été dans ce sens.

Mais à la rentrée de septembre, après avoir passé ma première semaine en école maternelle, j’ai juste eu le temps d’écrire un article expliquant que mes ambitions aller être vite revues à la baisse. J’affirmais d’ailleurs à ce moment-là, que ce travail m’enthousiasmait énormément car j’avais une classe pour moi toute seule, une équipe sympa et un niveau d’enseignement qui me plaisait. J’ai pourtant très vite déchanté. Dès les premiers jours de classe, je rencontrais des obstacles que je n’avais pas envisagés, ni imaginés, qui n’étaient pas de ma responsabilité et sur lesquels je n’avais aucun contrôle. Et très vite ces obstacles se sont transformés en problèmes, qui ont pris le dessus sur mes émotions et mon mental. J’étais fatiguée aussi bien physiquement que psychologiquement, et de grosses angoisses ont surgi. S’ajoutaient à ça les longs trajets pour me rendre à l’école, la gestion de classe qui bien que maîtrisée était difficile, les régulières heures supplémentaires non rémunérées imposées (certains parents nous prennent pour des baby-sitters bénévoles et viennent chercher leurs enfants parfois avec plus d’une heure de retard), et le temps de travail de préparation de classe accumulé le soir et le week-end. Je me suis rapidement sentie démunie et ensevelie : j’avais beau être de la meilleure volonté possible, j’avais l’impression que tous mes efforts étaient inutiles.

J’avais toujours adoré préparer mes activités pour la classe, mettre en place des projets etc ; mais ce qui pour moi était un plaisir est devenu un véritable fardeau, car j’étais fatiguée et démoralisée. Bien que je n’ai jamais cessé de m’investir, après des journées pénibles de travail, je n’avais pas envie de me projeter, à peine arrivée chez moi, dans la journée de classe suivante.

Cela a eu aussi des répercussions sur ma vie personnelle : je n’avais plus goût à partager quoique ce soit sur les réseaux sociaux ou sur le blog, mais je n’ai jamais arrêté d’écrire, heureusement. J’ai écrit souvent pour m’aider à me vider la tête de toutes les pensées et émotions négatives qui me submergeaient. J’ai aussi maintenu une activité sportive régulière, profité un maximum de voir mes amis ou ma famille, de sortir, m’amuser et profiter de la vie. Toutes ces petites choses, je les faisais dès que j’en avais l’occasion et le courage et cela m’a beaucoup aidé à garder le moral et ne pas tomber dans une trop grosse déprime.

J’ai énormément balisé, car ce métier que j’étais pourtant très loin d’idéaliser, me semblait être un métier confortable, dans lequel je pensais pouvoir m’épanouir et m’enrichir, tout en profitant de mon temps libre comme je le souhaitais. La réalité est tout autre : j’ai régulièrement eu l’impression que je devais faire un choix entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. Et je me suis rendue compte que je ne voulais pas passer la majorité de celle-ci dans un travail qui ne me correspondait pas autant que je le croyais et qui s’avérait souvent pénible. J’ai beaucoup cogité : le temps passe vite, et je ne veux pas devenir comme certaines maîtresse qui courent toujours après les vacances scolaires pour pouvoir enfin souffler (mais pas trop longtemps car il faut vite reprendre le travail et préparer la période de classe suivante pour ne pas avoir trop à travailler le soir). Ce qui m’agace le plus, en définitif, c’est que j’ai l’impression d’avoir vécu la même chose l’année dernière mais à un degré beaucoup moins important et avec des problèmes d’une nature différente. Et je me demande combien de temps ça durera avant que je me sente un minimum à l’aise dans une école ou même dans ma propre classe.

Je n’envisage absolument pas pour le moment d’abandonner ce travail. Je sais que c’est le début et que beaucoup de choses sont en ma défaveur car je suis jeune enseignante : dans quelques années je pourrais choisir l’école dans laquelle je veux travailler, j’aurais acquis de l’expérience et je prendrais certainement les choses avec beaucoup plus de recul.

En fait, j’ai envie de me dire, que ma vie ne sera pas centrée sur ce métier de professeur des écoles, et que d’autres choses plus importantes l’animeront. Je veux faire mes propres projets personnels, comme écrire, continuer à apprendre de nouvelles choses, peut-être reprendre les études en parallèle, etc. Et je souhaite rendre ce travail secondaire par rapport à toutes mes autres préoccupations, car pour le moment il prend toute la place.

Cela sonne très crise existentielle quand je me relis, donc ça me fait un peu rire. En même temps je me rends bien compte que j’ai beaucoup remis en question mon existence ces derniers temps, mais ça n’est pas si surprenant de ma part !

J’espère que cet article vous aura intéressés. Si vous avez déjà vécu la même chose que moi (en étant enseignant ou non), n’hésitez pas à me le dire en commentaire, pour me faire part de vos propres expériences. A bientôt !

Tu ne peux pas comprendre tu n’as pas d’enfant

Je n’ai pas d’enfant. J’ai presque 27 ans et je fréquente de plus en plus de (jeunes) parents de part mon entourage familial, professionnel et amical. J’entends parler d’enfants, de bébés et de parentalité tous les jours et cela ne me dérange pas.

En revanche, très souvent à travers les conversations que j’entretiens avec tous ces parents, j’ai l’impression qu’on me fait comprendre que je ne suis pas à la hauteur en tant qu’adulte ou en tant que femme, face à eux qui semblent avoir atteint « toutes les étapes importantes de la vie ». Et pour illustrer mes propos, je vous citerai deux phrases qu’on m’adresse très régulièrement  : « Tu ne peux pas comprendre, tu n’as pas d’enfant. » et « Tu verras quand tu auras des enfants ».

Ce sont des petites phrases anodines, finalisant souvent les échanges verbaux et qui sont énoncées machinalement, mais qui peuvent faire l’effet d’une douche froide pour ceux à qui elles sont adressées. Ces quelques mots, généralement prononcés pour se donner raison et se justifier, sont riches de sous-entendus, de jugements et de critiques. Sont ainsi remis en question notre expérience, nos accomplissements, notre parcours dans la vie d’adulte, et souvent lorsqu’on est une femme notre propre identité sexuelle.

« Tu ne peux pas comprendre tu n’as pas d’enfants. »

Alors oui, c’est vrai, je n’ai pas d’enfants, et je ne vis pas toutes ces responsabilités parentales quotidiennes : changer, laver, habiller, nourrir, border, consoler, punir, surveiller, soigner etc. Je n’ai pas non plus à subir toutes ces pressions supplémentaires imposées dans notre société comme : être une mère parfaite, être toujours à la hauteur, tout en essayant d’être épanouie dans sa vie d’adulte, sa vie professionnelle et sa vie relationnelle… Je n’ai, lorsque je rentre du travail, qu’à me soucier de mon chat (qui se gère très bien seul) et de moi-même.

Peut-être, en effet, que certains détails ne m’apparaissent pas clairement. Mais j’ai tout de même la capacité, comme tous les êtres humains de me mettre à la place des autres, même si je ne traverse pas la même chose qu’eux. J’ai parfois l’impression qu’on me prend pour un robot dénué d’empathie et vide de connaissance sur la vie en général. Pas la peine de m’expliquer combien j’ai de la chance en rentrant chez moi de n’avoir rien d’autre à gérer que mes petites affaires personnelles. C’est lassant et c’est culpabilisant !

Dans la catégorie des « tu ne peux pas comprendre », on m’a aussi plusieurs fois fait remarquer que je ne pouvais pas comprendre l’amour infini que pouvait éprouver un père ou une mère pour sa progéniture. C’est très vexant de recevoir ce genre de réflexion en pleine figure, car cela insinue qu’une personne n’ayant pas d’enfant n’est pas capable d’aimer ou ne connaîtra jamais un amour aussi intense que celui-ci. Heureusement que les enfants ne sont pas les uniques objets d’amour dans la vie ! Et surtout, aimer son enfant, n’est pas une excuse à tout !

Par exemple, en tant qu’enseignante je blâme (et c’est mon droit) certains parents qui donnent sans cesse raison à leur enfant sans chercher à comprendre la situation. On a essayé de m’expliquer que l’amour éprouvé en tant que parent transcendait tout et ne permettait pas aux concernés d’être rationnels quand il s’agissait de leur enfant. Cette explication semblait être un argument valable pour justifier le comportement parfois inadapté de ces parents. Je ne doute absolument de la sincérité de leur amour inconditionnel pour leur fille ou leur fils. Mais pour ma part, j’ai été éduquée par des parents qui bien que m’aimant énormément, et bien que m’ayant toujours fait confiance et écoutée, ont su prendre du recul sur ma parole et m’ont appris à me remettre en question.

Admettre les tords de son enfant, ce n’est pas moins l’aimer, c’est simplement accepter que même si à nos yeux il est un demi-dieu, il n’en reste pas moins humain : il fait des erreurs et des bêtises, il faut parfois le corriger et lui transmettre certaines valeurs pour lui permettre de s’améliorer. Il s’agit donc pour résumer de l’éduquer (en lui apportant tout l’amour dont il a besoin, cela va de soi).

Alors en effet, dans de nombreux cas je ne peux pas comprendre le comportement et les réactions de ces parents. Mais ça n’a rien à voir avec le fait d’avoir des enfants ou non, il s’agit plutôt d’avoir des valeurs différentes.

« Tu verras quand tu auras des enfants »

À propos d’éducation, lorsqu’on n’est pas parent, on nous fait clairement comprendre qu’on n’a aucune légitimité à avoir une opinion en la matière, en justifiant notre manque d’expérience évident sur les enfants. En ce qui me concerne, j’ai déjà acquis un certain nombre de compétences et de connaissances à travers mes expériences professionnelles en lien avec les enfants (professeur des écoles, infirmière et étudiante en maternité, en crèche et en pédiatrie) et durant mon enfance, en tant qu’aînée d’une famille nombreuse.

Et ce qui est incroyable c’est que je me sente souvent obligée de me justifier auprès de mes interlocuteurs alors qu’en fait, même si je n’y connaissais rien en matière d’enfants, j’ai le droit d’avoir un avis sur l’éducation et la parentalité ! En effet, je n’ai pas besoin de me reproduire pour savoir que j’ai des principes et des valeurs que je souhaite appliquer dans tous les domaines de ma vie (et donc auprès de mes éventuels futurs enfants).

Et je ne vois pas ce qu’il y a de mal à avoir des principes et une vision de l’éducation ! Je n’ai encore jamais connu de parents parfaits, donc je ne vois pas pourquoi certains parents cherchent à tout prix à changer ma perception de l’éducation, alors qu’ils ne sont pourtant pas plus légitimes que moi : ils ont fait des choix qui leur semblaient justes et qui leur ont permis d’évoluer mais pour autant leurs décisions en matière d’éducation ne sont pas forcément les meilleures ! Et oui, peut-être que lorsque j’aurais des enfants, je changerais complètement d’avis et mais seulement là j’admettrais m’être trompée.

Bien entendu, je peux comprendre que dans certains contextes, un parent puisse se sentir jugé, et qu’il devienne alors très facile et de bonne guerre de rembarrer son interlocuteur en lui faisant remarquer qu’il n’a pas d’enfants. Mais ça reste tout de même un coup bas.

Priorité aux parents

Avant de travailler à l’éducation nationale, j’ai été dans la grande distribution puis dans le domaine hospitalier. Cela nécessitait parfois de travailler les week-end, les jours fériés, durant les événements religieux et certains de mes cadres m’ont clairement expliqué que je n’avais rien à dire sur mes horaires de travail ou sur mes dates de congés payés car je n’avais pas d’enfant (et donc implicitement aucune obligation familiale).

Je me souviens également en discutant avec les collègues, entendre quelques un d’entre eux estimer être prioritaires sur les fêtes de Noël et sur les vacances car ils avaient des enfants !

Alors évidemment, que je n’aspirais pas à obtenir tous les congés demandés, à fêter chaque année les fêtes de Noël et avoir tous mes week-end . Je comprends tout à fait être obligée de faire des sacrifices, comme tous le monde. Mais j’ai souvent eu le sentiment que pour grand nombre d’entre eux, avoir une famille ça se définissait essentiellement par le fait d’avoir des enfants. Autrement, notre vie personnelle et familiale ne semblait pas être digne d’intérêt et pouvait donc passer au second plan. Sauf exception, on a tous envie de passer les événements importants auprès des gens qu’on aime (famille ou ami), ne pas avoir de progéniture ne rend pas notre vie moins importante.

L’accouchement : cette étape de la vie qui fait de toi une vraie femme (ou pas !)

Il y a quelques semaines, on m’a très explicitement dit, en plaisantant, que je n’avais pas encore connu la grossesse et que donc je n’avais pas accompli toutes les étapes de la vie d’une vraie femme car je ne connaissais pas la douleur de l’accouchement. J’ai été assez surprise car en matière de douleur, je pense quand même avoir un petit aperçu de ce qui m’attend, ne serait-ce qu’à travers la période menstruelle et je ne cautionne pas cette impression qu’on en fait un rite de passage dans la vie d’une femme.

Ensuite, je crois qu’on ne se rend pas compte à quel point cela peut être violent de recevoir une remarque pareille : on ne sait pas qui on a en face de soi, ni même comment il se positionne par rapport à la parentalité. Les gens n’ont pas tous envie de faire des bébés, et certaines personnes ont des difficultés à en concevoir, c’est cruel de leur rappeler ! Et ce raisonnement est absurde car la grossesse et l’accouchement ce ne sont pas les réponses ultimes à la parentalité : il y a d’autres manières d’être parents !

De plus, sous-entendre qu’une femme n’est pas accomplie tant qu’elle n’a pas vécu la maternité, c’est sous entendre qu’elle n’est pas entière ou qu’elle n’est pas une vraie femme : une fois encore il s’agit de remarques très violentes pour celles qui les reçoivent. J’insiste sur le fait que c’est violent car moi qui n’ai même pas trente ans, je le vis systématiquement comme une agression. Je n’imagine même pas ce que peuvent endurer les femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfant.

Un statut de femme indissociable du statut de mère ?

La décision de ne pas avoir d’enfant en tant que femme est encore un choix très difficile à comprendre pour la majorité des gens. On part souvent du principe que le corps de la femme a été conçu pour la maternité et que cela fait partie de ses instincts que de procréer, tandis que cette pression est quasiment inexistante chez les hommes (bien qu’ils aient des organes reproducteurs eux aussi !) Je ne pense pas être la personne la mieux positionnée pour parler de ce sujet mais je pense pouvoir affirmer avec certitude que les femmes qui décident de ne pas vouloir d’enfants ont eu une vraie réflexion sur le sujet et sont assez matures et responsables pour prendre leurs décisions, seules. Pas la peine donc, de remettre leur jugement en question ou de les infantiliser en pensant mieux savoir ce qui est bon pour elles !

Cet article est terminé et ces dernières phrases feront office de conclusion. Il m’a fallu plusieurs semaines pour le rédiger, je l’ai modifié de nombreuses fois et je pourrais encore le faire car j’ai beaucoup de choses à dire et que ce sujet me tient énormément à cœur. J’espère que certaines personnes se reconnaîtront dans mon article et que d’autres se rendront compte de l’impact de leurs « innocentes petites » remarques.

La rentrée chargée !

Bonsoir, un article assez rapide car je suis ensevelie par le travail de la rentrée et c’est justement de cela que je vais vous parler !

J’ai officiellement obtenue mon premier poste en tant que Professeur des Écoles titulaire et je suis en Maternelle dans une classe de moyens-grands. L’année dernière j’avais des CM1 donc autant vous dire que c’est totalement nouveau pour moi, mais je suis ravie !

Ma rentrée s’est donc plutôt bien passée malgré le fait que j’étais presque aussi paniquée que les petits, mais je commence déjà à prendre mes marques. Le plus dur va sûrement être de me souvenir des prénoms des enfants et de m’habituer aux allers-retours aux toilettes pour cause de vessies encore toutes petites !

J’ai appris que je serais en maternelle il y a seulement 5 jours, donc autant vous dire que je n’ai pas cessé de préparer mes activités le week-end dernier. Et ça a plus ou moins été la panique car je ne connais pas du tout le programme de cycle 1. J’ai commencé mes recherches et je vais les finaliser et commencer à planifier mon année ce week-end (encore un week-end chargé en perspective ! )

Autrement, je peux déjà dire après seulement deux jours en maternelle que je suis bien plus dans mon élément qu’en élémentaire. Je regrette simplement de ne pas avoir eu plus de temps pour préparer mon année.

Voilà, désolée pour cet article vraiment très court mais je dois encore préparer ma journée de demain (oui car je travaille aussi le mercredi matin) et que j’ai vraiment l’impression de parler pour ne rien dire !

Ma première année en tant qu’enseignante.

Bonjour, c’est la fin des vacances scolaires et la rentrée arrive à grands pas et c’est donc le moment idéal pour vous relater mon année 2017-2018 en tant que Professeur des Écoles Stagiaire.

Comme vous avez du comprendre, j’ai totalement changé de filière professionnelle (j’expliquerai un jour le pourquoi de ce changement) : après le diplôme d’infirmier j’ai très rapidement repris les études, pour passer le CRPE (Concours de recrutement de professeur des Écoles) et je l’ai eu ! Cette année j’étais donc PES (Professeur des Écoles Stagiaire) c’est-à-dire que j’ai exercé mon métier, tout en l’apprenant et en terminant le Master 2 concerné. Ça n’a donc pas été une année de tout repos mais je l’ai réussie et j’en suis très fière !

Je n’ai quasiment jamais eu de difficulté à valider quoique ce soit : les visites pour observer ma pratique professionnelle, mes fiches de préparations, les partiels à la fac. J’ai tout validé sans problème et je suis donc en chemin vers la titularisation (je serai officiellement titularisée à ma prise de poste, donc dans quelques jours).

Et pourtant ça n’a pas été une année simple pour moi et les vacances étaient plus que méritées : j’en avais besoin !

En effet, comme tous les PES début septembre j’ai été projetée dans une classe en n’ayant quasiment pas pratiqué le métier avant. J’avais un peu moins d’une trentaine d’élèves à gérer, je devais en plus leur transmettre des connaissances de manières efficaces alors que moi-même j’apprenais à enseigner, tout en maintenant une certaine discipline ! Ça a été une grande cause de stress car je me suis toujours sentie très responsable de l’efficacité ou non de mon enseignement et je désirais bien faire. Et en même temps, j’avais totalement conscience qu’en tant que stagiaire, il y aurait forcément des ratés.

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J’ai l’air plus jeune que mon âge et donc très vite j’ai été identifiée comme “enseignante débutante” : cela m’a causé des préjudices que je ne tiens pas à détailler, et ça m’a fait énormément douter de moi et de mes compétences.

Avec du recul, je sais bien que la remise en question est nécessaire pour améliorer sa pratique professionnelle et qu’elle ne doit pas se transformer en pression inutile. Et ça a donc été mon point faible. J’étais beaucoup trop anxieuse et stressée et je me suis rendu compte en parlant avec des collègues autour de moi que je n’étais pas la seule à m’être infligée autant de pression pour cette première prise de poste. Cela provient évidemment du fait que cette année en tant que stagiaire était une année d’évaluation qui serait décisive pour la titularisation. La charge de travail était donc très importante car j’avais les partiels et le mémoire à préparer en parallèle. Et comme je l’ai relaté précédemment dans l’article, j’ai donc acquis la majorité de mes compétences et connaissances professionnelles au cours de cette période : face à un obstacle, je devais donc accepter le fait que j’étais encore en train d’apprendre et qu’il était normal de faire des erreurs.

Évidemment, tout ce stress ne m’a pas atteint qu’au travail.  En effet, en tant qu’enseignante (et étudiante), je travaillais énormément en dehors des heures de classe, et donc j’avais le temps de ressasser les contrariétés de la journée et il m’était parfois impossible de faire la transition boulot / maison.

Alors présenté comme ça, j’imagine que le métier d’enseignant ne donne pas envie, et c’est normal, je n’ai parlé que du stress que cela a engendré. Donc, sans entrer dans les détails, je précise tout de même que j’ai beaucoup apprécié de travailler auprès d’une classe : j’aime préparer les activités, proposer des choses originales, échanger avec les élèves… Et j’ai heureusement, rencontré quelques collègues qui, lorsque les journées étaient parfois difficiles, m’ont permis de relativiser et de positiver.  L’enseignement me plaît, et je continue donc, armée de ma motivation et d’un petit peu plus d’expérience que l’année dernière !

Petit conseil donc à toutes les personnes qui commencent un nouveau boulot : un métier reste un métier et ne doit pas empiéter sur la vie personnelle (cela paraît évident et pourtant je pense qu’on ne le répète jamais assez). Évaluer sa pratique, c’est chercher les compétences fragiles, trouver comment les renforcer et s’améliorer. Et même s’il y a un enjeu à la clé, il est inutile et néfaste de se mettre la pression et de se faire du mal. Il s’agit donc de rester objectif et de prendre le plus de recul possible. Ne pas oublier qu’on a une vie en dehors du travail, c’est apprendre à dégager du temps pour soi : faire du sport, développer ses passions et savoir mettre son esprit en pause !