Les blagues sexistes sur le confinement ne sont pas drôles !

Bonjour ! 

Il y a encore quelques heures, je me faisais la réflexion que je n’avais pas écrit d’article à propos d’un sujet sexiste depuis bien longtemps… Heureusement facebook s’est chargé de me rappeler que le sexisme ordinaire n’avait pas encore été infecté par le covid-19 et qu’il vivait pleinement sa vie ! 

Ma petite vidéo si vous n’avez pas envie de lire l’article mais que vous préférez écouter :p

L’épidémie et le confinement sont actuellement des prétextes pour faire toutes sortes de blagues. Il s’agit bien d’une des rares choses que je trouve chouette sur les réseaux sociaux en ce moment : les petites blagues qui font rire, qui détendent l’atmosphère assez pesante du moment. Cependant, autant certaines plaisanteries sont drôles et bien pensées : par exemple j’apprécie particulièrement celles concernant des parents désespérés de garder leurs enfants H24 (ça faire ressortir mon côté sadique d’enseignante), autant d’autres ne sont pas drôles elles sont juste sexistes. 

Donc je me baladais à minuit sur ce merveilleux réseaux social qu’est facebook (on dit partout qu’il ne faut pas traîner sur les réseaux avant d’aller se coucher et c’est vrai, on risquerait de tomber sur une publication énervante et frôler l’insomnie). Je regardais les dernières publications un peu rigolotes, jusqu’à ce que je tombe sur celle-ci ! 

La première chose que j’ai pensé c’est : ce n’est pas drôle, c’est sexiste ! 

Pour commencer nous allons expliquer la soit disant blague : elle repose sur le principe que les femmes (ou les filles, si vous préférez un terme plus infantilisant) n’ayant plus accès aux services esthétiques du fait de leur fermeture pendant le confinement, vont voir leur apparence physique changer, et évidemment celui-ci ne sera pas à leur avantage : grosses racines car plus d’entretien chez le coiffeur, mono sourcil et moustache car plus d’épilation, vernis permanent non entretenu et les faux cils qui se cassent la gueule. 

Pourquoi est-ce que cette blague est sexiste (et accessoirement m’exaspère) :

Parce qu’elle s’attaque au physique des femmes, puisqu’elle repose sur l’idée que les femmes auront une apparence “négligée” sans toutes ces pseudo obligations esthétiques qui n’auront pas été suivies pendant plusieurs mois.

La blague part du principe que les diktats de beauté qui sont imposés aux femmes sont normaux et ne doivent pas être remis en question: si on ne les respecte pas, on n’est pas une vraie femme, et on est loin d’être une femme attirante. Et c’est là qu’il y a un problème. Aucune femme n’est obligée d’aller chez le coiffeur, ni même d’aller chez l’esthéticienne ou chez la manucure, aucune femme n’est obligée de se maquiller, et cela ne la rend pas moins féminine ! Le maquillage n’est pas indissociable de la féminité, les poils poussent aussi sur notre visage, nos ongles n’ont pas besoin d’être vernis et nos racines vont très bien merci !  

Attention, je ne dis pas là qu’il y a un problème  si une femme prend plaisir à se maquiller, à s’épiler, ou à aller chez le coiffeur. Je dis simplement qu’on ne devrait pas se moquer du physique de celles qui ne le font pas, parce qu’en fait on fait ce qu’on veut, quand on le veut avec ou sans confinement et ça ne nous rend pas moins ou plus belles…. Moi par exemple, j’aime bien me maquiller, mais quand j’en ai envie : y a des jours où ça m’amuse, je teste des trucs, et d’autres où je n’en ai pas envie, pour autant, je ne me sens pas moins jolie les jours où je ne suis pas maquillée, ou moins féminine, je suis juste “pas maquillée”, c’est tout ! Et soit dit en passant, je m’en balance totalement du coiffeur, ma pilosité ne concerne que moi et j’en fais ce que je veux ! 

Et même le concept de beauté m’exaspère, pourquoi une femme devrait-elle être toujours attirante ? On vaut plus qu’une apparence ! Je pourrais encore creuser le sujet mais je voudrais parler maintenant des commentaires qui étaient affichés sous cette publication ! 

Alors je n’ai pas pensé à faire un imprim écran des propos tenues, que j’aurai pu anonymer, je suis encore débutante, hein désolée,  donc je fais juste avec ma mémoire et je vais vous raconter ce que j’ai lu. 

Une femme a osé commenter qu’elle ne trouvait pas ça drôle et que c’était sexiste, une seconde femme a confirmé  les propos de la première et j’étais soulagée de voir que je n’étais toute seule à penser ça. Sauf que, ces deux femmes se sont pris une déferlante de commentaires désagréables leur disant qu’elles étaient rabat-joie et qu’il fallait apprendre l’auto-dérision (comme je l’ai expliqué précédemment il n’y a pas d’auto-dérision à avoir étant donné que toutes ces pratiques ne devraient pas constituer une norme féminine) D’ailleurs ça a été très justement argumenté dans les commentaires, une femme a dit  “Pourquoi il faut toujours que ce genre de plaisanterie ne concerne que les femmes?” Parce qu’évidemment on pourrait faire des blagues sur les mecs qui n’iront plus chez le coiffeur ou chez le barbier, ou même sur ceux qui vont arrêter de s’épiler le torse, mais ça n’est pas pareil, parce que dans notre société, un mec à barbe ne va pas être critiqué s’il en porte une, on ne va pas juger la pilosité d’un mec qui laisse ses poils au torse, aux jambes, ou ailleurs ; ou même s’il ne va chez le coiffeur, alors qu’une femme, si ! 

Alors j’ai aussi vu l’argument suivant : “Je suis une femme et je trouve ça drôle, donc ça n’est pas sexiste”. Et moi j’ai eu envie de répondre : tant mieux si ça  t’as fait rire, mais ça n’est pas parce que toi en tant que femme tu trouves que la blague est drôle que celle-ci doit être validée par celles qui se sentent offensées. Et soit dit en passant, les femmes sexistes, ça existe ! Sinon nous serions toutes féministes et tout irait bien dans le meilleure des mondes ! Et à titre personnel, je trouve ça triste qu’il y ait encore des femmes qui ne soient offensées par ce genre de blague…

Bref, j’étais quand même assez contente parce qu’il y avait bien une bonne dizaine de femmes qui confirmaient la dimension sexiste de la publication, et j’ai l’impression qu’on est de plus en plus nombreuses à s’exprimer, comparé à il y a quelques années, où il y en aurait certainement eu moitié moins. Mais je trouve quand même assez triste, que les gens ne se rendent pas compte que c’est important de ne pas laisser passer ce genre de plaisanteries de mauvais goût. Alors là encore on pourrait se poser la question de la censure, qu’il faut savoir rire de tout, mais pour ma part, je n’ai pas envie de rire quand les blagues portent sur des oppressions et des inégalités. 

Ce qui m’amène à la suite : il y a aussi eu beaucoup de commentaires disant, “ça suffit maintenant, il y a plus grave dans la vie que ça, faut arrêter de se vexer pour des conneries alors qu’en ce moment on a dépassé le millier de morts à cause de l’épidémie.” Alors ces personnes là qui n’ont pas été originales car elles étaient plusieurs à dire la même chose,j’ai envie de dire que je ne vois pas le rapport avec le fait que la blague soit sexiste. Et ça n’est pas parce qu’on combat actuellement une épidémie qui est grave et urgente, qu’on doit laisser tomber tous les autres combats. Je ne vais pas arrêter d’être féministe parce qu’il y a une épidémie. Et c’est avec ce genre de raisonnement qu’on prend le risque de perdre nos droits : car c’est comme ça qu’on peut se retrouver à remettre en question par exemple notre droit à l’avortement, notre droit à l’accès aux produits de nécessité telles que les protections hygiéniques, ou notre accès à la protection en cas de violences conjugales! Et d’ailleurs ces droits, je ne les ai pas choisis au hasard car on en a parlé très vite dès le début du confinement du fait qu’ils étaient potentiellement fragilisés cette situation exceptionnelle. (Je vous mettrais plusieurs liens en barre d’information de la vidéo qui en parlent bien mieux que moi). 

Voilà, je vais m’arrêter là, comme je l’ai dit plusieurs fois, il y a plein de choses qu’on pourrait détailler, j’ai fait le choix de ne le faire, mais n’hésitez pas à partager votre opinion dans les commentaires (avec bienveillance et cordialité bien évidemment !) 

A très bientôt !

Parole de femmes

En tant qu’enseignante, je me suis inscrite à de nombreux groupes pour les professeurs des Écoles sur lesquels on échange nos astuces, conseils, supports d’enseignement et où on plaisante plus ou moins sur notre boulot et nos élèves.

Il y a quelques jours, en regardant mon fil d’actualité, je suis tombée sur la publication suivante, provenant d’un de ces fameux groupes d’enseignants :

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Sous cette publication, le commentaire d’une collègue : « C’est sexiste, comme blague ». Et en réponse à celui-ci : « Mais n’importe quoi, c’est juste une petite blague » « Celui qui a publié ça est un mec adorable et rigolo, si tu le connaissais, tu saurais qu’il n’est pas macho pour un sous » « Je suis une femme et je ne suis pas choquée par cette blague » « C’est juste pour rire, faut arrêter de tout prendre au sérieux, c’est juste du second degré ». D’autres commentaires suggéraient que c’était un peu « foutre la merde » de dire que la publication était sexiste, et que dans ce groupe on était là pour s’amuser et qu’il s’agissait d’une ambiance bonne enfant…

J’ai évidemment eu un avis très tranché : il s’agissait pour moi d’une publication pas très fine utilisant un cliché franchement sexiste qui ne me faisait pas rire du tout. Alors pourquoi cette publication m’a-t-elle dérangée tandis qu’une majorité de gens l’ont trouvée mignonne et tout à fait innocente ?

Tout d’abord, je suppose qu’en tant que féministe, je suis bien plus sensibilisée à la question du sexisme ordinaire et plus attentive aux clichés qui flottent autour de nous. Cette publication m’est apparue comme une énième plaisanterie sexiste de mauvais goût. Et à force d’en entendre (et d’en lire, merci les réseaux sociaux), je dois bien dire que je suis lassée et que je n’ai plus envie d’ignorer ou de prendre les choses « à la légère ».

Pourquoi cette bague n’est-elle pas si innocente que ça ? 

Le cliché de la fille ou femme bavarde, est présent en permanence dans notre société : dans les publicités, les séries, les films… La « pipelette » est en général incarnée par une jeune femme souvent insupportable, plutôt jolie et pourquoi pas blonde (soyons dans les clichés jusqu’au bout). Elle parle évidemment pour ne rien dire, a un débit de parole insensé, au point qu’on se demande comment elle fait pour respirer. Elle a souvent un petit ami qui fait semblant de l’écouter et qui lui répond par quelques soupirs réguliers. Lorsque les « pipelettes » se retrouvent entre elles, on observe un amas de filles en train de piailler (comme nos petits oisillons de l’image) et on entend un bruit désagréable, impossible à décrypter, et donc souvent sans intérêt.

Quelle place donnons-nous à la parole des femmes ?

Un des clichés qui va donc de paire à celui de la femme « bavarde », c’est celui de la femme qui n’a rien de bien intéressant à dire. On est là dans un stéréotype qui nous fait énormément de tort, car il ne s’agit plus d’une plaisanterie. La parole d’une femme est très souvent décrédibilisée de par son sexe, dans tous les domaines. On observe également un autre stéréotype qui questionne une fois de plus la légitimité des femmes à prendre la parole : la femme est une commère qui parle de manière insidieuse dans le but de causer du mal, colporter des ragots et des rumeurs. À quoi bon la laisser donc parler si c’est pour l’entendre « cracher son venin » ?

Quelques exemples relatant du peu d’importance que l’on donne à la parole d’une femme : la députée Aurore Bergé a été récemment vivement critiquée et ridiculisée car selon certains, sa robe était bien trop courte pour que ses arguments politiques aient le moindre intérêt. En politique, les femmes sont d’ailleurs très souvent tournées au ridicule et leur parole remise en question, à travers des arguments liés à leur sexe et ça n’est pas un hasard. Un autre exemple très parlant qu’il n’est pas rare d’observer à en voir la quantité de témoignages, ce sont les victimes de violences sexuelles dont on ne prend pas la plainte au sérieux ou qu’on accuse parfois d’être des menteuses. Sans parler des femmes féministes que l’on traite généralement de « grandes gueules » qui se plaignent pour des choses « pas si graves » : cela a pour conséquence que leur discours est beaucoup moins pris au sérieux et a donc moins d’impact.

L’éducation et l’école, dans tout ça ?

Malheureusement dans notre société, dès la naissance, les enfants entendent les adultes plaisanter et répéter combien les filles sont de vrais moulins à paroles. Ces clichés sexistes sont donc intégrés dès l’enfance et ne sont jamais remis en question. On brime aussi les petites filles qui doivent répondre à de nombreux impératifs : être sages, se tenir tranquilles, être appliquées et respectueuses… On juge souvent les gamines un peu trop dynamiques, tandis qu’on dit qu’un petit garçon agité a besoin de se dépenser et que c’est « normal ». Je n’ai pas énormément de recul sur la question, mais déjà en quelques mois d’enseignement en élémentaire, j’ai pu observer ceci : en classe, une majorité de garçons  interviennent sans lever la main, parlent fort, parfois crient et coupent la parole (souvent celle des filles, par ailleurs). Les jeunes filles souvent très discrètes, attendent leur tour pour parler et n’osent parfois pas participer. Lorsque l’on met en place des groupes de travail, ce ne sont pas les filles qu’on entend le plus, mais les garçons. De plus, j’ai souvent dû intervenir car certains refusaient d’écouter les arguments de leurs camarades féminines. On pourrait donc envisager que dès leur plus jeune âge,  les enfants, selon leur genre, intègrent plus ou moins une légitimité à la parole.

Je n’ai pas pour prétention de m’y connaître beaucoup sur le sujet et je donne simplement mon avis. Je souhaiterais conclure que selon moi, toutes ces « petites » plaisanteries sexistes véhiculées durant notre enfance sont responsables en partie de clichés bien plus graves qui nous décrédibilisent une fois adultes.  On pourrait donc peut-être éviter d’enfermer les enfants dans des cases, valoriser les petites filles pour qu’elles aient plus confiance en elles, les inciter à s’exprimer, et favoriser la communication et l’écoute entre eux.

Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu.

Jules Renard.