Enseignante et confinée

Bonjour ! 

J’avais très envie de vous parler du boulot et de faire un petit point sur les conséquences du confinement sur le travail. Pour rappel, je suis enseignante en élémentaire, je suis ZIL c’est-à-dire que je fais des remplacements de congés maladie ou de congés maternité et cette année, j’avais été dans une classe de CP à 12 jusqu’aux vacances d’hiver et je venais tout juste de commencer février avec une classe de CE1 à 12 lorsque le confinement a été instauré. Donc depuis mi-mars je suis en télé-travail avec mes élèves. 

On a à peine eu le temps de mettre en place quelque chose pour maintenir nos enseignements à distance et ça a été difficile également d’être en contact avec tous les parents. (Depuis les vacances de Pâques j’ai réussi à contacter tout le monde, mais durant les trois premières semaines de confinement, il manquait deux familles)

J’ai passé beaucoup de temps en télétravail à préparer les exercices pour les élèves, que ça soit à la fois ludique et accessible pour eux (n’oublions pas que tous n’ont pas nécessairement internet ou l’ordinateur à leur disposition quand ils le souhaitent) et je me tiens disponible pour les parents le plus souvent possible. J’avoue que je me suis aussi bien amusée, car il fallait trouver des solutions pour permettre aux élèves d’apprendre malgré les conditions exceptionnelles et donc j’ai laissé courir mon imagination et redoublé d’efforts pour proposer des petites activités originales ! 

J’ai laissé les parents libres de m’envoyer leurs retours ou non car j’ai bien conscience que ça la situation n’est facile pour personne et que chacun gère comme il peut. J’ai tout de même des contacts presque quotidiens avec certaines familles et ça fait tellement plaisir de pouvoir échanger avec eux, de voir autant d’investissement, et de garder un contact avec les élèves.

En plus, comme je l’expliquais, je venais tout juste de prendre cette classe de CE1, ça ne faisait que trois semaines que j’étais avec eux, je n’avais absolument pas eu le temps de rencontrer les parents, ils ne me connaissaient pas non plus, donc pouvoir un peu échanger avec eux, c’est vraiment chouette ! On a eu aussi des rendez-vous téléphoniques avec les parents qui le souhaitaient et là encore ça m’a vraiment fait plaisir d’entendre les élèves (qui étaient un peu timides au téléphone ^^) et de parler de vive voix avec les parents ! Je trouve ça vraiment chouette de constater l’investissement des parents qui m’ont dit avoir peur de mal s’y prendre, ou qui s’excusent de ne pas avoir envoyé les activités de leur enfant le jour précisé, alors que franchement, on sait bien que chacun s’organise comme il peut, et on est vraiment pas à un jour près !

Je ne sais pas du tout ce qui va advenir des prochaines semaines, là on est en vacances d’avril et j’espère qu’on va pouvoir reprendre en mai, car les parents sont inquiets de voir leurs enfants prendre du retard. Nous-mêmes en tant qu’enseignants, on a du mal à voir comment on va pouvoir rattraper ces semaines de confinement, car continuité pédagogique ou non, qu’on se le dise, l’école à l’école c’est quand même bien mieux ! Il y a beaucoup de rumeurs qui circulent dans le corps enseignants, par exemple qu’on ne reprendra qu’en septembre (pitié faite que ça ne soit pas le cas ! ) Évidemment on continuera à s’adapter, même si on doit garder le établissements fermés jusque là, par mesure de sécurité, mais la question se pose toujours pour les quelques familles avec qui on a du mal à garder contact

Les blagues sexistes sur le confinement ne sont pas drôles !

Bonjour ! 

Il y a encore quelques heures, je me faisais la réflexion que je n’avais pas écrit d’article à propos d’un sujet sexiste depuis bien longtemps… Heureusement facebook s’est chargé de me rappeler que le sexisme ordinaire n’avait pas encore été infecté par le covid-19 et qu’il vivait pleinement sa vie ! 

Ma petite vidéo si vous n’avez pas envie de lire l’article mais que vous préférez écouter :p

L’épidémie et le confinement sont actuellement des prétextes pour faire toutes sortes de blagues. Il s’agit bien d’une des rares choses que je trouve chouette sur les réseaux sociaux en ce moment : les petites blagues qui font rire, qui détendent l’atmosphère assez pesante du moment. Cependant, autant certaines plaisanteries sont drôles et bien pensées : par exemple j’apprécie particulièrement celles concernant des parents désespérés de garder leurs enfants H24 (ça faire ressortir mon côté sadique d’enseignante), autant d’autres ne sont pas drôles elles sont juste sexistes. 

Donc je me baladais à minuit sur ce merveilleux réseaux social qu’est facebook (on dit partout qu’il ne faut pas traîner sur les réseaux avant d’aller se coucher et c’est vrai, on risquerait de tomber sur une publication énervante et frôler l’insomnie). Je regardais les dernières publications un peu rigolotes, jusqu’à ce que je tombe sur celle-ci ! 

La première chose que j’ai pensé c’est : ce n’est pas drôle, c’est sexiste ! 

Pour commencer nous allons expliquer la soit disant blague : elle repose sur le principe que les femmes (ou les filles, si vous préférez un terme plus infantilisant) n’ayant plus accès aux services esthétiques du fait de leur fermeture pendant le confinement, vont voir leur apparence physique changer, et évidemment celui-ci ne sera pas à leur avantage : grosses racines car plus d’entretien chez le coiffeur, mono sourcil et moustache car plus d’épilation, vernis permanent non entretenu et les faux cils qui se cassent la gueule. 

Pourquoi est-ce que cette blague est sexiste (et accessoirement m’exaspère) :

Parce qu’elle s’attaque au physique des femmes, puisqu’elle repose sur l’idée que les femmes auront une apparence “négligée” sans toutes ces pseudo obligations esthétiques qui n’auront pas été suivies pendant plusieurs mois.

La blague part du principe que les diktats de beauté qui sont imposés aux femmes sont normaux et ne doivent pas être remis en question: si on ne les respecte pas, on n’est pas une vraie femme, et on est loin d’être une femme attirante. Et c’est là qu’il y a un problème. Aucune femme n’est obligée d’aller chez le coiffeur, ni même d’aller chez l’esthéticienne ou chez la manucure, aucune femme n’est obligée de se maquiller, et cela ne la rend pas moins féminine ! Le maquillage n’est pas indissociable de la féminité, les poils poussent aussi sur notre visage, nos ongles n’ont pas besoin d’être vernis et nos racines vont très bien merci !  

Attention, je ne dis pas là qu’il y a un problème  si une femme prend plaisir à se maquiller, à s’épiler, ou à aller chez le coiffeur. Je dis simplement qu’on ne devrait pas se moquer du physique de celles qui ne le font pas, parce qu’en fait on fait ce qu’on veut, quand on le veut avec ou sans confinement et ça ne nous rend pas moins ou plus belles…. Moi par exemple, j’aime bien me maquiller, mais quand j’en ai envie : y a des jours où ça m’amuse, je teste des trucs, et d’autres où je n’en ai pas envie, pour autant, je ne me sens pas moins jolie les jours où je ne suis pas maquillée, ou moins féminine, je suis juste “pas maquillée”, c’est tout ! Et soit dit en passant, je m’en balance totalement du coiffeur, ma pilosité ne concerne que moi et j’en fais ce que je veux ! 

Et même le concept de beauté m’exaspère, pourquoi une femme devrait-elle être toujours attirante ? On vaut plus qu’une apparence ! Je pourrais encore creuser le sujet mais je voudrais parler maintenant des commentaires qui étaient affichés sous cette publication ! 

Alors je n’ai pas pensé à faire un imprim écran des propos tenues, que j’aurai pu anonymer, je suis encore débutante, hein désolée,  donc je fais juste avec ma mémoire et je vais vous raconter ce que j’ai lu. 

Une femme a osé commenter qu’elle ne trouvait pas ça drôle et que c’était sexiste, une seconde femme a confirmé  les propos de la première et j’étais soulagée de voir que je n’étais toute seule à penser ça. Sauf que, ces deux femmes se sont pris une déferlante de commentaires désagréables leur disant qu’elles étaient rabat-joie et qu’il fallait apprendre l’auto-dérision (comme je l’ai expliqué précédemment il n’y a pas d’auto-dérision à avoir étant donné que toutes ces pratiques ne devraient pas constituer une norme féminine) D’ailleurs ça a été très justement argumenté dans les commentaires, une femme a dit  “Pourquoi il faut toujours que ce genre de plaisanterie ne concerne que les femmes?” Parce qu’évidemment on pourrait faire des blagues sur les mecs qui n’iront plus chez le coiffeur ou chez le barbier, ou même sur ceux qui vont arrêter de s’épiler le torse, mais ça n’est pas pareil, parce que dans notre société, un mec à barbe ne va pas être critiqué s’il en porte une, on ne va pas juger la pilosité d’un mec qui laisse ses poils au torse, aux jambes, ou ailleurs ; ou même s’il ne va chez le coiffeur, alors qu’une femme, si ! 

Alors j’ai aussi vu l’argument suivant : “Je suis une femme et je trouve ça drôle, donc ça n’est pas sexiste”. Et moi j’ai eu envie de répondre : tant mieux si ça  t’as fait rire, mais ça n’est pas parce que toi en tant que femme tu trouves que la blague est drôle que celle-ci doit être validée par celles qui se sentent offensées. Et soit dit en passant, les femmes sexistes, ça existe ! Sinon nous serions toutes féministes et tout irait bien dans le meilleure des mondes ! Et à titre personnel, je trouve ça triste qu’il y ait encore des femmes qui ne soient offensées par ce genre de blague…

Bref, j’étais quand même assez contente parce qu’il y avait bien une bonne dizaine de femmes qui confirmaient la dimension sexiste de la publication, et j’ai l’impression qu’on est de plus en plus nombreuses à s’exprimer, comparé à il y a quelques années, où il y en aurait certainement eu moitié moins. Mais je trouve quand même assez triste, que les gens ne se rendent pas compte que c’est important de ne pas laisser passer ce genre de plaisanteries de mauvais goût. Alors là encore on pourrait se poser la question de la censure, qu’il faut savoir rire de tout, mais pour ma part, je n’ai pas envie de rire quand les blagues portent sur des oppressions et des inégalités. 

Ce qui m’amène à la suite : il y a aussi eu beaucoup de commentaires disant, “ça suffit maintenant, il y a plus grave dans la vie que ça, faut arrêter de se vexer pour des conneries alors qu’en ce moment on a dépassé le millier de morts à cause de l’épidémie.” Alors ces personnes là qui n’ont pas été originales car elles étaient plusieurs à dire la même chose,j’ai envie de dire que je ne vois pas le rapport avec le fait que la blague soit sexiste. Et ça n’est pas parce qu’on combat actuellement une épidémie qui est grave et urgente, qu’on doit laisser tomber tous les autres combats. Je ne vais pas arrêter d’être féministe parce qu’il y a une épidémie. Et c’est avec ce genre de raisonnement qu’on prend le risque de perdre nos droits : car c’est comme ça qu’on peut se retrouver à remettre en question par exemple notre droit à l’avortement, notre droit à l’accès aux produits de nécessité telles que les protections hygiéniques, ou notre accès à la protection en cas de violences conjugales! Et d’ailleurs ces droits, je ne les ai pas choisis au hasard car on en a parlé très vite dès le début du confinement du fait qu’ils étaient potentiellement fragilisés cette situation exceptionnelle. (Je vous mettrais plusieurs liens en barre d’information de la vidéo qui en parlent bien mieux que moi). 

Voilà, je vais m’arrêter là, comme je l’ai dit plusieurs fois, il y a plein de choses qu’on pourrait détailler, j’ai fait le choix de ne le faire, mais n’hésitez pas à partager votre opinion dans les commentaires (avec bienveillance et cordialité bien évidemment !) 

A très bientôt !