Bingo des choses à ne pas dire à une personne infertile

Si vous ne le saviez pas déjà, nous rencontrons des problèmes d’infertilité dans notre couple : nous devrons passer par la case PMA, nous arrêter à la gare FIV et jeter les dés en espérant obtenir un double pour pouvoir continuer jusqu’à la Rue de la Paix,  tomber éventuellement sur une carte chance et tout ça, sans passer par la case départ (oui, j’ai envie de jouer au monopoly en ce moment, voilà, c’est dit !) 

Un an et demi déjà ! J’en ai donc entendu des conseils foireux et des réflexions sans intérêt à propos de la grossesse (ou de la non grossesse…) Et je vais aujourd’hui vous partager tout ça :

 Chères camarades infertiles, je sais que certaines d’entre vous passeront par là. Si vous avez envie de jouer, n’hésitez pas à me dire les phrases que vous avez cochées dans le bingo, ou à en rajouter, qu’on rigole un peu :p !

  • T’es jeune, t’as le temps.
  • Tu sais maintenant avec la médecine, on peut tout faire.
  • Il faut avoir des rapports tous les deux jours, là t’es sûre de ne pas louper l’ovulation.
  • Tu ne penses pas que ça soit psychologique ? 
  • Tu sais l’accouchement ça fait tellement mal, franchement, sois pas pressée.
  • Moi j’ai une copine, elle a de l’endométriose, ça fait 4 ans qu’ils essayent, et ça marche pas. 
  • Faut se détendre, la moyenne pour tomber enceinte c’est six mois ! 
  • Moi j’ai une copine, elle n’arrivait pas à tomber enceinte, et puis elle a arrêté d’y penser et hop, elle est tombée enceinte !
  • Bah c’est pas grave tu passeras par la PMA, tu ne devrais pas te plaindre c’est une chance dans notre pays. 
  • Tu as envoyé un message à l’univers ? 
  • Mais tu sais il y a pire, il y a des femmes elles font des fausses-couches à répétition. 
  • Mais vous faites le poirier après le sexe ? 
  • Ça fait seulement un an et demi que vous essayez ? Mais c’est rien ça !
  • Vous faites assez souvent l’amour ? 
  • Tu prends ta température ? 
  • Moi j’ai une amie, elle a essayé tout, les FIV, les inséminations… et quand finalement ils ont abandonné, hop elle est tombée enceinte ! 
  • Tu sais quand tu l’auras ton bébé, tu dormiras plus la nuit et tu verras, ça sera dur…
  • Tu as déjà prié ? 
  • Tu médites ? 
  • Mais avec une FIV vous aurez le bébé, c’est sûr !
  • Au pire, y a l’adoption ! 
  • Tu as déjà fait des tests d’ovulation ? 
  • Tu sais quand tu seras enceinte, tu seras tellement malade, que tu regretteras presque ! 
  • Dans quelques années, tu penseras à tout ça et tu te rendras compte que c’était pas si grave…

Alors voilà, pourquoi ce bingo ? Le but n’est pas d’énerver les gens et de les culpabiliser pour leurs paroles, mais plutôt de leur faire réaliser l’impact de celles-ci. Parfois, quand ça ne va pas et qu’on se confie à un.e ami.e, un.e collègue, un.e pote, un membre de la famille, on n’a pas envie d’entendre des banalités qu’on a déjà entendues des dizaines de fois avant et qui n’ont en plus aucun intérêt pour nous ! 

Oui, peut-être que c’est psychologique, et évidement que l’accouchement va faire mal. Bien sûr que on a tout essayé : méditation, message à l’univers, psy, poirier, yoga, vitamines, tests en tout genre … Vous n’imaginez même pas tout ce que j’ai pu faire (regardez sur internet ça vous donnera une idée de toutes les choses, pour certaines complètement dingues, conseillées pour “booster” la fertilité). 

Et bien sûr qu’on a de la chance de vivre en France et d’avoir accès à la procréation médicalement assistée, mais ça ne change rien au fait que toutes ces choses là on les a entendues des tonnes de fois et qu’on a juste besoin d’une épaule, d’un soutien ou d’une écoute. 

Ça ne sert à rien de chercher sans cesse des solutions pour essayer de dédramatiser les choses, parfois il faut juste accepter la peine que l’autre a et être présent. Je sais que c’est bien plus confortable quand tous les gens qu’on côtoie vont bien et sont heureux. Moi aussi je préfère quand je vais bien, que je suis heureuse et que mes proches également. Et quand ils vont mal ça me touche de les savoir tristes, je ne supporte pas de les voir souffrir. Je serais prête à dire n’importe quoi pour essayer de les consoler, même des bêtises et des maladresses. D’autres fois par pur égoïsme, je n’ai tout simplement pas envie de me prendre la tête, et je serais bien tentée de sortir des banalités. Et pourtant, c’est vraiment quelque chose à éviter, car ça peut être beaucoup plus douloureux qu’on ne l’imagine.

J’espère que cet article vous aura fait réfléchir sur la question. J’insiste encore sur le fait que le but n’est pas de culpabiliser qui que soit, mais de prévenir les éventuelles maladresses de ceux qui ne savent pas ce que c’est de vivre une situation d’infertilité. 

Merci pour le temps que vous aurez consacrez à la lecture et à bientôt ! 

Les aventures sexistes de Lily – 08# Éducation à l’égalité

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le huitième chapitre : Éducation à l’égalité. Bonne lecture !

Si vous avez manqué le dernier chapitre, cliquez-ici : histoires de poils

Je suis professeur des Écoles auprès d’une classe de CE2. Nous sommes le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes. En cette occasion, j’ai préparé une fiche explicative à ce sujet qu’on lira en classe. Les élèves semblent très attentifs et intéressés pendant cette activité. Ils posent plein de questions et mettent en évidence les clichés sexistes qu’ils subissent. On fait un peu d’Histoire et j’explique notamment qu’il y a encore quelques années les femmes devaient rester au foyer pour s’occuper de la maison et des enfants et qu’elles n’avaient pas le droit de travailler. Un élève intervient : « Mais Maîtresse, les femmes elles travaillent pas ! Elles restent à la maison, ce sont les hommes qui travaillent ! »

Tout d’abord, je crois à une petite plaisanterie de l’élève. Lorsque je comprends qu’il est sincère, je creuse un peu :  « Ah non, les femmes ont toutes le droit de travailler : la preuve, moi je suis une femme et je travaille.. » Il me répond : « Oui mais quand tu auras des enfants, tu devras arrêter de travailler. C’est comme ça que ça se passe, une maman elle reste à la maison, elle fait la cuisine et nettoie. Et le papa, il va travailler et il ramène l’argent. »

Je lui demande alors :  « C’est comme ça que ça se passe chez toi ? » Il acquiesce. Je continue :  « Alors, oui tu vois chez toi, ta maman a fait ce choix là, de ne pas travailler pour rester à la maison. Mais ce n’est pas une obligation. Une mère peut tout à fait avoir des enfants et continuer à travailler » Il me questionne : « Oui mais qui fera le ménage et préparera à manger ? »

« Les papas aussi peuvent cuisiner et nettoyer, ce n’est pas le rôle unique d’une femme. » Je lui réponds.

Quelques élèves interviennent « Oui moi c’est mon Papa qui fait la vaisselle » « Moi mes deux parents travaillent »

L’élève concerné ne semble pas très convaincu par mes propos. Moi je suis étonnée de constater qu’encore à notre époque des stéréotypes de genres sont déjà très ancrés dans la tête de ces petits.


L’éducation à l’égalité des sexes doit se faire dès l’enfance. Les enfants interprètent et apprennent de nombreuses choses à partir du modèle familial qui leur est présenté. A l’école, on a la possibilité de leur proposer d’autres modèles qui véhiculent d’autres valeurs. Il n’est pas là question de forcer les enfants à intégrer un point de vue pré-construit, mais de leur donner les outils pour réfléchir, prendre du recul et être ouvert d’esprit. Éduquer les élèves à l’égalité des femmes et des hommes, c’est prévenir les comportements sexistes une fois qu’ils seront adultes. Il est primordial de faire usage de cet enseignement à l’école, car à la maison tous les enfants ne sont pas égaux face à l’éducation.