Les aventures sexistes de Lily – 12# Lily 20 ans plus tard ?

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le douzième chapitre : Lily 20 ans plus tard ? Bonne et heureuse lecture !

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Afin de clôturer cette mini-série en beauté, nous pourrions peut-être imaginer le personnage de Lily dans 20 ans ?

J’ai 45 ans, j’ai deux filles à peine majeur, et un fils encore adolescent. J’ai tenté durant leur enfance de leur apporter la meilleure éducation possible et de leur transmettre des valeurs qui me sont chères.

Nous sommes tous à table en train de manger, mon compagnon, mes filles et mon fils. Je lance un sujet de discussion : « J’ai lu dans un article que les animaux femelles avaient tendance à nourrir en plus grande quantité leur petits de sexe masculin que leur petits de sexe féminin. Elles le font par instinct de survie : les mâles sont plus robustes que les femelles et ont donc plus de chance de survivre et de procréer. Et une psychologue disait qu’inconsciemment, nous les mères ont avaient tendance à faire ça aussi avec nos propres enfants. C’est curieux car je ne pense pas être comme ça avec vous… »

Mes deux filles se regardent et sourient : « Bah, bien sur que si Maman tu as tendance à plus nourrir le frangin que nous… »

Je rétorque : « Non je vous nourris à part égale. »

« Peut-être mais tu as quand même souvent tendance à nous dire à nous de faire attention, tandis que tu laisseras Paul se resservir plusieurs fois. »

« Mais c’est normal, il est en pleine croissance ! »

Mon aînée s’esclaffe : « Mais nous aussi, on a été pré-adolescentes et en pleine croissance et pourtant tu n’avais pas du tout cette logique et tu commençais déjà à nous avertir qu’on risquait de prendre du poids si on mangeait trop. Regarde Paul : il a fini le reste de paella, il se prend deux desserts et ça ne pose problème à personne. Si jamais il y a des restes et qu’on doit choisir qui les finit, ça sera souvent lui qui sera servi »

Je suis un un peu vexée,et il faut me comprendre : mes filles ont quand même fortement sous-entendu que je les traitais de manière inégale et que je privilégiais mon fils plutôt que mes propres filles.

Une de mes filles se rend compte du malaise et vient me réconforter : « Ne t’en fais pas, on ne te reproche rien : comme tu l’as dit c’est dans la nature animale de procéder de manière à avantager un maximum les plus forts car ils ont une probabilité plus importante de vivre. Aujourd’hui, nous avons des moyens, une avancée technologique et scientifique qui nous permet d’avoir sensiblement la même égalité de chance de vivre, de grandir et de nous développer que nous soyons des femmes ou des hommes. Le sexe n’entre plus en ligne de compte et tant mieux. Mais l’instinct animal peut parfois prendre le dessus et ça n’est pas une fatalité. Le plus important c’est d’admettre ses tords quand on les réalise et de rester vigilant quant à de possibles comportements inconsciemment sexistes »

C’est désormais la blogueuse de 27 ans qui intervient :

Est-ce que plus tard je serai une mère qui nourrira plus ses fils que ses filles ? Est-ce que j’aurai une attitude parfois sexiste avec mes enfants et que je leur donnerai sans le vouloir une éducation genrée ? Peut-être que oui, je ferais sûrement des erreurs d’autant que je dois moi-même apprendre à déconstruire de nombreux clichés sexistes et que certains sont très tenaces. Le but n’est pas de se culpabiliser constamment mais de toujours se remettre en question pour offrir à nos enfants les meilleures chances de s’épanouir dans notre monde.

Les aventures sexistes de Lily – 08# Éducation à l’égalité

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le huitième chapitre : Éducation à l’égalité. Bonne lecture !

Si vous avez manqué le dernier chapitre, cliquez-ici : histoires de poils

Je suis professeur des Écoles auprès d’une classe de CE2. Nous sommes le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes. En cette occasion, j’ai préparé une fiche explicative à ce sujet qu’on lira en classe. Les élèves semblent très attentifs et intéressés pendant cette activité. Ils posent plein de questions et mettent en évidence les clichés sexistes qu’ils subissent. On fait un peu d’Histoire et j’explique notamment qu’il y a encore quelques années les femmes devaient rester au foyer pour s’occuper de la maison et des enfants et qu’elles n’avaient pas le droit de travailler. Un élève intervient : « Mais Maîtresse, les femmes elles travaillent pas ! Elles restent à la maison, ce sont les hommes qui travaillent ! »

Tout d’abord, je crois à une petite plaisanterie de l’élève. Lorsque je comprends qu’il est sincère, je creuse un peu :  « Ah non, les femmes ont toutes le droit de travailler : la preuve, moi je suis une femme et je travaille.. » Il me répond : « Oui mais quand tu auras des enfants, tu devras arrêter de travailler. C’est comme ça que ça se passe, une maman elle reste à la maison, elle fait la cuisine et nettoie. Et le papa, il va travailler et il ramène l’argent. »

Je lui demande alors :  « C’est comme ça que ça se passe chez toi ? » Il acquiesce. Je continue :  « Alors, oui tu vois chez toi, ta maman a fait ce choix là, de ne pas travailler pour rester à la maison. Mais ce n’est pas une obligation. Une mère peut tout à fait avoir des enfants et continuer à travailler » Il me questionne : « Oui mais qui fera le ménage et préparera à manger ? »

« Les papas aussi peuvent cuisiner et nettoyer, ce n’est pas le rôle unique d’une femme. » Je lui réponds.

Quelques élèves interviennent « Oui moi c’est mon Papa qui fait la vaisselle » « Moi mes deux parents travaillent »

L’élève concerné ne semble pas très convaincu par mes propos. Moi je suis étonnée de constater qu’encore à notre époque des stéréotypes de genres sont déjà très ancrés dans la tête de ces petits.


L’éducation à l’égalité des sexes doit se faire dès l’enfance. Les enfants interprètent et apprennent de nombreuses choses à partir du modèle familial qui leur est présenté. A l’école, on a la possibilité de leur proposer d’autres modèles qui véhiculent d’autres valeurs. Il n’est pas là question de forcer les enfants à intégrer un point de vue pré-construit, mais de leur donner les outils pour réfléchir, prendre du recul et être ouvert d’esprit. Éduquer les élèves à l’égalité des femmes et des hommes, c’est prévenir les comportements sexistes une fois qu’ils seront adultes. Il est primordial de faire usage de cet enseignement à l’école, car à la maison tous les enfants ne sont pas égaux face à l’éducation.

Les aventures sexistes de Lily – #02 La gifle

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le second chapitre : la gifle. Bonne lecture !

Si jamais vous avez manqué le chapitre 1 : Le harcèlement, cliquez-ici !

Je me rends compte que ça a commencé dès la cours de récréation. J’ai 13 ans, je suis en 4ème et je suis le genre « intello maigrichonne qui ne se fait pas trop remarquer » . J’ai une amie, Amandine, on s’entend bien et je passe les récréations avec elle. J’ai un sac à dos avec une petite pochette à l’avant dans laquelle je range toutes mes serviettes hygiéniques et tampons. Je pense que la grande majorité des adolescentes de mon âge range leur protections intimes dans la même pochette de leur sac, car c’est le plus pratique. Les garçons aussi le savent. Un collégien en particulier, Julien, trouve très amusant d’ouvrir ces fameuses pochettes pendant que les collégiennes ont le dos tourné et de les vider en jetant les tampons et serviettes dans toutes la cours de récréation. C’est un garçon très populaire : il est cool, il a beaucoup de copains et les filles le trouvent beau, donc personne n’ose rien lui dire.

Un jour, alors qu’il pleut, c’est mon tour de subir cette farce : j’entends ce Julien rire bêtement avec ses copains et brandir mes serviettes hygiéniques comme un trophée. Je me sens humiliée, et je suis en colère. Mais je ne dis trop rien, je ne voudrais pas aggraver la situation. Il les balance par terre et s’en va déranger une autre fille. Je ramasse mes serviettes hygiéniques le plus rapidement possible, elles sont pleines de boue, donc je les jette dans la poubelle.

Lors d’une récréation suivante, je discute tranquillement avec Amandine, adossée contre un mur. Je vois Julien s’approcher de nous avec ses potes en rigolant. Je suis méfiante et encore en colère pour ce qu’il m’a fait récemment. Il se glisse discrètement derrière Amandine et commence à fouiller dans son sac. Je ne réfléchis pas avant de réagir, c’est plus fort que moi, j’interviens en criant : « Non ne fais pas ça ! T’es vraiment un con de fouiller dans les sacs ! » Je regrette déjà de l’avoir insulté, car ça n’est pas mon genre de traiter mes camarades et parce que je sais qu’il ne laissera pas passer cet affront.

Il me regarde, sans surprise, s’approche de moi, ne prononce pas le moindre mot et son visage n’affiche aucune expression. Quand il est suffisamment proche, il me décoche une énorme gifle et rejoint son groupe de copains. Je suis totalement abasourdie : la douleur est assez forte, mais je ne pleure pas, je ne parle pas, je reste tétanisée et je n’ose même pas regarder mon amie. Celle-ci me dit : « T’aurais pas du lui parler, de toutes façons je n’ai pas mes règles, et il n’y a rien dans ma pochette qu’il aurait pu balancer »

Ce Julien ne s’attaque pas à n’importe quel collégien, il choisit délibérément d’humilier publiquement des filles en les forçant à dévoiler leurs effets personnels et en les incitant à avoir honte de leur menstruations. Il trouve drôle de balancer des produits d’hygiènes corporelles qui sont nécessaires et importants, en prenant le risque de les abîmer et de les salir. Ce ne sont pas des taquineries innocentes d’un jeune adolescent qui cherche à se faire remarquer des filles : autrement la victime ne ressentirait ni honte, ni colère, ni peur.

Et lorsqu’une fille ose s’interposer et tente de l’empêcher d’agir, il lui met une baffe dans la figure pour la corriger. Pour lui, la solution lorsqu’on le contredit, c’est donc de faire taire par la violence. Est-ce qu’il aurait agi ainsi si c’était un garçon qui était intervenu ?

Il ne faut plus trouver d’excuses aux petits garçons ou aux jeunes adolescents qui harcèlent les filles et encore moins blâmer les victimes de se défendre ! Il ne s’agit ni d’un jeu, ni d’une blague sans conséquence. Les filles devraient pouvoir profiter d’être à l’école sans craindre qu’un garçon viennent les embêter et qu’on justifie ses actes par un besoin de se faire remarquer. L’argument du « petit garçon amoureux qui aime bien et qui donc châtie bien » ne tient pas. Il y a d’autres manière d’agir pour communiquer son attirance pour la gente féminine. Les jeunes filles ne vont certainement pas se sentir flattée qu”on agisse de la sorte auprès d’elles et ça n’est d’ailleurs pas à elles d’interpréter les véritables intentions de ces jeunes hommes.

Peut-être faudrait-il apprendre aux garçons à agir avec respect, leur faire prendre conscience des conséquences de leur actes et leur montrer qu’il y a d’autres manières plus efficaces de communiquer. Peut-être aussi pourrait-on valoriser les jeunes filles, leur montrer qu’elles n’ont pas à avoir honte d’être elles-mêmes, leur expliquer qu’elles ont le droit de se défendre et qu’elles n’ont pas à se laisser faire et subir.

Ma première année en tant qu’enseignante.

Bonjour, c’est la fin des vacances scolaires et la rentrée arrive à grands pas et c’est donc le moment idéal pour vous relater mon année 2017-2018 en tant que Professeur des Écoles Stagiaire.

Comme vous avez du comprendre, j’ai totalement changé de filière professionnelle (j’expliquerai un jour le pourquoi de ce changement) : après le diplôme d’infirmier j’ai très rapidement repris les études, pour passer le CRPE (Concours de recrutement de professeur des Écoles) et je l’ai eu ! Cette année j’étais donc PES (Professeur des Écoles Stagiaire) c’est-à-dire que j’ai exercé mon métier, tout en l’apprenant et en terminant le Master 2 concerné. Ça n’a donc pas été une année de tout repos mais je l’ai réussie et j’en suis très fière !

Je n’ai quasiment jamais eu de difficulté à valider quoique ce soit : les visites pour observer ma pratique professionnelle, mes fiches de préparations, les partiels à la fac. J’ai tout validé sans problème et je suis donc en chemin vers la titularisation (je serai officiellement titularisée à ma prise de poste, donc dans quelques jours).

Et pourtant ça n’a pas été une année simple pour moi et les vacances étaient plus que méritées : j’en avais besoin !

En effet, comme tous les PES début septembre j’ai été projetée dans une classe en n’ayant quasiment pas pratiqué le métier avant. J’avais un peu moins d’une trentaine d’élèves à gérer, je devais en plus leur transmettre des connaissances de manières efficaces alors que moi-même j’apprenais à enseigner, tout en maintenant une certaine discipline ! Ça a été une grande cause de stress car je me suis toujours sentie très responsable de l’efficacité ou non de mon enseignement et je désirais bien faire. Et en même temps, j’avais totalement conscience qu’en tant que stagiaire, il y aurait forcément des ratés.

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J’ai l’air plus jeune que mon âge et donc très vite j’ai été identifiée comme “enseignante débutante” : cela m’a causé des préjudices que je ne tiens pas à détailler, et ça m’a fait énormément douter de moi et de mes compétences.

Avec du recul, je sais bien que la remise en question est nécessaire pour améliorer sa pratique professionnelle et qu’elle ne doit pas se transformer en pression inutile. Et ça a donc été mon point faible. J’étais beaucoup trop anxieuse et stressée et je me suis rendu compte en parlant avec des collègues autour de moi que je n’étais pas la seule à m’être infligée autant de pression pour cette première prise de poste. Cela provient évidemment du fait que cette année en tant que stagiaire était une année d’évaluation qui serait décisive pour la titularisation. La charge de travail était donc très importante car j’avais les partiels et le mémoire à préparer en parallèle. Et comme je l’ai relaté précédemment dans l’article, j’ai donc acquis la majorité de mes compétences et connaissances professionnelles au cours de cette période : face à un obstacle, je devais donc accepter le fait que j’étais encore en train d’apprendre et qu’il était normal de faire des erreurs.

Évidemment, tout ce stress ne m’a pas atteint qu’au travail.  En effet, en tant qu’enseignante (et étudiante), je travaillais énormément en dehors des heures de classe, et donc j’avais le temps de ressasser les contrariétés de la journée et il m’était parfois impossible de faire la transition boulot / maison.

Alors présenté comme ça, j’imagine que le métier d’enseignant ne donne pas envie, et c’est normal, je n’ai parlé que du stress que cela a engendré. Donc, sans entrer dans les détails, je précise tout de même que j’ai beaucoup apprécié de travailler auprès d’une classe : j’aime préparer les activités, proposer des choses originales, échanger avec les élèves… Et j’ai heureusement, rencontré quelques collègues qui, lorsque les journées étaient parfois difficiles, m’ont permis de relativiser et de positiver.  L’enseignement me plaît, et je continue donc, armée de ma motivation et d’un petit peu plus d’expérience que l’année dernière !

Petit conseil donc à toutes les personnes qui commencent un nouveau boulot : un métier reste un métier et ne doit pas empiéter sur la vie personnelle (cela paraît évident et pourtant je pense qu’on ne le répète jamais assez). Évaluer sa pratique, c’est chercher les compétences fragiles, trouver comment les renforcer et s’améliorer. Et même s’il y a un enjeu à la clé, il est inutile et néfaste de se mettre la pression et de se faire du mal. Il s’agit donc de rester objectif et de prendre le plus de recul possible. Ne pas oublier qu’on a une vie en dehors du travail, c’est apprendre à dégager du temps pour soi : faire du sport, développer ses passions et savoir mettre son esprit en pause !