Les aventures sexistes de Lily – #02 La gifle

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le second chapitre : la gifle. Bonne lecture !

Si jamais vous avez manqué le chapitre 1 : Le harcèlement, cliquez-ici !

Je me rends compte que ça a commencé dès la cours de récréation. J’ai 13 ans, je suis en 4ème et je suis le genre « intello maigrichonne qui ne se fait pas trop remarquer » . J’ai une amie, Amandine, on s’entend bien et je passe les récréations avec elle. J’ai un sac à dos avec une petite pochette à l’avant dans laquelle je range toutes mes serviettes hygiéniques et tampons. Je pense que la grande majorité des adolescentes de mon âge range leur protections intimes dans la même pochette de leur sac, car c’est le plus pratique. Les garçons aussi le savent. Un collégien en particulier, Julien, trouve très amusant d’ouvrir ces fameuses pochettes pendant que les collégiennes ont le dos tourné et de les vider en jetant les tampons et serviettes dans toutes la cours de récréation. C’est un garçon très populaire : il est cool, il a beaucoup de copains et les filles le trouvent beau, donc personne n’ose rien lui dire.

Un jour, alors qu’il pleut, c’est mon tour de subir cette farce : j’entends ce Julien rire bêtement avec ses copains et brandir mes serviettes hygiéniques comme un trophée. Je me sens humiliée, et je suis en colère. Mais je ne dis trop rien, je ne voudrais pas aggraver la situation. Il les balance par terre et s’en va déranger une autre fille. Je ramasse mes serviettes hygiéniques le plus rapidement possible, elles sont pleines de boue, donc je les jette dans la poubelle.

Lors d’une récréation suivante, je discute tranquillement avec Amandine, adossée contre un mur. Je vois Julien s’approcher de nous avec ses potes en rigolant. Je suis méfiante et encore en colère pour ce qu’il m’a fait récemment. Il se glisse discrètement derrière Amandine et commence à fouiller dans son sac. Je ne réfléchis pas avant de réagir, c’est plus fort que moi, j’interviens en criant : « Non ne fais pas ça ! T’es vraiment un con de fouiller dans les sacs ! » Je regrette déjà de l’avoir insulté, car ça n’est pas mon genre de traiter mes camarades et parce que je sais qu’il ne laissera pas passer cet affront.

Il me regarde, sans surprise, s’approche de moi, ne prononce pas le moindre mot et son visage n’affiche aucune expression. Quand il est suffisamment proche, il me décoche une énorme gifle et rejoint son groupe de copains. Je suis totalement abasourdie : la douleur est assez forte, mais je ne pleure pas, je ne parle pas, je reste tétanisée et je n’ose même pas regarder mon amie. Celle-ci me dit : « T’aurais pas du lui parler, de toutes façons je n’ai pas mes règles, et il n’y a rien dans ma pochette qu’il aurait pu balancer »

Ce Julien ne s’attaque pas à n’importe quel collégien, il choisit délibérément d’humilier publiquement des filles en les forçant à dévoiler leurs effets personnels et en les incitant à avoir honte de leur menstruations. Il trouve drôle de balancer des produits d’hygiènes corporelles qui sont nécessaires et importants, en prenant le risque de les abîmer et de les salir. Ce ne sont pas des taquineries innocentes d’un jeune adolescent qui cherche à se faire remarquer des filles : autrement la victime ne ressentirait ni honte, ni colère, ni peur.

Et lorsqu’une fille ose s’interposer et tente de l’empêcher d’agir, il lui met une baffe dans la figure pour la corriger. Pour lui, la solution lorsqu’on le contredit, c’est donc de faire taire par la violence. Est-ce qu’il aurait agi ainsi si c’était un garçon qui était intervenu ?

Il ne faut plus trouver d’excuses aux petits garçons ou aux jeunes adolescents qui harcèlent les filles et encore moins blâmer les victimes de se défendre ! Il ne s’agit ni d’un jeu, ni d’une blague sans conséquence. Les filles devraient pouvoir profiter d’être à l’école sans craindre qu’un garçon viennent les embêter et qu’on justifie ses actes par un besoin de se faire remarquer. L’argument du « petit garçon amoureux qui aime bien et qui donc châtie bien » ne tient pas. Il y a d’autres manière d’agir pour communiquer son attirance pour la gente féminine. Les jeunes filles ne vont certainement pas se sentir flattée qu”on agisse de la sorte auprès d’elles et ça n’est d’ailleurs pas à elles d’interpréter les véritables intentions de ces jeunes hommes.

Peut-être faudrait-il apprendre aux garçons à agir avec respect, leur faire prendre conscience des conséquences de leur actes et leur montrer qu’il y a d’autres manières plus efficaces de communiquer. Peut-être aussi pourrait-on valoriser les jeunes filles, leur montrer qu’elles n’ont pas à avoir honte d’être elles-mêmes, leur expliquer qu’elles ont le droit de se défendre et qu’elles n’ont pas à se laisser faire et subir.

Les aventures sexistes de Lily – #01 Le harcèlement


Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici donc le premier chapitre : le harcèlement. Bonne lecture !


 

J’ai 19 ans, je suis une étudiante plutôt coquette, j’apprécie qu’on me trouve jolie et j’aime plaire. Quand un garçon m’accoste dans la rue, je le prends comme un compliment : je n’ai jamais eu de réflexion désagréable et mes interactions sont très courtoises avec ces hommes qui respectent toujours mon espace et mon intimité dans la rue. Par exemple, une fois, un inconnu m’a demandé timidement mon numéro de téléphone, j’ai refusé poliment et nous avons continué tranquillement notre chemin. Une autre fois, un homme de la soixantaine m’a adressé une chanson sur un quai de métro, et ça m’a fait plutôt rire !

On commence tout juste à parler du phénomène de harcèlement de rue et cela m’agace. Je trouve que le terme est exagéré et que les réactions de ces femmes (féministes ? ) sont un peu excessives. Ce qu’elles jugent comme des cas de harcèlement ne sont, selon moi, que de simples compliments, parfois peut-être un peu maladroits, mais qui ne sont pas si désagréables ! Oui les hommes qui nous sifflent dans la rue sont des gros lourds, mais pas au point que je le prenne comme une agression sur ma personne et cela ne me semble pas constituer un problème de société.

Alors c’est vrai, il y a aussi des agressions verbales et des insultes. Mais bon, moi qui aie toujours su me montrer polie et souriante quand on m’abordait dans l’espace publique, je n’ai jamais eu le moindre soucis. Peut-être aussi qu’on a là un manque d’effort de communication autant de la part des hommes que des femmes ?

Aujourd’hui, je sors de la fac en étant assez énervée : je viens de me disputer avec un copain sur un sujet quelconque. Je suis en colère et je trace mon chemin pour rentrer chez moi. Un mec m’aborde dans la rue : « Eh mademoiselle t’es mignonne avec ta jupe » Il y a du monde, je n’ai pas la patience de m’arrêter pour lui parler, je jette un coup d’œil, mais je ne réponds pas et je continue de marcher. Cet inconnu est le dernier de mes soucis : je pense encore à la dispute avec mon ami. Il insiste : « Eh mademoiselle, je te parle ! » Je ne m’arrête pas et je regarde droit devant moi. Il s’énerve, me rattrape, se place devant moi, pose violemment ses mains sur mes épaules en me tenant et me parle avec agressivité « Je te parle ! Tu me réponds et tu me dis merci ! »

La peur m’envahit immédiatement, je ne suis pas seule dans la rue, et même si les gens autour de moi semblent ignorer ce qu’il se passe, je suis un peu rassurée, alors je me dégage de son emprise et je ne sais même plus si je prononce la moindre phrase. Je me souviens simplement que tout s’est passé très vite, je me suis libérée, mon cœur battait fort, j’ai marché encore plus rapidement, j’ai retenu ma respiration et je n’ai repris mon souffle qu’en arrivant dans le métro.

J’ai enfin pris le temps d’analyser ce qu’il s’était passé : cet homme m’a reproché mon manque d’éducation car je ne lui avais pas répondu alors qu’il était venu m’importuner en pleine rue, sans que je n’émette le moindre signe indiquant une éventuelle ouverture à la discussion. Il a réagi violemment, il a crié et m’a engueulée comme si j’étais une petite fille qui avait fait une bêtise. Que dois-je en conclure ? Si je ne réponds pas à l’interpellation d’un gars dans la rue, je prends le risque de le heurter et de me faire agresser ou de me faire insulter en représailles. Je me sens alors piégée : jusqu’à maintenant j’avais toujours décidé par moi-même de répondre positivement aux remarques inadéquates de parfaits inconnus dans des lieux publiques. C’était mon choix, et je ne me sentais obligée de rien. Désormais je sais que si je choisis de ne pas répondre aux avances d’un homme, voire de l’ignorer, je prends aussi le risque de me faire insulter, engueuler, violenter ou pire.

Je n’ai plus envie de répondre à ces types qui m’abordent dans la rue. Ils me lassent et je n’ai ni assez de temps ni assez d’énergie pour ces choses là. Je suis également très refroidie par mon expérience précédente et les suivantes ne sont pas mieux.

Les hommes n’apprécient décidément pas qu’on ignore leurs soi-disant compliments : j’entends de nombreuses insultes mêlées à une évidente frustration. Certains sont très insistants et je suis obligée de me montrer autoritaire pour qu’on me laisse tranquille. Je suis sur la défensive : fréquenter les lieux publiques devient pénible et j’ai de moins en moins envie de me balader seule en ville.

Le terme harcèlement de rue prend tout son sens.

Échange ordinaire sur le sexisme ordinaire

Cette année je n’ai pas pu m’investir autant que je le souhaitais dans la cause féministe : j’ai du partir de l’association Stop Harcèlement De Rue car je n’avais plus le temps de m’investir comme je le souhaitais à cause de mon travail et des études. Mais ça ne m’a pas empêchée de vivre à fond le féminisme, de continuer à défendre l’égalité et de critiquer les absurdités que j’ai pu capter au cours de conversations.


Comme cette fois où un collègue a affirmé que les femmes et les hommes n’avaient pas les mêmes capacités physiques et intellectuelles, et que c’était pour cela que les hommes étaient mieux payés que les femmes : car ils étaient plus compétents ! Autant vous dire que ce jour-là, j’étais tellement abasourdie d’entendre une telle bêtise que j’ai failli m’arracher les cheveux. (Et quand je parle de collègue, je parle là d’un homme qui est actuellement professeur des Écoles, c’est-à-dire qu’il enseigne les bases intellectuelles auprès des enfants et qu’il a entre autres pour rôle de transmettre les valeurs de la République, donc celle d’égalité et notamment d’égalité des sexes – Cf le programme d’enseignement moral et civique )


Je souhaite également vous faire part d’une conversation que j’ai eu avec un homme sur facebook. Pour comprendre le contexte, je dois préciser que je suis sur  Shapr, une application de rencontres professionnelles, dans le but d’élargir mon réseau sur internet. J’y ai fait des rencontres très intéressantes et j’espère continuer d’en faire. Sur mon profil, dans les mots clés, apparait donc le mot « féminisme ». J’ai ainsi fait via ce réseau social la rencontre d’un homme que, par respect d’anonymat, j’appellerai Jean-Paul. Il a voulu qu’on échange sur Facebook car il souhaitait me montrer des photos en lien avec son projet professionnel.

Un jour, alors qu’on parlait des victimes de viol en Inde, Jean-Paul m’a dit : « tu sais autant je suis contre toute forme de féminisme, mais quand même c’est vrai que là, c’est grave ce qu’il se passe »

Évidemment, je lui ai demandé de bien vouloir être plus explicite et précis dans ses propos. Jean-Paul a donc ajouté « C’est toujours trop quand je vois les féministes, toujours à vouloir être égale à… Alors que chacun a ses nuances… »

Autant vous dire que l’argument du « On est biologiquement différent » m’a blasée, mais c’est normal à force de l’entendre, j’ai fini par me lasser de devoir contre-argumenter. Mais j’ai quand même répondu « Qu’on soit différents c’est une chose, mais attendre d’être traité de la  même façon, c’est simplement normal »

Il a alors répliqué : « Oui pour un traitement égal, en tenant compte de toutes les nuances, ne pas dire : on a le droit juste pour avoir le droit »

Jean-Paul a répété plusieurs fois que ce qu’il souhaitait c’était un bien être et des actes de bienveillance pour les hommes et les femmes qui devaient vivre en se complétant et en permettant un certain « équilibre ». Et qu’en gros, d’après lui, les féministes étaient dans une exigence excessive et ne prenaient pas en compte le fait que les femmes et les hommes étaient différents et n’avaient donc pas les mêmes besoins.

Il est donc temps de faire une petite pause : Jean-Paul (qui est dans une position avantageuse dans notre société du fait de son sexe masculin) pense pouvoir estimer ce dont les femmes ont besoin et sont en droit de « réclamer ». Donc si on doit imager grossièrement ses propos ou donner un exemple, cela reviendrait à dire :

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(Petite parenthèse, comme ça m’a fait beaucoup rire de faire ce montage sur Paint, je me suis amusée à en faire d’autre dans le genre !)

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Revenons aux choses sérieuses : on avait donc là de la part de Jean-Paul un discours paternaliste : il pensait sincèrement bien dire et il n’avait aucune haine contre les femmes. Il n’a juste pas compris qu’il ne pouvait pas décider de ce qui était bon ou non pour le genre féminin, tout simplement parce qu’il n’est pas une femme ! Il ne subit pas les inégalités dont les femmes sont prioritairement victimes du fait de leur sexe.

Je peux comprendre que pour lui tout ça soit flou, car il est né favorisé par rapport aux femmes. Les inégalités, parce qu’il ne les vit pas, il aura toujours plus de mal à les voir,  et c’est compréhensible. Mais rien ne l’empêche pourtant de se renseigner et de remettre ses croyances en question, ou peut-être d’apprendre à se mettre à la place d’une femme et de réaliser que tout n’est pas aussi simple qu’une question d’équilibre entre une femme et un homme. D’autant que cette notion d’équilibre est totalement arbitraire (j’aimerais revenir sur ce sujet dans un prochain article).

Pour revenir aux besoins des hommes et des femmes, en effet ils n’ont pas les mêmes besoins. Et c’est bien justement là le problème : la société dans laquelle nous vivons a été conçue pour privilégier les hommes. De ce fait,  les femmes sont défavorisées dans de nombreuses situations.

Exemple au hasard : difficile pour une femme de mener à bien un allaitement lorsqu’elle travaille dans une entreprise, malgré le fait que des lois ont été mise en place à cet effet.

Autre exemple : les femmes et les hommes ne sont pas égaux en matière de contraception, il en va majoritairement de la responsabilité de la femme puisque les moyens de contraceptions proposés sont majoritairement féminins (hormis le préservatif et la stérilisation). Il s’agit là d’une contrainte pour les femmes qui a été acceptée et normalisée dans notre société.


J’aimerais illustrer mes propos avec une série de vidéos Youtube : Martin, sexe faible,  qui m’a beaucoup parlé et qui permet justement de comprendre un sexisme qu’on ne voit pas nécessairement  à première vue (sexisme ordinaire) et qui est pourtant évident. Le principe de cette série c’est de voir comment vit un homme qui évolue dans une société où ce sont les femmes qui ont le pouvoir. De cette façon, sont mis en évidence les inégalités de manière parfois absurde (car on n’a pas l’habitude de les voir du côté masculin) et donc de réaliser qu’elles n’ont pas lieu d’être chez les femmes.

Cette vidéo en particulier aborde la question de la charge mentale mais aussi le fameux discours moralisateur niant le sexisme ordinaire (un peu comme dans ma conversation avec Jean-Paul)

Voilà, je vous remercie d’avoir lu cet article, j’espère qu’il ouvrira autant les esprits que les débats !

Parole de femmes.

En tant qu’enseignante, je me suis inscrite à de nombreux groupes pour les professeurs des Écoles sur lesquels on échange nos astuces, conseils, supports d’enseignement et où on plaisante plus ou moins sur notre boulot et nos élèves.

Il y a quelques jours, en regardant mon fil d’actualité, je suis tombée sur la publication suivante, provenant d’un de ces fameux groupes d’enseignants :

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Sous cette publication, le commentaire d’une collègue : « C’est sexiste, comme blague ». Et en réponse à celui-ci : « Mais n’importe quoi, c’est juste une petite blague » « Celui qui a publié ça est un mec adorable et rigolo, si tu le connaissais, tu saurais qu’il n’est pas macho pour un sous » « Je suis une femme et je ne suis pas choquée par cette blague » « C’est juste pour rire, faut arrêter de tout prendre au sérieux, c’est juste du second degré ». D’autres commentaires suggéraient que c’était un peu « foutre la merde » de dire que la publication était sexiste, et que dans ce groupe on était là pour s’amuser et qu’il s’agissait d’une ambiance bonne enfant…

J’ai évidemment eu un avis très tranché : il s’agissait pour moi d’une publication pas très fine utilisant un cliché franchement sexiste qui ne me faisait pas rire du tout. Alors pourquoi cette publication m’a-t-elle dérangée tandis qu’une majorité de gens l’ont trouvée mignonne et tout à fait innocente ?

Tout d’abord, je suppose qu’en tant que féministe, je suis bien plus sensibilisée à la question du sexisme ordinaire et plus attentive aux clichés qui flottent autour de nous. Cette publication m’est apparue comme une énième plaisanterie sexiste de mauvais goût. Et à force d’en entendre (et d’en lire, merci les réseaux sociaux), je dois bien dire que je suis lassée et que je n’ai plus envie d’ignorer ou de prendre les choses « à la légère ».

 

Pourquoi cette bague n’est-elle pas si innocente que ça ? 

Le cliché de la fille ou femme bavarde, est présent en permanence dans notre société : dans les publicités, les séries, les films… La « pipelette » est en général incarnée par une jeune femme souvent insupportable, plutôt jolie et pourquoi pas blonde (soyons dans les clichés jusqu’au bout). Elle parle évidemment pour ne rien dire, a un débit de parole insensé, au point qu’on se demande comment elle fait pour respirer. Elle a souvent un petit ami qui fait semblant de l’écouter et qui lui répond par quelques soupirs réguliers. Lorsque les « pipelettes » se retrouvent entre elles, on observe un amas de filles en train de piailler (comme nos petits oisillons de l’image) et on entend un bruit désagréable, impossible à décrypter, et donc souvent sans intérêt.

 

Quelle place donnons-nous à la parole des femmes ?

Un des clichés qui va donc de paire à celui de la femme « bavarde », c’est celui de la femme qui n’a rien de bien intéressant à dire. On est là dans un stéréotype qui nous fait énormément de tort, car il ne s’agit plus d’une plaisanterie. La parole d’une femme est très souvent décrédibilisée de par son sexe, dans tous les domaines. On observe également un autre stéréotype qui questionne une fois de plus la légitimité des femmes à prendre la parole : la femme est une commère qui parle de manière insidieuse dans le but de causer du tord, colporter des ragots et des rumeurs. À quoi bon la laisser donc parler si c’est pour l’entendre « cracher son venin » ?

Quelques exemples relatant du peu d’importance que l’on donne à la parole d’une femme : la députée Aurore Bergé a été récemment vivement critiquée et ridiculisée car selon certains, sa robe était bien trop courte pour que ses arguments politiques aient le moindre intérêt. En politique, les femmes sont d’ailleurs très souvent tournées au ridicule et leur parole remise en question, à travers des arguments liés à leur sexe et ça n’est pas un hasard. Un autre exemple très parlant qu’il n’est pas rare d’observer à en voir la quantité de témoignages, ce sont les victimes de violences sexuelles dont on ne prend pas la plainte au sérieux ou qu’on accuse parfois d’être des menteuses. Sans parler des femmes féministes que l’on traite généralement de « grandes gueules » qui se plaignent pour des choses « pas si graves » : cela a pour conséquence que leur discours est beaucoup moins pris au sérieux et a donc moins d’impact.

 

L’éducation et l’école, dans tout ça ?

Malheureusement dans notre société, dès la naissance, les enfants entendent les adultes plaisanter et répéter combien les filles sont de vraies moulins à parole. Ces clichés sexistes sont donc intégrés dès l’enfance et ne sont jamais remis en question. On brime aussi les petites filles qui doivent répondre à de nombreux impératifs : être sages, se tenir tranquilles, être appliquées et respectueuses… On juge souvent les gamines un peu trop dynamiques, tandis qu’on dit qu’un petit garçon agité a besoin de se dépenser et que c’est « normal ». Je n’ai pas énormément de recul sur la question, mais déjà en quelques mois d’enseignement en élémentaire, j’ai pu observer ceci : en classe, une majorité de garçons  interviennent sans lever la main, parlent fort, parfois crient et coupent la parole (souvent celle des filles, par ailleurs). Les jeunes filles souvent très discrètes, attendent leur tour pour parler et n’osent parfois pas participer. Lorsque l’on met en place des groupes de travail, ce ne sont pas les filles qu’on entend le plus, mais les petits garçons. De plus, j’ai souvent du intervenir car certains refusaient d’écouter les arguments de leur camarades féminines. On pourrait donc envisager que dès leur plus jeune âge,  les enfants, selon leur genre, intègrent plus ou moins une légitimité à la parole.

 

Je n’ai pas pour prétention de m’y connaître beaucoup sur le sujet et je donne simplement mon avis. Je souhaiterais conclure que selon moi, toutes ces « petites » plaisanteries sexistes véhiculées durant notre enfance sont responsables en partie de clichés bien plus graves qui nous décrédibilisent une fois adultes.  On pourrait donc peut-être éviter d’enfermer les enfants dans des cases, valoriser les petites filles pour qu’elles aient plus confiance en elles, les inciter à s’exprimer, et favoriser la communication et l’écoute entre eux.

 

 

Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu.

Jules Renard.

La gazelle et le croco – Harcèlement de rue

Dame gazelle, dans sa savane sauvage,
S’abreuvait près d’une source isolée
Monsieur Croco , à la vue de cette beauté,
Lui tint à peu près ce langage :
« Et bonjour, mademoiselle la gazelle
Que vous êtes charmante ! que vous me semblez craquante !
Sans mentir, votre arrière train
Se rapporte si bien à vos petits airs coquins
Que je pourrais bien vous prendre de gré ou de force, ne vous déplaise ! »
A ces mots, la gazelle est loin d’être en joie
Fière, mais fort contrariée,
Elle s’éloigne du croco en faisant mine de l’ignorer
Frustrée, le croco ne resta pas sans voix
Il rattrapa sa victime et reprit de plus belle
« Vous êtes fort malpolie
Votre Maman ne vous a-t-elle pas appris à dire merci ?
Ignorez-vous à qui vous parlez ?
Vous devriez être reconnaissante que je daigne vous regarder ! »
Le croco bouscule alors violemment la gazelle
Qui tombe à la renverse, sidérée devant tant d’agressivité
Le monstre ouvre un large bec prêt à dévorer la belle

Un jeune lionceau passant par là, découvre la scène avec effroi,
Il se précipite vers le prédateur affamé
Et lui coince un bâton dans le gosier
Paniqué, le croco laisse enfin tomber sa proie
Après quelques instants et face à la foule qui s’était formée,

img_20160920_195441La gazelle se ressaisit et dit : Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout harceleur n’a pas sa place ici
Gazelle, singe, hippo, éléphant, girafe…
Aussi nombreux et différents que nous sommes
N’avons-nous donc pas le droit de vivre en liberté ?
Ne pouvons-nous pas nous balader sans être agressés ?
Ne méritons-nous pas tous d’être traités avec respect ? »

Honteux et confus
Le croco se retira
Mais on ne sait
Si la leçon fut retenue…