Vivre son premier échec

Je suis actuellement étudiante en soins infirmiers. “Si tout va bien” je serai diplômée très bientôt et je me trouve actuellement dans une période de ma vie où les choses se déroulent plutôt bien. Mais cela n’a pas toujours été le cas, j’ai notamment essuyé un premier échec en fac de Médecine avant d’entrer en Institut de Formation en Soins Infirmiers.

A l’école, j’ai toujours été une enfant studieuse, je faisais partie des meilleurs élèves sans pour autant effectuer un travail acharné. Les choses se sont compliquées au lycée, j’ai compris que si je voulais garder de bons résultats, je ne pourrais pas me permettre de me “reposer sur mes lauriers”. Mais j’avais tout de même de bonnes notes, je suis passée en S (scientifique) et j’ai eu mon bac avec mention (assez bien). On pouvait donc dire que j’avais eu une scolarité plutôt réussie et sans encombre ! 

Puis je suis arrivée en médecine, et j’ai échoué au concours (deux années de suite). Et comme pour tout premier échec, je l’ai mal vécu. J’ai du accepter que cette voie n’était pas la mienne. J’ai fait face à la déception de mes parents et à la honte ressentie devant mes amis qui réussissaient leurs études.  Et j’ai du prendre une décision quant à mon avenir.

Heureusement, j’avais déjà d’autres projets professionnels : je prévoyais de passer le concours infirmier.
Je vous remets dans le contexte/temps: On est en juin, je suis officiellement “virée” de la fac de médecine. Je me suis inscrite pour passer les concours infirmiers de la session de septembre et si tout se passe bien, j’entre en école début février. Six mois. Six mois avant de reprendre les études (en supposant que j’ai le concours du premier coup). 
 
Je n’ai pas été pas la seule dans cette situation. En effet chaque année a son lot de “P1” qui comme moi, après l’échec de la médecine se tournent vers le concours infirmier et se retrouvent avec un vide de 6 mois. Certains ne font rien (un bon break d’une demie année, ça ne peut pas faire de mal), certains vont à la fac en attendant d’entrer en école, et d’autres se trouvent un job.
Il n’étais pas question pour moi de rester sans rien faire. J’avais postulé en fac de Droit au cas où, et bien que j’ai été admise pour la rentrée de septembre, je savais que le Droit n’était pas fait pour moi et que j’allais perdre mon temps inutilement. Donc j’ai trouvé un travail : hôtesse de caisse en supermarché.
Caissière ? C’est un boulot comme un autre ! “Faut bien gagner sa vie” “Il n’y a pas de sous métiers.” Je ne saurai compter le nombre de fois qu’on m’a dit ces phrases et je savais qu’elles étaient vraies. Mais les faits sont là : être caissière à Auchan à seulement 20 ans, c’est malheureusement considéré comme un échec par la société, par l’entourage et même pour soi. Je savais bien que ça faisait rire beaucoup de personnes de me voir passer d’étudiante éventuelle en médecine à caissière à Auchan. J’ai eu le droit à pas mal de réflexions du genre : “Mais tu comptes rester caissière toute ta vie? Nan parce que c’est pas très ambitieux comme métier…”. Je ne parle même pas  des anciens camarades de lycée qui choisissaient exprès ma caisse, me racontaient leur réussite scolaire et me demandaient ce que moi je devenais “Oh ? Tu as raté médecine? Ah oui c’est dommage…” “Ah? Donc tu es en CDI? C’est PAS SEULEMENT un job d’été?” Vous me direz que ces personnes ne le faisaient sûrement pas exprès, c’est possible, mais le résultat était le même pour moi : je me sentais humiliée.

 

Pendant cette période de transition, je n’ai donc pas chômé, j’ai gagné six mois de salaire, j’ai donc pu mettre de l’argent de côté, j’ai entrepris de passer mon permis, et surtout je me suis préparée à passer les examens au concours d’infirmier. J’étais donc très motivée, mais également angoissée. L’échec de la médecine m’avait fait perdre toute confiance en moi. Je ne cessais de me dire, que j’allais peut-être vivre un second échec avec infirmier, que peut-être les mauvaises langues qui se moquaient “gentiment” de moi avaient raison et que j’allais rester caissière toute ma vie.
 

[Je précise qu’être hôtesse de caisse a été une superbe expérience : j’ai appris énormément en matière de relations humaines et j’ai eu des collègues géniaux qui m’ont fait prendre conscience du concept d’humilité. Ne pensez pas que les caissiers sont des débiles sans diplôme. Une majorité d’entre eux sont des étudiants courageux qui bossent parallèlement à leurs études pour s’en sortir dans la vie. Beaucoup d’autres ont des licences, voire même des masters, mais n’ont pas trouvé de job dans leur branche. Et puis zut ! Il faut bien gagner sa vie !]
Passons directement en décembre 2012, plus précisément le 7 décembre 2012 : jour de mes résultats d’admission en IFSI, jour où j’ai pu enfin souffler : je n’étais pas “une ratée” qui ne réussirait jamais rien dans la vie. J’allais pouvoir enfin avancer. Tout d’un coup, tout mon ressenti, toutes les réflexions que j’avais pris dans la face pendant ces six mois m’ont parues futiles. Qui j’étais maintenant ? Une jeune femme qui avait vécu un échec, comme quasiment tout le monde, mais qui ne s’était pas laissée abattre, qui avait eu le courage de prendre un boulot, de préparer un concours en même temps, et qui s’en sortait !
Pour celles (et ceux) qui me lisent: peut-être avez-vous déjà vécu des échecs, peut-être que non, peut-être que vous en vivez un actuellement. Ce que je vais vous dire, on vous le répétera sûrement des dizaines de fois ou plus : courage ! Ne baissez pas les bras, acceptez votre échec et avancez. La vie n’est jamais comme on l’avait espérée. L’important est de se donner les moyens de s’en sortir. N’ayez pas honte de ce que vous faites. Et surtout ne laissez pas les autres juger de ce qui est bon pour vous et de ce que vous êtes.

J’espère n’avoir dit aucun propos choquant, je sais que certaines phrases pourraient être mal interprétées. Je n’ai fait que relater mon ressenti lors de cette période de ma vie. Si jamais vous avez des questionnements ou des remarques, n’hésitez pas à me les faire savoir !

 

Infirmiers : nique les stéréotypes…

Lorsque j’étais infirmière, j’ai eu le droit à de nombreuses réflexions et blagues sexistes en lien avec mon métier. Il y a beaucoup de clichés autour de cette profession. C’est dommage car le métier d’infirmier est très épanouissant et enrichissant, et pas aussi accessible qu’on ne le croit. Aujourd’hui nous allons parler des clichés les plus fréquents et les plus navrants…

1/ Elle est comment l’infirmière ?

“UNE InfirmièrE ?”

Et les infirmiers alors ? Ce métier n’est pas exclusivement féminin : il y a des hommes, qui ne sont certes pas en majorité, mais de plus en plus nombreux et tant mieux !

“L’infirmière ne porte rien sous sa blouse !

Ah ? Ça vous plairait messieurs, qu’on se promène toutes nues sous notre blouse en vous regardant avec un regard aguicheur et en nous penchant un peu trop ? Désolée de vous décevoir, nous allons revenir à la réalité. Nous portons des sous-vêtements ! Une blouse ? Nous sommes en France et au 21ème siècle : il y a bien longtemps que nous sommes passés au pantalon blanc très large et à la tunique d’autant plus large qui ne laisse même pas de place à l’imagination !
J’en profite pour rappeler que “le stéréotype de l’infirmière sexy” est tout simplement impossible.  Durant l’exercice de nos fonctions, le maquillage doit être léger, voire inexistant, pas de vernis, les cheveux sont attachés et les bijoux enlevés. Pourquoi ? L’hôpital est un lieu à risque infectieux et les règles d’hygiène sont de mises : les bijoux et les vernis sont des nids à microbes !

Continuons dans les stéréotypes sexistes avec mon préféré :

“L’infirmière couche avec le chirurgien !”

 

On n’est pas dans Dr House ou Greys anatomie ou n’importe quelle série pseudo médicale absolument pas crédible (bien que très sympa à regarder). Les infirmières font leur job et c’est tout !

Ce stéréotype va évidemment de paire avec “L’infirmière est une grosse cochonne très généreuse de sa personne avec les patients !” (On peut nous traiter de prostituées pendant qu’on y est ?)

Et les hommes dans tout ça ?

“L’évidence étant : les infirmiers sont tous gays, voyons !” Ai-je vraiment besoin de justifier cette affirmation on ne peut plus cliché ?

Allez, arrêtons de chercher qui se cache derrière la blouse (pantalon et tunique ! ) et entrons dans le cœur du métier :

 

2/ Mais elle fait quoi l’infirmière ? 


“L’infirmière, elle fait les piqûres.”
Et souvent dans les fesses qui plus est ! “
Oui l’infirmière est tout à fait comparable à un moustique, s’abreuvant de sang ou à une mouche tsé tsé injectant toutes sortes de mélanges rendant les patients euphoriques et comateux. L’infirmière est un insecte dangereux particulièrement prévalent dans les milieux hospitaliers. Prédatrice redoutable, elle surprend sa victime au petit matin, le réveil faisant du patient une proie facile.”

“L’infirmière fait les pansements…

… Et un bisou pour que le bobo guérisse plus vite !”

Oui ! Les infirmières font les pansements ! Sauf que dans la tête des gens ça ressemble souvent à de jolis petits pansement tout mignons, alors qu’en réalité cela ressemble plutôt à un plat de sauce tomate dégoulinant de gruyère avec les odeurs en prime ! 

 

“Les infirmières se contentent d’obéir aux ordres du médecin”.

Et puis pourquoi ne pas engager des robots à leur place aussi ? Qu’on ne se méprenne pas, les infirmières exécutent bien les prescriptions des médecins, c’est ce qu’on appelle “le rôle sur prescription”. Heureusement elles ont aussi un cerveau et ne sont pas réduites à appliquer bêtement les prescriptions médicales : elles connaissent chaque traitement, son intérêt, ses effets secondaires et sont capables de reconnaître les erreurs de prescription ; autrement dit quand le médecin a fait une boulette ! (les erreurs peuvent arriver à tout le monde).

Arrêtons les clichés, et parlons réellement de ce que cela implique d’être infirmi(è)r(e)

Les infirmières doivent être capables d’assurer en cas d’urgences vitales ou non.

Leur lien relationnel avec le patient est très important et permet souvent d’établir une relation de confiance ; celle-ci étant indispensable dans le cadre d’une hospitalisation. Cela nous amène à parler du rôle propre, qui est l’essence même du métier d’infirmier. Le rôle propre est effectué par l’infirmière en toute autonomie : il consiste à observer le patient, évaluer ses besoins, poser des diagnostics infirmiers et mettre en œuvre les actions adéquates.

Le métier d’infirmier est une très belle profession bien qu’elle soit parfois difficile aussi bien physiquement que moralement et c’est souvent pour cela qu’on parle de vocation. Heureusement les moments de joies, de rires voire de fou rires, les anecdotes rigolotes et parfois complètement absurdes nous font aimer ce métier et nous aide à surpasser les événements tristes et éprouvants.

J’espère que cet article vous fera (re)découvrir ce métier souvent victime du sexisme et de l’ignorance.

Infirmier ou non, le respect de ce que nous sommes, de nos choix, de nos opinions, de nos actes ne devrait pas être quelque chose que nous réclamons mais auquel nous avons tous le droit.