Les aventures sexistes de Lily – 11# La nympho

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le onzième chapitre : la nympho. Bonne et heureuse lecture !

(Et si vous n’avez pas lu le dernier chapitre, cliquez ici !)

Je fréquente un nouveau garçon, il est gentil et il a l’air très attentionné et nous entamons une relation un peu plus intime. On passe plusieurs semaines ensemble mais très rapidement je m’ennuie sur le plan sexuel. Il est peu entreprenant, j’ai le sentiment d’être la seule à le solliciter pour une relation sexuelle et souvent je le sens très réticent à faire l’amour. Je me rends compte qu’il n’en a absolument jamais envie.

Un jour, alors que je tente une énième approche, il me repousse à nouveau, se met en colère et me traite de nymphomane. Il me dit que j’ai un vrai problème avec le sexe et que je ne devrais pas en avoir autant envie.

Je suis très tentée de lui faire remarquer que c’est plutôt lui qui a un problème. Je me retiens de toutes remarques blessantes car je suis bien consciente que ni l’un ni l’autre ne sommes fautifs face à cette situation et que nous n’avons simplement pas la même libido. Mais je suis très vexée de l’entendre me reprocher mes envies. Je n’y suis pourtant pour rien si ma libido est largement supérieure à la sienne. Il rejette la responsabilité sur moi en sous-entendant que j’ai quelque chose d’anormal, alors qu’il pourrait aussi se remettre en question quant à .son manque de désir flagrant !

Je discute avec des amies et je réalise que nous sommes nombreuses à avoir des envies plus importantes que celles de nos partenaires masculins et que souvent ceux-ci se justifient en nous accusant d’être anormales, obsédées ou nymphomanes.

On a trop longtemps pensé que le plaisir de la femme dans la relation sexuelle était secondaire tout comme ses envies. On imagine ainsi que c’est l’homme qui initie les rapports et que la femme se contente de les accepter. Il semble inenvisageable pour certains hommes que les femmes aient plus envie de sexe qu’eux. Autrement, c’est qu’elles ont un problème psychiatrique justifiant un excès de libido : c’est une accusation blessante et humiliante.

Les garçons n’ont donc pas le monopole du sexe, il n’y a rien d’humiliant à avoir moins de désir que sa partenaire féminine et il est inutile et très mesquin de rejeter la faute sur elle et de la faire culpabiliser.

Les aventures sexistes de Lily – #06 La capote “égarée”

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le sixième chapitre : la capote “égarée”. Bonne lecture !

Si vous avez manqué le chapitre 5 : Male tears, cliquez ici !

Je fréquente un garçon depuis quelques mois, je l’aime bien, je ne sais pas encore si j’ai envie de m’engager mais je sais que je veux être un peu plus intime avec lui. On commence à se voir le soir et on a nos premières relations sexuelles : ça se passe bien et je suis très heureuse ! On discute de nos envies et préférences, très rapidement il m’explique qu’il n’aime pas le préservatif et qu’il voudrait ne pas avoir à en mettre. Je lui dis que ça pourrait s’envisager mais que pour le moment notre relation n’est pas encore sérieuse et que je n’enlèverai pas cette protection tant qu’on a pas tous les deux fait les tests de dépistage d’infections sexuellement transmissibles. Il accepte ma réponse sans protester.

Quelques jours plus tard, on se voit tard le soir, il fait noir dans sa chambre, on commence à se déshabiller je lui rappelle machinalement qu’il doit mettre une capote car je ne veux pas être trop lourde et je lui fais confiance. On fait l’amour.

Cela se termine vite et lorsqu’il s’éloigne un peu de moi, je sens quelque chose couler entre mes cuisses. Je lui demande s’il a bien mis un préservatif, il m’assure que oui mais qu’il a du le perdre pendant l’acte. On allume la lumière, on le cherche partout, sans succès : la capote a disparu. Je suis toute penaude, lui il se confond en excuses, l’air coupable. On se couche.

Le lendemain, je réalise qu’il s’est moqué de moi et qu’il n’a certainement jamais mis de préservatif. Il a sûrement inventé cette excuse de l’avoir perdue pour que je ne me mette pas en colère. J’appelle une amie et je lui raconte ce qu’il s’est passé. Elle confirme mes doutes et me demande si je prends un autre moyen de contraception : ça n’est pas le cas. Mon amie m’explique que je dois aller tout de suite à la pharmacie pour acheter la pilule du lendemain. Je suis très contrariée et j’ai peur.

Le garçon en question m’envoie un message et me parle comme si de rien n’était. Je ne réponds pas. Au bout de plusieurs heures, il finit par m’appeler et je décroche très en colère. Il se confond une nouvelle fois en excuses et admet avoir « oublié » de mettre un préservatif et avoir eu trop peur de me l’avouer. Comment aurait-il pu oublier alors que je lui avais demandé d’en mettre un ? Comment peut-on oublier une chose pareille sans se soucier des conséquences ?

Le consentement c’est s’assurer que sa ou son partenaire est d’accord pour effectuer un acte donné dans certaines conditions. Obtenir un consentement nécessite le fait que son partenaire ait donc pris connaissance de l’acte et des conditions. Dans le cas contraire, il s’agit ni plus ni moins d’un viol. La victime ne s’est certes pas débattue, elle n’a pas hurlé, mais elle a été dupée et elle a vécu une expérience non désirée. Cela peut générer des traumatismes psychologiques après coup tout aussi dévastateur et une grosse perte de confiance en l’autre.