Les aventures sexistes de Lily – #05 Male tears

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le cinquième chapitre : Male tears. Bonne lecture !

Si jamais vous avez manqué le chapitre 4 : Métiers sexualisés, cliquez-ici !

Je passe la soirée chez un ami qui vit à quelques minutes de chez moi. On veille un peu et au moment de partir je lui demande s’il peut me raccompagner chez moi car je ne suis pas très sereine à l’idée de rentrer toute seule. Il accepte sans problème. Quand on arrive devant chez moi, nous discutons un peu :

« Merci d’avoir pris la peine de venir avec moi, bien que cela te prenne quelques minutes de marche » Je lui dis.

Il me répond : « Ça ne m’a absolument pas dérangé même si tu ne risquais franchement pas grand chose à rentrer seule. On vit tout de même dans une petite ville très calme ! »

« Pas si calme que ça, je lui explique. A la gare , je ne suis jamais très rassurée car j’ai plusieurs fois été accostée très lourdement par des hommes qui traînaient près du quai. J’ai toujours peur que ça aille plus loin que de simples interpellations, tu comprends bien que je n’ai donc pas envie de me balader seule. »

Visiblement agacé par mes propos, mon ami me rétorque : « Et moi alors ? Je prends le même risque que toi à retourner seul dans ma maison à cette heure de la nuit. »

Je suis très surprise de sa réaction. Je lui rappelle : « Certes, mais la probabilité est quand même relativement faible qu’en tant qu’homme tu te fasses emmerder par des femmes qui cherchent à te choper… »

Il s’énerve : « J’en ai marre d’entendre toujours ces histoires de harcèlement de rue, les femmes n’ont pas le monopole de la prise de risque dans la rue. Elles se plaignent de simples interpellations ou insultes alors qu’il y a des hommes, qui se font racketter, qu’on n’en parle pas et que c’est bien plus grave. »

Il ajoute : « Il y a autant, voire plus, de danger pour un homme que pour une femme. Vous au moins, vous ne vous faites pas encercler par plusieurs mecs pour vous faire tabasser. »

Cette fois-ci, il m’a mise en colère : « Attends là t’es en train de me dire que les femmes ne subissent aucune violence ? Alors, premièrement, une femme peut se faire agresser pour vol autant qu’un homme, ça n’a rien à voir avec son sexe.  Et en plus, je te parle pas des violences dans l’espace publique en général, je te parle des violences dans l’espace publique lorsqu’on est une femme.  Quand t’es de sexe féminin et que tu te balades seule en ville en plein milieu de la nuit, tu n’as pas seulement peur de te faire insulter. Ne t’inquiète pas, on a l’habitude des injures, des « salope » et des « sale pute ». Mais après les agressions verbales, ça ne s’arrête pas forcément là. On craint aussi, de se faire tripoter sans notre consentement, d’être suivies, d’être attrapées et voire même violées.  Peut-être que ça n’est toujours pas assez agressif pour toi, le viol ? »

Il réplique : « Si bien sûr que c’est grave. Mais moi, j’ai peur dans la rue de me faire tabasser autant que toi de te faire violer, c’est la même chose et c’est juste une histoire de pas de bol. On peut tomber sur des individus qui ont des mauvaises intentions et c’est comme ça. On devrait pas estimer que l’un est plus grave que l’autre »

Je suis fatiguée de ce débat sans fin, mon camarade campe sur ses positions et moi sur les miennes, je conclue : « En fait là on parle de deux sujets différents qui ne sont selon moi pas en lien. Oui certes, en tant qu’être humain tu peux tomber sur d’autres êtres humains mal intentionnés qui chercheront à te causer du tord. Moi je t’explique qu’en tant que femme, je vais rencontrer des gens qui s’en prendront à moi du fait de mon sexe. Parce que dans leur raisonnement, une femme qui se balade seule en pleine rue dans la nuit est une proie facile. Et ça tu ne le vivras jamais car tu es un homme. Personne ne t’a jamais insulté car tu refusais de donner ton numéro ou parce que ta tenue vestimentaire était soit disant trop aguicheuse. Personne ne t’a jamais bloqué dans une petite ruelle pour te mettre une main aux fesses. Et même si certains hommes sont victimes de violences sexuelles, il est probablement rare que tu n’aies à en subir un jour et tant mieux pour toi. »

La conversation s’est terminée ainsi, celle-ci nous a tous les deux refroidi, on a progressivement arrêté de se voir et nous ne nous parlons plus qu’occasionnellement.

Se voiler la face et estimer que le sexisme n’est pas un vrai problème, c’est empêcher de trouver des solutions. Le sexisme ne concerne pas que les femmes, il concerne tout le monde, mais les femmes en sont les principales victimes. Les hommes ont pourtant un rôle énorme à jouer dans la cause féministe : si pour commencer, tous les hommes faisaient l’effort d’être à l’écoute et de comprendre les différents concepts qu’on essaye de développer, cela permettrait d’apporter un regard nouveau sur les nombreux clichés inculqués depuis la naissance. S’ils prenaient ne serait-ce un peu au sérieux les féministes plutôt que de les ridiculiser et de répéter sans cesse que les causes qu’elles défendent ne sont pas importantes, peut-être que les choses évolueraient un peu. Peut-être que les agresseurs ne se permettraient plus aussi aisément d’accabler les femmes qui sont seules et vulnérables dans les espaces publiques.

C’est un peu comme quand on fait remarquer à une féministe qu’il y a tout de même bien plus important dans le monde que de vouloir abolir le sexisme, surtout quand on vit dans un pays où les femmes sont relativement bien traitées et qu’elles sont libres. Alors c’est vrai, nos ancêtres ont obtenu pour nous des droits qui nous permettent de nous rapprocher des libertés dont jouissent les hommes. Mais dans la réalité, il y a encore de nombreuses libertés qui sont certes retranscrites dans des documents législatifs, mais qui ne sont pas appliquées dans la vraie vie. Par exemple, quelque soit l’endroit, une femme ne peut pas sortir de chez en elle en pleine nuit sans avoir peur de se faire agresser sexuellement. Et même si elle a le droit de sortir en ville, seule, à deux heures du matin, elle sait que si elle le fait elle prend le risque qu’on lui rappelle que ça n’est qu’un droit hypothétique et qu’elle n’est pas à l’abri d’agression sexiste. Et ça n’est pas jouir d’une liberté si on ne peut pas l’appliquer dans sa propre vie, malgré le fait qu’on est tout autant légitime qu’un homme. Et je suis d’accord avec le fait qu’il y a plein d’autres problèmes très graves dans notre monde : la famine, les guerres, les catastrophes naturelles, l’esclavage, la maladie, la pollution etc ; toutes ces causes méritent d’être défendues et de nombreuses me tiennent à cœur. Mais au même titre, l’égalité entre les êtres humains, et donc entre les sexes, est primordial si on souhaite vivre en harmonie sur Terre et perpétuer l’espèce. On a donc encore du chemin à faire pour atteindre cette égalité.

Les aventures sexistes de Lily – #04 Métiers sexualisés

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le quatrième chapitre : Métiers sexualisés. Bonne lecture !

Si jamais vous avez manqué le chapitre 3 : Hostilités féminines, cliquez-ici !

Je suis en formation de soins infirmiers et bientôt diplômée. Lors de l’anniversaire d’un ami, je parle de mes études avec des connaissances de la fête, tous des hommes. On me charrie lourdement sur mon futur métier : « Et alors, tu mets des sous-vêtements sous ta blouse ? » « Avoue que tu as choisis ce boulot pour te maquer avec un médecin ! »

Je rappelle vivement à mes interlocuteurs que je prends ce métier très aux sérieux et que j’ai autre chose à faire que de draguer les médecins. J’explique également que non seulement je mets des sous-vêtements, mais qu’en plus cela fait plusieurs décennies qu’une infirmière porte pantalon et tunique pour travailler car c’est bien plus pratique, même si cela illustre certes beaucoup moins bien leurs fantasmes.

Quelques années plus tard, j’ai obtenu mon diplôme d’infirmière et je choisis, pour des raisons en lien avec mes projets professionnels, de passer le concours pour être professeur des Écoles. Je me retrouve à ce même anniversaire, et je reparle aux mêmes hommes qui me demandent où j’en suis dans mes études. Je leur explique mon désir de devenir professeur des Écoles. Là encore, je reçois des remarques, certainement plus maladroites que méchantes, mais qui m’agacent au plus haut point : «  Institutrice ? Après infirmière ? Mais tu ne choisis que des métiers incarnés dans les porno ! Tu feras quoi après ? Secrétaire ? »

Je ris jaune.

Le point commun entre infirmière et professeur des Écoles, ce n’est pas que ces métiers fassent tout deux objets de fantasmes. Ce sont des métiers relationnels, qui demandent de l’empathie, de l’adaptabilité et surtout beaucoup de patience. Et je n’en ai pas de la patience lorsque j’entends qu’on ridiculise ma profession de la sorte. Après réflexion, je constate que ces métiers ont un autre point commun évident : ils sont tous les deux majoritairement exécutés par des femmes.

Et si on en finissait avec les clichés sexistes sur ces métiers qui exigent énormément de connaissances et de compétences et qui méritent d’être autant respectés que les métiers dits  « masculins » ?

Les aventures sexistes de Lily – #03 Hostilités féminines

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le troisième chapitre : Hostilités féminines. Bonne lecture !

J’ai un rencard et on m’a donné rendez-vous à Châtelet. J’ai envie de lui plaire sans en faire des tonnes : je ne voudrais pas qu’il croit que je me suis bien apprêtée juste pour lui. Je me maquille très légèrement, histoire d’avoir une jolie mine. J’enfile une robe noire, bleue nuit avec des petites fleurs. Elle est assez fluide, absolument pas moulante, sans décolleté et elle descend juste au-dessus du genou : c’est le genre de robe que je mets pour aller travailler donc il ne s’agit vraiment pas d’une tenue de soirée et je me sens à l’aise avec. Il ne fait pas très chaud, on est en plein hiver, je mets des collants noirs et des petites bottes toutes fines à talons qui montent jusqu’aux genoux. J’enfile également un manteau noire.

J’arrive au forum des Halles : j’étais tellement anxieuse à l’idée d’arriver en retard que j’ai une heure d’avance. Tant mieux, je vais en profiter pour regarder les boutiques, si je trouve quelques cadeaux à offrir pour Noël.

Je suis surprise car il n’y a pas tant de monde que ça. Je prends un escalator qui est entièrement vide. Deux jeunes femmes m’emboîtent le pas et je les entends parler entre elles : « Nan mais sérieux, regarde la fille devant avec sa robe et ses bottes, là, on dirait une pute ! »

Je ne sais pas si elles croyaient être discrètes en parlant de moi de cette façon, ou si elles cherchaient à susciter mon attention. Je n’ai même pas eu envie de réagir. Ce n’est pas la première fois que j’entends des réflexions sur mes tenues, même de la part de femmes. Mais je reste toujours très surprise : pourquoi en tant que femme s’acharner sur ses camarades féminines de la sorte ? On a toute été victime de harcèlement de rue, on sait toute ce que c’est de se sentir honteuse dans l’espace publique sous les réflexions d’un homme frustré par nos refus ou notre ignorance. Pourquoi infliger la même chose à une autre femme ?

Juger l’allure d’une femme lorsqu’on en est une nous même, c’est insinuer que certaines sont plus respectables que d’autres et justifier les agressions verbales, physiques et sexuelles que subissent les victimes de sexisme. Chaque être humain est libre de se déplacer dans l’espace publique dans la tenue qui lui convient et personne ne devrait avoir à en dire quoique ce soit.

Entre femmes on a trop souvent tendance à se critiquer, se rabaisser se jalouser, se détester. C’est sûrement parce qu’on a été éduquée dans une société où on nous a appris à nous mettre constamment en compétition les unes des autres. On devrait plutôt se soutenir, s’unir pour améliorer et faire évoluer notre condition et nos libertés.

Les aventures sexistes de Lily – #02 La gifle

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le second chapitre : la gifle. Bonne lecture !

Si jamais vous avez manqué le chapitre 1 : Le harcèlement, cliquez-ici !

Je me rends compte que ça a commencé dès la cours de récréation. J’ai 13 ans, je suis en 4ème et je suis le genre « intello maigrichonne qui ne se fait pas trop remarquer » . J’ai une amie, Amandine, on s’entend bien et je passe les récréations avec elle. J’ai un sac à dos avec une petite pochette à l’avant dans laquelle je range toutes mes serviettes hygiéniques et tampons. Je pense que la grande majorité des adolescentes de mon âge range leur protections intimes dans la même pochette de leur sac, car c’est le plus pratique. Les garçons aussi le savent. Un collégien en particulier, Julien, trouve très amusant d’ouvrir ces fameuses pochettes pendant que les collégiennes ont le dos tourné et de les vider en jetant les tampons et serviettes dans toutes la cours de récréation. C’est un garçon très populaire : il est cool, il a beaucoup de copains et les filles le trouvent beau, donc personne n’ose rien lui dire.

Un jour, alors qu’il pleut, c’est mon tour de subir cette farce : j’entends ce Julien rire bêtement avec ses copains et brandir mes serviettes hygiéniques comme un trophée. Je me sens humiliée, et je suis en colère. Mais je ne dis trop rien, je ne voudrais pas aggraver la situation. Il les balance par terre et s’en va déranger une autre fille. Je ramasse mes serviettes hygiéniques le plus rapidement possible, elles sont pleines de boue, donc je les jette dans la poubelle.

Lors d’une récréation suivante, je discute tranquillement avec Amandine, adossée contre un mur. Je vois Julien s’approcher de nous avec ses potes en rigolant. Je suis méfiante et encore en colère pour ce qu’il m’a fait récemment. Il se glisse discrètement derrière Amandine et commence à fouiller dans son sac. Je ne réfléchis pas avant de réagir, c’est plus fort que moi, j’interviens en criant : « Non ne fais pas ça ! T’es vraiment un con de fouiller dans les sacs ! » Je regrette déjà de l’avoir insulté, car ça n’est pas mon genre de traiter mes camarades et parce que je sais qu’il ne laissera pas passer cet affront.

Il me regarde, sans surprise, s’approche de moi, ne prononce pas le moindre mot et son visage n’affiche aucune expression. Quand il est suffisamment proche, il me décoche une énorme gifle et rejoint son groupe de copains. Je suis totalement abasourdie : la douleur est assez forte, mais je ne pleure pas, je ne parle pas, je reste tétanisée et je n’ose même pas regarder mon amie. Celle-ci me dit : « T’aurais pas du lui parler, de toutes façons je n’ai pas mes règles, et il n’y a rien dans ma pochette qu’il aurait pu balancer »

Ce Julien ne s’attaque pas à n’importe quel collégien, il choisit délibérément d’humilier publiquement des filles en les forçant à dévoiler leurs effets personnels et en les incitant à avoir honte de leur menstruations. Il trouve drôle de balancer des produits d’hygiènes corporelles qui sont nécessaires et importants, en prenant le risque de les abîmer et de les salir. Ce ne sont pas des taquineries innocentes d’un jeune adolescent qui cherche à se faire remarquer des filles : autrement la victime ne ressentirait ni honte, ni colère, ni peur.

Et lorsqu’une fille ose s’interposer et tente de l’empêcher d’agir, il lui met une baffe dans la figure pour la corriger. Pour lui, la solution lorsqu’on le contredit, c’est donc de faire taire par la violence. Est-ce qu’il aurait agi ainsi si c’était un garçon qui était intervenu ?

Il ne faut plus trouver d’excuses aux petits garçons ou aux jeunes adolescents qui harcèlent les filles et encore moins blâmer les victimes de se défendre ! Il ne s’agit ni d’un jeu, ni d’une blague sans conséquence. Les filles devraient pouvoir profiter d’être à l’école sans craindre qu’un garçon viennent les embêter et qu’on justifie ses actes par un besoin de se faire remarquer. L’argument du « petit garçon amoureux qui aime bien et qui donc châtie bien » ne tient pas. Il y a d’autres manière d’agir pour communiquer son attirance pour la gente féminine. Les jeunes filles ne vont certainement pas se sentir flattée qu”on agisse de la sorte auprès d’elles et ça n’est d’ailleurs pas à elles d’interpréter les véritables intentions de ces jeunes hommes.

Peut-être faudrait-il apprendre aux garçons à agir avec respect, leur faire prendre conscience des conséquences de leur actes et leur montrer qu’il y a d’autres manières plus efficaces de communiquer. Peut-être aussi pourrait-on valoriser les jeunes filles, leur montrer qu’elles n’ont pas à avoir honte d’être elles-mêmes, leur expliquer qu’elles ont le droit de se défendre et qu’elles n’ont pas à se laisser faire et subir.

Les aventures sexistes de Lily – #01 Le harcèlement


Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici donc le premier chapitre : le harcèlement. Bonne lecture !


 

J’ai 19 ans, je suis une étudiante plutôt coquette, j’apprécie qu’on me trouve jolie et j’aime plaire. Quand un garçon m’accoste dans la rue, je le prends comme un compliment : je n’ai jamais eu de réflexion désagréable et mes interactions sont très courtoises avec ces hommes qui respectent toujours mon espace et mon intimité dans la rue. Par exemple, une fois, un inconnu m’a demandé timidement mon numéro de téléphone, j’ai refusé poliment et nous avons continué tranquillement notre chemin. Une autre fois, un homme de la soixantaine m’a adressé une chanson sur un quai de métro, et ça m’a fait plutôt rire !

On commence tout juste à parler du phénomène de harcèlement de rue et cela m’agace. Je trouve que le terme est exagéré et que les réactions de ces femmes (féministes ? ) sont un peu excessives. Ce qu’elles jugent comme des cas de harcèlement ne sont, selon moi, que de simples compliments, parfois peut-être un peu maladroits, mais qui ne sont pas si désagréables ! Oui les hommes qui nous sifflent dans la rue sont des gros lourds, mais pas au point que je le prenne comme une agression sur ma personne et cela ne me semble pas constituer un problème de société.

Alors c’est vrai, il y a aussi des agressions verbales et des insultes. Mais bon, moi qui aie toujours su me montrer polie et souriante quand on m’abordait dans l’espace publique, je n’ai jamais eu le moindre soucis. Peut-être aussi qu’on a là un manque d’effort de communication autant de la part des hommes que des femmes ?

Aujourd’hui, je sors de la fac en étant assez énervée : je viens de me disputer avec un copain sur un sujet quelconque. Je suis en colère et je trace mon chemin pour rentrer chez moi. Un mec m’aborde dans la rue : « Eh mademoiselle t’es mignonne avec ta jupe » Il y a du monde, je n’ai pas la patience de m’arrêter pour lui parler, je jette un coup d’œil, mais je ne réponds pas et je continue de marcher. Cet inconnu est le dernier de mes soucis : je pense encore à la dispute avec mon ami. Il insiste : « Eh mademoiselle, je te parle ! » Je ne m’arrête pas et je regarde droit devant moi. Il s’énerve, me rattrape, se place devant moi, pose violemment ses mains sur mes épaules en me tenant et me parle avec agressivité « Je te parle ! Tu me réponds et tu me dis merci ! »

La peur m’envahit immédiatement, je ne suis pas seule dans la rue, et même si les gens autour de moi semblent ignorer ce qu’il se passe, je suis un peu rassurée, alors je me dégage de son emprise et je ne sais même plus si je prononce la moindre phrase. Je me souviens simplement que tout s’est passé très vite, je me suis libérée, mon cœur battait fort, j’ai marché encore plus rapidement, j’ai retenu ma respiration et je n’ai repris mon souffle qu’en arrivant dans le métro.

J’ai enfin pris le temps d’analyser ce qu’il s’était passé : cet homme m’a reproché mon manque d’éducation car je ne lui avais pas répondu alors qu’il était venu m’importuner en pleine rue, sans que je n’émette le moindre signe indiquant une éventuelle ouverture à la discussion. Il a réagi violemment, il a crié et m’a engueulée comme si j’étais une petite fille qui avait fait une bêtise. Que dois-je en conclure ? Si je ne réponds pas à l’interpellation d’un gars dans la rue, je prends le risque de le heurter et de me faire agresser ou de me faire insulter en représailles. Je me sens alors piégée : jusqu’à maintenant j’avais toujours décidé par moi-même de répondre positivement aux remarques inadéquates de parfaits inconnus dans des lieux publiques. C’était mon choix, et je ne me sentais obligée de rien. Désormais je sais que si je choisis de ne pas répondre aux avances d’un homme, voire de l’ignorer, je prends aussi le risque de me faire insulter, engueuler, violenter ou pire.

Je n’ai plus envie de répondre à ces types qui m’abordent dans la rue. Ils me lassent et je n’ai ni assez de temps ni assez d’énergie pour ces choses là. Je suis également très refroidie par mon expérience précédente et les suivantes ne sont pas mieux.

Les hommes n’apprécient décidément pas qu’on ignore leurs soi-disant compliments : j’entends de nombreuses insultes mêlées à une évidente frustration. Certains sont très insistants et je suis obligée de me montrer autoritaire pour qu’on me laisse tranquille. Je suis sur la défensive : fréquenter les lieux publiques devient pénible et j’ai de moins en moins envie de me balader seule en ville.

Le terme harcèlement de rue prend tout son sens.

Tu ne peux pas comprendre tu n’as pas d’enfant

Je n’ai pas d’enfant. J’ai presque 27 ans et je fréquente de plus en plus de (jeunes) parents de part mon entourage familial, professionnel et amical. J’entends parler d’enfants, de bébés et de parentalité tous les jours et cela ne me dérange pas.

En revanche, très souvent à travers les conversations que j’entretiens avec tous ces parents, j’ai l’impression qu’on me fait comprendre que je ne suis pas à la hauteur en tant qu’adulte ou en tant que femme, face à eux qui semblent avoir atteint « toutes les étapes importantes de la vie ». Et pour illustrer mes propos, je vous citerai deux phrases qu’on m’adresse très régulièrement  : « Tu ne peux pas comprendre, tu n’as pas d’enfant. » et « Tu verras quand tu auras des enfants ».

Ce sont des petites phrases anodines, finalisant souvent les échanges verbaux et qui sont énoncées machinalement, mais qui peuvent faire l’effet d’une douche froide pour ceux à qui elles sont adressées. Ces quelques mots, généralement prononcés pour se donner raison et se justifier, sont riches de sous-entendus, de jugements et de critiques. Sont ainsi remis en question notre expérience, nos accomplissements, notre parcours dans la vie d’adulte, et souvent lorsqu’on est une femme notre propre identité sexuelle.

« Tu ne peux pas comprendre tu n’as pas d’enfants. »

Alors oui, c’est vrai, je n’ai pas d’enfants, et je ne vis pas toutes ces responsabilités parentales quotidiennes : changer, laver, habiller, nourrir, border, consoler, punir, surveiller, soigner etc. Je n’ai pas non plus à subir toutes ces pressions supplémentaires imposées dans notre société comme : être une mère parfaite, être toujours à la hauteur, tout en essayant d’être épanouie dans sa vie d’adulte, sa vie professionnelle et sa vie relationnelle… Je n’ai, lorsque je rentre du travail, qu’à me soucier de mon chat (qui se gère très bien seul) et de moi-même.

Peut-être, en effet, que certains détails ne m’apparaissent pas clairement. Mais j’ai tout de même la capacité, comme tous les êtres humains de me mettre à la place des autres, même si je ne traverse pas la même chose qu’eux. J’ai parfois l’impression qu’on me prend pour un robot dénué d’empathie et vide de connaissance sur la vie en général. Pas la peine de m’expliquer combien j’ai de la chance en rentrant chez moi de n’avoir rien d’autre à gérer que mes petites affaires personnelles. C’est lassant et c’est culpabilisant !

Dans la catégorie des « tu ne peux pas comprendre », on m’a aussi plusieurs fois fait remarquer que je ne pouvais pas comprendre l’amour infini que pouvait éprouver un père ou une mère pour sa progéniture. C’est très vexant de recevoir ce genre de réflexion en pleine figure, car cela insinue qu’une personne n’ayant pas d’enfant n’est pas capable d’aimer ou ne connaîtra jamais un amour aussi intense que celui-ci. Heureusement que les enfants ne sont pas les uniques objets d’amour dans la vie ! Et surtout, aimer son enfant, n’est pas une excuse à tout !

Par exemple, en tant qu’enseignante je blâme (et c’est mon droit) certains parents qui donnent sans cesse raison à leur enfant sans chercher à comprendre la situation. On a essayé de m’expliquer que l’amour éprouvé en tant que parent transcendait tout et ne permettait pas aux concernés d’être rationnels quand il s’agissait de leur enfant. Cette explication semblait être un argument valable pour justifier le comportement parfois inadapté de ces parents. Je ne doute absolument de la sincérité de leur amour inconditionnel pour leur fille ou leur fils. Mais pour ma part, j’ai été éduquée par des parents qui bien que m’aimant énormément, et bien que m’ayant toujours fait confiance et écoutée, ont su prendre du recul sur ma parole et m’ont appris à me remettre en question.

Admettre les tords de son enfant, ce n’est pas moins l’aimer, c’est simplement accepter que même si à nos yeux il est un demi-dieu, il n’en reste pas moins humain : il fait des erreurs et des bêtises, il faut parfois le corriger et lui transmettre certaines valeurs pour lui permettre de s’améliorer. Il s’agit donc pour résumer de l’éduquer (en lui apportant tout l’amour dont il a besoin, cela va de soi).

Alors en effet, dans de nombreux cas je ne peux pas comprendre le comportement et les réactions de ces parents. Mais ça n’a rien à voir avec le fait d’avoir des enfants ou non, il s’agit plutôt d’avoir des valeurs différentes.

« Tu verras quand tu auras des enfants »

À propos d’éducation, lorsqu’on n’est pas parent, on nous fait clairement comprendre qu’on n’a aucune légitimité à avoir une opinion en la matière, en justifiant notre manque d’expérience évident sur les enfants. En ce qui me concerne, j’ai déjà acquis un certain nombre de compétences et de connaissances à travers mes expériences professionnelles en lien avec les enfants (professeur des écoles, infirmière et étudiante en maternité, en crèche et en pédiatrie) et durant mon enfance, en tant qu’aînée d’une famille nombreuse.

Et ce qui est incroyable c’est que je me sente souvent obligée de me justifier auprès de mes interlocuteurs alors qu’en fait, même si je n’y connaissais rien en matière d’enfants, j’ai le droit d’avoir un avis sur l’éducation et la parentalité ! En effet, je n’ai pas besoin de me reproduire pour savoir que j’ai des principes et des valeurs que je souhaite appliquer dans tous les domaines de ma vie (et donc auprès de mes éventuels futurs enfants).

Et je ne vois pas ce qu’il y a de mal à avoir des principes et une vision de l’éducation ! Je n’ai encore jamais connu de parents parfaits, donc je ne vois pas pourquoi certains parents cherchent à tout prix à changer ma perception de l’éducation, alors qu’ils ne sont pourtant pas plus légitimes que moi : ils ont fait des choix qui leur semblaient justes et qui leur ont permis d’évoluer mais pour autant leurs décisions en matière d’éducation ne sont pas forcément les meilleures ! Et oui, peut-être que lorsque j’aurais des enfants, je changerais complètement d’avis et mais seulement là j’admettrais m’être trompée.

Bien entendu, je peux comprendre que dans certains contextes, un parent puisse se sentir jugé, et qu’il devienne alors très facile et de bonne guerre de rembarrer son interlocuteur en lui faisant remarquer qu’il n’a pas d’enfants. Mais ça reste tout de même un coup bas.

Priorité aux parents

Avant de travailler à l’éducation nationale, j’ai été dans la grande distribution puis dans le domaine hospitalier. Cela nécessitait parfois de travailler les week-end, les jours fériés, durant les événements religieux et certains de mes cadres m’ont clairement expliqué que je n’avais rien à dire sur mes horaires de travail ou sur mes dates de congés payés car je n’avais pas d’enfant (et donc implicitement aucune obligation familiale).

Je me souviens également en discutant avec les collègues, entendre quelques un d’entre eux estimer être prioritaires sur les fêtes de Noël et sur les vacances car ils avaient des enfants !

Alors évidemment, que je n’aspirais pas à obtenir tous les congés demandés, à fêter chaque année les fêtes de Noël et avoir tous mes week-end . Je comprends tout à fait être obligée de faire des sacrifices, comme tous le monde. Mais j’ai souvent eu le sentiment que pour grand nombre d’entre eux, avoir une famille ça se définissait essentiellement par le fait d’avoir des enfants. Autrement, notre vie personnelle et familiale ne semblait pas être digne d’intérêt et pouvait donc passer au second plan. Sauf exception, on a tous envie de passer les événements importants auprès des gens qu’on aime (famille ou ami), ne pas avoir de progéniture ne rend pas notre vie moins importante.

L’accouchement : cette étape de la vie qui fait de toi une vraie femme (ou pas !)

Il y a quelques semaines, on m’a très explicitement dit, en plaisantant, que je n’avais pas encore connu la grossesse et que donc je n’avais pas accompli toutes les étapes de la vie d’une vraie femme car je ne connaissais pas la douleur de l’accouchement. J’ai été assez surprise car en matière de douleur, je pense quand même avoir un petit aperçu de ce qui m’attend, ne serait-ce qu’à travers la période menstruelle et je ne cautionne pas cette impression qu’on en fait un rite de passage dans la vie d’une femme.

Ensuite, je crois qu’on ne se rend pas compte à quel point cela peut être violent de recevoir une remarque pareille : on ne sait pas qui on a en face de soi, ni même comment il se positionne par rapport à la parentalité. Les gens n’ont pas tous envie de faire des bébés, et certaines personnes ont des difficultés à en concevoir, c’est cruel de leur rappeler ! Et ce raisonnement est absurde car la grossesse et l’accouchement ce ne sont pas les réponses ultimes à la parentalité : il y a d’autres manières d’être parents !

De plus, sous-entendre qu’une femme n’est pas accomplie tant qu’elle n’a pas vécu la maternité, c’est sous entendre qu’elle n’est pas entière ou qu’elle n’est pas une vraie femme : une fois encore il s’agit de remarques très violentes pour celles qui les reçoivent. J’insiste sur le fait que c’est violent car moi qui n’ai même pas trente ans, je le vis systématiquement comme une agression. Je n’imagine même pas ce que peuvent endurer les femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfant.

Un statut de femme indissociable du statut de mère ?

La décision de ne pas avoir d’enfant en tant que femme est encore un choix très difficile à comprendre pour la majorité des gens. On part souvent du principe que le corps de la femme a été conçu pour la maternité et que cela fait partie de ses instincts que de procréer, tandis que cette pression est quasiment inexistante chez les hommes (bien qu’ils aient des organes reproducteurs eux aussi !) Je ne pense pas être la personne la mieux positionnée pour parler de ce sujet mais je pense pouvoir affirmer avec certitude que les femmes qui décident de ne pas vouloir d’enfants ont eu une vraie réflexion sur le sujet et sont assez matures et responsables pour prendre leurs décisions, seules. Pas la peine donc, de remettre leur jugement en question ou de les infantiliser en pensant mieux savoir ce qui est bon pour elles !

Cet article est terminé et ces dernières phrases feront office de conclusion. Il m’a fallu plusieurs semaines pour le rédiger, je l’ai modifié de nombreuses fois et je pourrais encore le faire car j’ai beaucoup de choses à dire et que ce sujet me tient énormément à cœur. J’espère que certaines personnes se reconnaîtront dans mon article et que d’autres se rendront compte de l’impact de leurs « innocentes petites » remarques.

Échange ordinaire sur le sexisme ordinaire

Cette année je n’ai pas pu m’investir autant que je le souhaitais dans la cause féministe : j’ai du partir de l’association Stop Harcèlement De Rue car je n’avais plus le temps de m’investir comme je le souhaitais à cause de mon travail et des études. Mais ça ne m’a pas empêchée de vivre à fond le féminisme, de continuer à défendre l’égalité et de critiquer les absurdités que j’ai pu capter au cours de conversations.


Comme cette fois où un collègue a affirmé que les femmes et les hommes n’avaient pas les mêmes capacités physiques et intellectuelles, et que c’était pour cela que les hommes étaient mieux payés que les femmes : car ils étaient plus compétents ! Autant vous dire que ce jour-là, j’étais tellement abasourdie d’entendre une telle bêtise que j’ai failli m’arracher les cheveux. (Et quand je parle de collègue, je parle là d’un homme qui est actuellement professeur des Écoles, c’est-à-dire qu’il enseigne les bases intellectuelles auprès des enfants et qu’il a entre autres pour rôle de transmettre les valeurs de la République, donc celle d’égalité et notamment d’égalité des sexes – Cf le programme d’enseignement moral et civique )


Je souhaite également vous faire part d’une conversation que j’ai eu avec un homme sur facebook. Pour comprendre le contexte, je dois préciser que je suis sur  Shapr, une application de rencontres professionnelles, dans le but d’élargir mon réseau sur internet. J’y ai fait des rencontres très intéressantes et j’espère continuer d’en faire. Sur mon profil, dans les mots clés, apparait donc le mot « féminisme ». J’ai ainsi fait via ce réseau social la rencontre d’un homme que, par respect d’anonymat, j’appellerai Jean-Paul. Il a voulu qu’on échange sur Facebook car il souhaitait me montrer des photos en lien avec son projet professionnel.

Un jour, alors qu’on parlait des victimes de viol en Inde, Jean-Paul m’a dit : « tu sais autant je suis contre toute forme de féminisme, mais quand même c’est vrai que là, c’est grave ce qu’il se passe »

Évidemment, je lui ai demandé de bien vouloir être plus explicite et précis dans ses propos. Jean-Paul a donc ajouté « C’est toujours trop quand je vois les féministes, toujours à vouloir être égale à… Alors que chacun a ses nuances… »

Autant vous dire que l’argument du « On est biologiquement différent » m’a blasée, mais c’est normal à force de l’entendre, j’ai fini par me lasser de devoir contre-argumenter. Mais j’ai quand même répondu « Qu’on soit différents c’est une chose, mais attendre d’être traité de la  même façon, c’est simplement normal »

Il a alors répliqué : « Oui pour un traitement égal, en tenant compte de toutes les nuances, ne pas dire : on a le droit juste pour avoir le droit »

Jean-Paul a répété plusieurs fois que ce qu’il souhaitait c’était un bien être et des actes de bienveillance pour les hommes et les femmes qui devaient vivre en se complétant et en permettant un certain « équilibre ». Et qu’en gros, d’après lui, les féministes étaient dans une exigence excessive et ne prenaient pas en compte le fait que les femmes et les hommes étaient différents et n’avaient donc pas les mêmes besoins.

Il est donc temps de faire une petite pause : Jean-Paul (qui est dans une position avantageuse dans notre société du fait de son sexe masculin) pense pouvoir estimer ce dont les femmes ont besoin et sont en droit de « réclamer ». Donc si on doit imager grossièrement ses propos ou donner un exemple, cela reviendrait à dire :

cof

(Petite parenthèse, comme ça m’a fait beaucoup rire de faire ce montage sur Paint, je me suis amusée à en faire d’autre dans le genre !)

cof

 

 

cof

Revenons aux choses sérieuses : on avait donc là de la part de Jean-Paul un discours paternaliste : il pensait sincèrement bien dire et il n’avait aucune haine contre les femmes. Il n’a juste pas compris qu’il ne pouvait pas décider de ce qui était bon ou non pour le genre féminin, tout simplement parce qu’il n’est pas une femme ! Il ne subit pas les inégalités dont les femmes sont prioritairement victimes du fait de leur sexe.

Je peux comprendre que pour lui tout ça soit flou, car il est né favorisé par rapport aux femmes. Les inégalités, parce qu’il ne les vit pas, il aura toujours plus de mal à les voir,  et c’est compréhensible. Mais rien ne l’empêche pourtant de se renseigner et de remettre ses croyances en question, ou peut-être d’apprendre à se mettre à la place d’une femme et de réaliser que tout n’est pas aussi simple qu’une question d’équilibre entre une femme et un homme. D’autant que cette notion d’équilibre est totalement arbitraire (j’aimerais revenir sur ce sujet dans un prochain article).

Pour revenir aux besoins des hommes et des femmes, en effet ils n’ont pas les mêmes besoins. Et c’est bien justement là le problème : la société dans laquelle nous vivons a été conçue pour privilégier les hommes. De ce fait,  les femmes sont défavorisées dans de nombreuses situations.

Exemple au hasard : difficile pour une femme de mener à bien un allaitement lorsqu’elle travaille dans une entreprise, malgré le fait que des lois ont été mise en place à cet effet.

Autre exemple : les femmes et les hommes ne sont pas égaux en matière de contraception, il en va majoritairement de la responsabilité de la femme puisque les moyens de contraceptions proposés sont majoritairement féminins (hormis le préservatif et la stérilisation). Il s’agit là d’une contrainte pour les femmes qui a été acceptée et normalisée dans notre société.


J’aimerais illustrer mes propos avec une série de vidéos Youtube : Martin, sexe faible,  qui m’a beaucoup parlé et qui permet justement de comprendre un sexisme qu’on ne voit pas nécessairement  à première vue (sexisme ordinaire) et qui est pourtant évident. Le principe de cette série c’est de voir comment vit un homme qui évolue dans une société où ce sont les femmes qui ont le pouvoir. De cette façon, sont mis en évidence les inégalités de manière parfois absurde (car on n’a pas l’habitude de les voir du côté masculin) et donc de réaliser qu’elles n’ont pas lieu d’être chez les femmes.

Cette vidéo en particulier aborde la question de la charge mentale mais aussi le fameux discours moralisateur niant le sexisme ordinaire (un peu comme dans ma conversation avec Jean-Paul)

Voilà, je vous remercie d’avoir lu cet article, j’espère qu’il ouvrira autant les esprits que les débats !

La gazelle et le croco – Harcèlement de rue

Dame gazelle, dans sa savane sauvage,
S’abreuvait près d’une source isolée
Monsieur Croco , à la vue de cette beauté,
Lui tint à peu près ce langage :
« Et bonjour, mademoiselle la gazelle
Que vous êtes charmante ! que vous me semblez craquante !
Sans mentir, votre arrière train
Se rapporte si bien à vos petits airs coquins
Que je pourrais bien vous prendre de gré ou de force, ne vous déplaise ! »
A ces mots, la gazelle est loin d’être en joie
Fière, mais fort contrariée,
Elle s’éloigne du croco en faisant mine de l’ignorer
Frustrée, le croco ne resta pas sans voix
Il rattrapa sa victime et reprit de plus belle
« Vous êtes fort malpolie
Votre Maman ne vous a-t-elle pas appris à dire merci ?
Ignorez-vous à qui vous parlez ?
Vous devriez être reconnaissante que je daigne vous regarder ! »
Le croco bouscule alors violemment la gazelle
Qui tombe à la renverse, sidérée devant tant d’agressivité
Le monstre ouvre un large bec prêt à dévorer la belle

Un jeune lionceau passant par là, découvre la scène avec effroi,
Il se précipite vers le prédateur affamé
Et lui coince un bâton dans le gosier
Paniqué, le croco laisse enfin tomber sa proie
Après quelques instants et face à la foule qui s’était formée,

img_20160920_195441La gazelle se ressaisit et dit : Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout harceleur n’a pas sa place ici
Gazelle, singe, hippo, éléphant, girafe…
Aussi nombreux et différents que nous sommes
N’avons-nous donc pas le droit de vivre en liberté ?
Ne pouvons-nous pas nous balader sans être agressés ?
Ne méritons-nous pas tous d’être traités avec respect ? »

Honteux et confus
Le croco se retira
Mais on ne sait
Si la leçon fut retenue…

Journée internationale des droits de la femme : luttons contre le harcèlement de rue !

Bonjour,

Demain, ce sera la journée internationale des droits de la femme. Il y a encore quelques années, je ne comprenais pas l’intérêt d’une journée spéciale pour la femme, je ne percevais pas ses enjeux et j’avais même tendance à me moquer un peu. Ce n’est que plus tard que je me suis intéressée véritablement à la place des femmes dans notre société, dans le monde, notamment le sexisme qu’elles subissent quotidiennement dans tous les secteurs : travail, famille, amis, espace public… Et après, quelques petites expériences très désagréables qui m’ont ouvert les yeux, je me suis finalement sentie concernée !

Alors, je ne vais pas m’amuser à lister toutes les injustices que subissent les femmes dans le monde, bien qu’elles soient toutes légitimes, mais je préfère m’intéresser à une cause en particulier : le harcèlement de rue.

Ce phénomène qui n’avait encore pas de nom il y a quelques années est presque devenu une banalité de notre quotidien.
Et pourtant ces phrases qu’on entend dans les transports, dans la rue, dans les bars, n’ont rien de banales et choquent par leur violence verbale : “Sale pute”, “Je vais te trouer le cul, salope”, “Vas-y fais ta belle”, “Pourquoi tu réponds pas? “, “J’ai envie de te violer tellement t’es bonne”etc. Des insultes qui nous est impossible d’ignorer tant elles attaquent directement notre personne et ce que nous sommes.

Victime de harcèlement de rue de manière régulière, j’ai pourtant eu de mal à identifier ce que je subissais comme du harcèlement, et j’ai traversé de nombreuses étapes émotionnelles :

De la colère: “Quelle connard, pourquoi il vient m’emmerder ce gars ? ”
De la peur “Est-ce qu’il pourrait aller plus loin dans ses paroles ? Est-ce que je suis en danger ?”
Des doutes : “Et si c’était moi ? Est-ce que je ne prendrais pas moi-même un risque en sortant dans la rue aussi tard ?”
De la culpabilité : ” Il a raison, je n’aurai jamais du mettre cette jupe, elle est bien trop courte…”
De la honte : “Je suis ridicule, j’aimerai me cacher, cacher mes jambes, cacher mes fesses”

Et à plus long terme, je suis devenue blasée et résignée : “Je ne mettrai pas de jupe, parce qu’on va ENCORE m’emmerder, je ne prendrai pas les transport parce qu’on va ENCORE me faire chier”

… Et paranoïaque “Pourquoi cet homme, s’assoit-il à côté de moi ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Qu’est-ce qu’il cherche ?”

Mais pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que depuis quelques mois, j’ai décidé que je n’allais plus laisser faire et que je refusais de conditionner ma vie par peur et par crainte de me faire agresser. J’ai découvert une association qui se nomme Stop Harcèlement de Rue et je suis devenue adhérente !
Encore novice, je participe pour la première fois à un événement “Zone sans relou” organisé par l’association demain soir à la rue de Lappe !

Si vous passez dans le coin, ou que vous avez tout simplement en vie de nous voir, voici toutes les infos sur l’événement : ici!