Les aventure sexistes de Lily – 10# Paternamédicalisme ou Médicapaternalisme ?

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le dixième chapitre : Paternamédicalisme ou Médicapaternalisme ? Bonne lecture !

Je ne prends plus la pilule car les effets secondaires sur la dernière en date ont été dévastateurs. J’ai aussi testé le stérilet, mais celui-ci a causé d’énormes douleurs et des règles hémorragiques. Je décide de ne plus utiliser d’autres moyens de contraception que les préservatifs avec le garçon que je fréquente.

Je ne saurais expliquer ce qu’il s’est passé, je suppose qu’il y a eu un accident de capote et qu’elle s’est déchirée, mais je comprends après un retard de règles de plusieurs jours que je suis enceinte.

Très angoissée, j’en parle à mes parents qui sont heureusement là pour me soutenir et on prend rapidement rendez-vous dans la clinique d’un gynécologue qu’on nous a conseillé et qui pratique l’avortement.

Tout se passe très bien, le médecin est très gentil et rassurant, le personnel soignant également. J’aurai la méthode d’avortement par aspiration, je vais donc être mise sous anesthésie générale. Au réveil, on m’explique que l’intervention s’est bien déroulée, et que je pourrais rentrée chez moi après une nuit d’hospitalisation.

Le lendemain matin, le gynécologue me présente mon ordonnance pour les soins post-opératoires. Je suis très surprise de voir qu’une pilule est prescrite. Je lui explique je ne souhaite pas la reprendre du fait des mes antécédents d’effets secondaires. Il me répond que c’est obligatoire, après un avortement, pour ma santé de prendre la pilule.

En sortant de la clinique, j’appelle mon médecin de famille en qui j’ai confiance et je lui répète les paroles du gynécologue. Mon médecin traitant me répond que c’est complètement faux, qu’il n’y a aucune raison de santé qui justifierait que je suive un traitement hormonal et que si je le désire, je n’ai pas à le prendre.

Je comprends alors que ce gynécologue m’a prise pour une idiote et a cru bon de m’imposer une contraception en essayant de me duper.

Une femme est libre de son corps, elle est aussi intelligente qu’un homme et elle peut donc choisir de prendre la contraception de son choix et personne n’a à juger ses décisions. La pilule est loin d’être la plus efficace, d’autant qu’elle nécessite une rigueur dans la prise qui ne coïncide pas forcément avec le rythme de vie de toutes les femmes. Et il est pourtant certain qu’il s’agit du moyen de contraception ayant le plus d’effets secondaires. Il faut donc arrêter de vouloir l’imposer de manière systématique comme le remède à tout ! (Cf le précédent article : vous reprendriez bien un peu d’hormones ? )

On voit ici très bien ce qui a du se passer dans la tête de ce médecin : il a cru cerner une patiente assez jeune, bien que majeure et très informée sur sa santé. Il l’a jugée comme étant inconsciente et immature et il a donc estimé pouvoir lui imposer contre son gré la pilule, « pour qu’elle ne se ramène pas 5 mois plus tard pour avorter à nouveau ». Pour commencer, s’il avait pris le temps de réellement discuter avec cette femme, et de lui donner un avis médicale (même si très subjectif et paternaliste), il aurait pu aussi entendre la réponse de sa patiente lui expliquant pourquoi elle ne voulait pas reprendre la pilule et aussi quels étaient les moyens de contraception qu’elle allait utiliser.

Petit aparté sur l’avortement :

L’avortement n’est certes pas un moyen de contraception, mais il faut arrêter de crier à l’abus à chaque fois qu’une femme décide d’y avoir recours : c’est un droit et une liberté qui ne devrait même pas être remis en question ! Pas besoin d’avoir été violée ou d’être mineur pour se sentir légitime d’avorter : un accident peut arriver à n’importe qui et on n’a pas à se justifier ni à se sentir coupable.

Être active(-f) le 8 mars


Nous sommes le 8 mars et c’est la journée internationale pour les droits des femmes.

Pour expliquer brièvement les origines de cette journée, elle a été reconnue officiellement en 1977 (bien que proposée une petite soixantaine d’années avant) par les Nations Unies, et avait pour objectifs à l’époque de promouvoir les droits des femmes, notamment le droit de vote, le droit au travail etc. En France, cette journée n’est pas fériée mais elle le devient de plus en plus dans d’autres pays. Elle est souvent confondue avec une journée de fête. Il ne s’agit pourtant pas d’un Noël pour les femmes ou d’une seconde fête des mères ou Saint-Valentin…

Le 8 mars a une importance capitale car cette date est un prétexte pour ouvrir la discussion et le débat autour des femmes et de leurs droits : on rend ainsi compte des changements positifs et on dénonce les inégalités sexuelles encore trop tenaces dans le monde. Il ne s’agit donc pas que d’un jour historique et symbolique mais bien d’une occasion de penser l’avenir autrement, d’encourager le changement pour améliorer les libertés.

De nombreuses actions sont mises en place à cette occasion, notamment avec l’organisation de conférences importantes et des rassemblements dans de nombreux pays du monde. Bien que les médias transmettent des informations autour de cette journée, il y a encore beaucoup de confusions et il peut être difficile d’oser s’impliquer au cours de cet événement, par manque de connaissances sur le sujet.

Quoi, comment, pourquoi, le 8 mars ?

Si vous cherchez plus d’informations à propos du 8 mars ou si vous souhaitez vous investir durant cette journée, je vous inviterai dans un premier temps à vous rendre sur internet qui regorge de renseignements. Par exemple, le site http://8mars.info renseigne sur les événements phares de cette journée et les actions individuelles possibles.

Mais autrement, comment peut-on s’investir en faveur des droits des femmes ?

On n’est pas obligé d’adhérer à une association féministe ou de manifester dans la rue pour s’engager et soutenir l’égalité homme-femme. On a tous accès à une chose qu’on peut enrichir et partager : c’est notre connaissance. Je vous propose donc quelques actions faciles à appliquer.

Pour commencer, renseignez-vous ! C’est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur notre histoire, à propos des femmes importantes qui ont eu un impact positif sur nos libertés et nos droits, et de mieux comprendre les notions et les concepts féministes, ainsi que les enjeux actuels auxquels nous devons faire face : harcèlement de rue, violence faites aux femmes, sexisme ordinaire…

C’est aussi le moment de partager vos valeurs et vos connaissances en matière de féminisme auprès vos proches. Par exemple vous pouvez expliquer les véritables objectifs de la journée internationales pour les droits des femmes, qui n’est pas « une fête de la femme » et peut-être même définir certaines notions de féminisme. Il faudra parfois s’armer de patience, même si les incompréhensions et les possibles jugements ou moqueries de vos interlocuteurs vous déclenchent des sentiments de frustration très intenses.

Pour vous aider à partager ces valeurs, vous pouvez utiliser plusieurs supports d’informations plus ou moins ludiques qui permettront à vos proches d’avoir accès à différents points de vue et peut-être de déconstruire quelques stéréotypes sexistes.

Quelques supports intéressants :

  • Stop harcèlement de rue : une association qui démarche de manière pacifiste et éducative pour lutter contre le harcèlement sexiste dans les lieux publiques.
  • Madmoizelle.com et Rockiemag des webzines sur les femmes qui ont une forte influence féministe
  • Parlons peu mais parlons une chaîne youtube qui informe sur la sexualité, les relations amoureuses, la santé des femmes de manière décomplexée
  • Pépite sexiste sur twitter qui rend compte des clichés sexistes omniprésents dans les pubs, les médias, les supermarchés etc.
  • Quoi de meuf : un podcast féministe qui aborde des sujets d’actualité et de pop culture

Ensuite, l’éducation est la meilleure arme pour lutter contre le sexisme, donc si vous êtes en contact avec des enfants ou des adolescents, vous pouvez aussi en profiter pour leur transmettre des valeurs d’égalité, leur apprendre et leur faire réaliser qu”historiquement on n’a pas toujours tous été égaux en matière de droit et que cette égalité est encore très fragile voire inexistante dans certains domaines.

Enfin, il faut avoir conscience que cette journée est un prétexte pour soulever les problèmes et pour changer les choses mais qu’elle doit avoir un impact sur l’année entière. Les actions que j’ai présentées ci-dessus sont à la portée de tous et peuvent être appliquées à tout moment de l’année, pas que le 8 mars.

Les aventures sexistes de Lily – 08# Éducation à l’égalité

Je vous présente la mini-série “Les aventures sexistes de Lily” qui regroupe divers témoignages scénarisés portant sur le sexisme ordinaire. Par soucis d’anonymat, les récits mettront en scène le personnage de Lily, une jeune femme dans la vingtaine. Lily est donc un personnage fictif mais les expériences qu’elle vit sont très loin de l’être et constituent le recueil de nombreux témoignages d’amis, de collègues, de connaissances, et de quelques expériences personnelles.  Le but de ce projet est de sensibiliser les lectrices et lecteurs au sexisme omniprésent dans la vie des femmes, en espérant que celui-ci ne soit plus ignoré ou justifié. Cette semaine, voici le huitième chapitre : Éducation à l’égalité. Bonne lecture !

Si vous avez manqué le dernier chapitre, cliquez-ici : histoires de poils

Je suis professeur des Écoles auprès d’une classe de CE2. Nous sommes le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes. En cette occasion, j’ai préparé une fiche explicative à ce sujet qu’on lira en classe. Les élèves semblent très attentifs et intéressés pendant cette activité. Ils posent plein de questions et mettent en évidence les clichés sexistes qu’ils subissent. On fait un peu d’Histoire et j’explique notamment qu’il y a encore quelques années les femmes devaient rester au foyer pour s’occuper de la maison et des enfants et qu’elles n’avaient pas le droit de travailler. Un élève intervient : « Mais Maîtresse, les femmes elles travaillent pas ! Elles restent à la maison, ce sont les hommes qui travaillent ! »

Tout d’abord, je crois à une petite plaisanterie de l’élève. Lorsque je comprends qu’il est sincère, je creuse un peu :  « Ah non, les femmes ont toutes le droit de travailler : la preuve, moi je suis une femme et je travaille.. » Il me répond : « Oui mais quand tu auras des enfants, tu devras arrêter de travailler. C’est comme ça que ça se passe, une maman elle reste à la maison, elle fait la cuisine et nettoie. Et le papa, il va travailler et il ramène l’argent. »

Je lui demande alors :  « C’est comme ça que ça se passe chez toi ? » Il acquiesce. Je continue :  « Alors, oui tu vois chez toi, ta maman a fait ce choix là, de ne pas travailler pour rester à la maison. Mais ce n’est pas une obligation. Une mère peut tout à fait avoir des enfants et continuer à travailler » Il me questionne : « Oui mais qui fera le ménage et préparera à manger ? »

« Les papas aussi peuvent cuisiner et nettoyer, ce n’est pas le rôle unique d’une femme. » Je lui réponds.

Quelques élèves interviennent « Oui moi c’est mon Papa qui fait la vaisselle » « Moi mes deux parents travaillent »

L’élève concerné ne semble pas très convaincu par mes propos. Moi je suis étonnée de constater qu’encore à notre époque des stéréotypes de genres sont déjà très ancrés dans la tête de ces petits.


L’éducation à l’égalité des sexes doit se faire dès l’enfance. Les enfants interprètent et apprennent de nombreuses choses à partir du modèle familial qui leur est présenté. A l’école, on a la possibilité de leur proposer d’autres modèles qui véhiculent d’autres valeurs. Il n’est pas là question de forcer les enfants à intégrer un point de vue pré-construit, mais de leur donner les outils pour réfléchir, prendre du recul et être ouvert d’esprit. Éduquer les élèves à l’égalité des femmes et des hommes, c’est prévenir les comportements sexistes une fois qu’ils seront adultes. Il est primordial de faire usage de cet enseignement à l’école, car à la maison tous les enfants ne sont pas égaux face à l’éducation.