Lettre à mon utérus

Avant de commencer : oui c’est bizarre d’écrire à un organe de son corps. Et non, ça n’aura pas de sens pour tout le monde. On a tous des reproches à faire à son corps, comme s’il était responsable de notre mal être. Pour moi, ma relation avec celui-ci a toujours été très compliquée et laborieuse. Elle l’est d’autant plus, depuis qu’on n’arrive pas à faire un enfant. J’ai pendant des mois ressenti énormément de colère, j’ai aussi été très triste, et je suis arrivé à un stade où je suis lassée d’en vouloir à la terre entière. J’ai du temps devant moi, avant de commencer le processus de procréation médicalement assistée, et ainsi assez de temps pour faire la paix.

Cher utérus, 

Cela faisait des années que j’étais en colère contre toi, et bien un an que je te détestais : j’ai passé des mois à ressasser les mêmes questions et les mêmes reproches à ton égard. Pourquoi est-ce que tu me fais mal ? Pourquoi me causes-tu autant de soucis ? Pourquoi est-tu toujours au cœur de mes contrariétés ? Que t’ai-je donc fait pour que tu ne m’offres pas le bonheur de porter un bébé ?  

J’ai attendu longtemps avant de t’écrire cette lettre et encore maintenant j’ai peur de ne pas t’avoir totalement pardonné.

Mais pardonné quoi ? Est-ce bien à toi de te sentir coupable ? Qu’ai-je fait si ce n’est éprouver de la honte et du mépris pour toi ? T’ai-je simplement un jour remercier d’exister ? 

Il est donc certainement temps, de faire table de rase du passé, de vivre le présent et de regarder l’avenir. 

D’abord, je souhaiterais m’excuser auprès de toi, d’avoir été en colère, alors que tu n’y es pour rien. Je m’en veux de me rendre compte seulement maintenant que tu es mon allié dans cette quête, et non pas un ennemi. Je m’en veux de t’avoir rendu coupable de tes petites imperfections. Je suis désolée de ne pas t’avoir écouter lorsque tu essayais de me parler, de ne pas avoir compris que la douleur que tu me transmettais, constituait un message que je refusais de décrypter. 

Je voudrais également te remercier : parce que tu es là, que tu es fonctionnel, et que ce ne sont pas tes défauts qui pourraient contredire tout cela. Tu es fort, tu supportes tout, et tu ne cèdes pas devant l’adversité. 

Enfin, j’aimerais te transmettre un message d’avenir et d’espoir : je sais qu’avec toi à mes côtés nous pouvons tout accomplir, même dans l’adversité. Je sais que je peux compter sur toi, et je te promets que je ne te renierai plus jamais, je prendrais soin de toi et je serais attentive à tes appels. Je ne te rejetterai plus lorsque nous ferons face à un échec car je sais que tu n’y es pour rien. Tu essayes autant que moi d’être à la hauteur de tes fonctions et je sais que tu es prêt à les remplir aussi bien qu’il en est possible pour toi. 

Je t’aime.